Elections législatives en Israël : Benjamin Netanyahou joue son va-tout

"Et il y a certaines personnes de gauche, comme le général Eizenkot qui sont très bien également. Vous savez, on a déjà pris des risques avec la paix en 1992, avec les accords d’Oslo. Et ce qu’on a eu, ce sont des attentats partout. Mon fils a été tué dans un attentat. Donc vous comprenez, je ne peux pas l’admettre. Donc j’hésite beaucoup. Jusque dans l’isoloir, je pense. Entre des partis de droite ou un parti de gauche. Mais un centre gauche, comme M. Eizenkot ou M. Bennett."
Envie de changement
Un dessinateur auteur de bande dessinée d’origine belge, Michel Kishka, lui, a clairement choisi son camp. Il participe à une manifestation d’opposition sur la place des otages à Tel Aviv : "Le camp du changement - une autre manière d’appeler le camp de la démocratie libérale israélienne - se mobilise depuis 4 ans. Contre le projet de réforme de la justice, contre la politique de Benjamin Netanyahou pendant la guerre et son refus de mettre le retour des otages en priorité absolue de cette guerre, contre la direction prise par les gouvernements successifs de Benjamin Netanyahou, qui est l’isolement total, le messianisme, l’ultra-religieux, l’antidémocratique."
"Donc il faut que ça change. Et 15 ans au pouvoir, on estime que c’est amplement suffisant. On espère qu’on ne va pas se réveiller le 28 au matin avec le même gouvernement qu’on a, parce que ce sera le commencement de la fin de l’État d’Israël qu’on a connu, et peut-être même de l’État d’Israël en tout."
"Le principe, c’est tout simplement de comprendre quelles erreurs le pays a faites. Ce qui est important, c’est de comprendre qu’il y a eu certaines défaillances du système de sécurité au système politique. Il faut tout simplement comprendre lesquelles pour qu’un autre 7 octobre ne puisse pas se reproduire. C’est aussi simple que ça."
Le cas des ultraorthodoxes
L’autre sujet qui fâche beaucoup d’Israéliens, c’est le fait que les Juifs ultraorthodoxes ne participent pas à l’effort de guerre depuis trois ans. Ils représentent près de 15% de la population mais les hommes ultraorthodoxes sont dispensés de service militaire. Cela crée un manque d’effectifs criant pour l’armée israélienne. Avec leurs sièges clés à la Knesset, les partis ultraorthodoxes forment une force d’appoint dont la coalition de Benjamin Netanyahou ne peut se passer. En échange de leur soutien, ils ont obtenu le maintien des exemptions.
Même chez les supporters du gouvernement actuel, ça ne passe pas, comme l’explique Shlomo Shish, un colon de Cisjordanie : "Une partie des juifs pense qu’on peut vivre comme en exil. C’est-à-dire profiter du pays sans donner au pays. Donc on ne fait pas l’armée. Ils profitent. Ils reçoivent un salaire. Ils reçoivent des droits."
"La politique, ce n’est pas juste. Il y a moins juste encore, et encore beaucoup moins juste. C’est pour ça que je considère qu’il faut voter Netanyahou ou Itamar Ben-Gvir, ce n’est pas très différent pour moi, mais que ce n’est pas la justice. Ce sont des compromis."
Que propose l’opposition ?
L’opposition offre-t-elle une réelle alternative ? Il y a quatre partis d’opposition qui se présentent comme un bloc anti-Netanyahou, un bloc hétéroclite qui va de la gauche à la droite ultranationaliste et qui pourrait donc ensemble former une coalition de gouvernement.
Elle travaille sur base de quelques principes, comme celui d’une commission d’enquête indépendante - une enquête sur les défaillances du 7 octobre - toujours refusée par Benjamin Netanyahou.
Benjamin Canet fait campagne pour le parti de gauche, les démocrates : "C’est vraiment la revendication minimum de la prochaine coalition des partis d’opposition. Le premier jour, il faudra déclarer et mettre en place une commission d’enquête indépendante, comme ça a été le cas après la guerre de Kippour."
"Le principe, c’est tout simplement de comprendre quelles erreurs le pays a faites. Ce qui est important, c’est de comprendre qu’il y a eu certaines défaillances du système de sécurité au système politique. Il faut tout simplement comprendre lesquelles pour qu’un autre 7 octobre ne puisse pas se reproduire. C’est aussi simple que ça."
Le cas des ultraorthodoxes
L’autre sujet qui fâche beaucoup d’Israéliens, c’est le fait que les Juifs ultraorthodoxes ne participent pas à l’effort de guerre depuis trois ans. Ils représentent près de 15% de la population mais les hommes ultraorthodoxes sont dispensés de service militaire. Cela crée un manque d’effectifs criant pour l’armée israélienne. Avec leurs sièges clés à la Knesset, les partis ultraorthodoxes forment une force d’appoint dont la coalition de Benjamin Netanyahou ne peut se passer. En échange de leur soutien, ils ont obtenu le maintien des exemptions.
Même chez les supporters du gouvernement actuel, ça ne passe pas, comme l’explique Shlomo Shish, un colon de Cisjordanie : "Une partie des juifs pense qu’on peut vivre comme en exil. C’est-à-dire profiter du pays sans donner au pays. Donc on ne fait pas l’armée. Ils profitent. Ils reçoivent un salaire. Ils reçoivent des droits."
"La politique, ce n’est pas juste. Il y a moins juste encore, et encore beaucoup moins juste. C’est pour ça que je considère qu’il faut voter Netanyahou ou Itamar Ben-Gvir, ce n’est pas très différent pour moi, mais que ce n’est pas la justice. Ce sont des compromis."
Ce compromis sur l’exemption de service militaire accordée aux ultraorthodoxes pourrait coûter cher à Benjamin Netanyahou.
Pour Dror Even Sapir, journaliste et analyste politique, cette mesure est reprochée au Premier ministre : "L’armée ne cesse de répéter qu’elle n’a pas assez d’hommes. Beaucoup de soldats ont été tués depuis le 7 octobre, beaucoup de soldats ont été blessés et sont invalides, beaucoup de soldats ont été traumatisés et ne peuvent plus servir. Tout cela crée un sentiment de colère. C’est le talon d’Achille de la coalition de Benjamin Netanyahou dans la mesure où les jeunes de familles qui votent Likoud ou qui votent pour les partis plus à droite que le Likoud, eux aussi servent dans les rangs de l’armée et payent un tribut très lourd à la défense de l’État et ce n’est pas le cas des ultraorthodoxes. Or, sans l’appui des ultraorthodoxes, il n’y a pas de coalition pour Benjamin Netanyahou".
"La coalition actuelle repose sur le soutien des partis ultra-orthodoxes. D’ailleurs, l’opposition fait en grande partie campagne sur cette question. Peut-être avec un petit peu de retard et peut-être sans insister suffisamment sur ce talon d’Achille, mais ces derniers jours, certaines déformations d’opposition font campagne sur cette question", ajoute-t-il.
Polarisation et discours guerrier
Cette campagne électorale qui se termine a montré la polarisation de deux blocs souligne Dror Even Sapir : "On a affaire à une société israélienne très polarisée. Le résultat des élections va sans doute refléter cette polarisation".
Le 7 octobre a accentué cette polarisation, analyse Dror Even Sapir : "Les personnes qui s’opposaient à Benjamin Netanyahou s’opposent à lui davantage depuis le 7 octobre. […] Ce sont également les premières élections depuis la tentative de réforme judiciaire qui avait suscité un mouvement de protestation d’une ampleur et d’une longévité presque inédite".
"Mais en Israël, comme d’ailleurs dans toutes les démocraties, avec l’avènement des réseaux sociaux, les gens vivent en autarcie politique. Ils fréquentent en général des gens qui pensent comme eux. Ils s’informent en consommant des médias qui leur donnent un message qui est celui qu’ils aimeraient entendre. […] Donc il y a ce phénomène de chambre d’écho, dans laquelle les Israéliens sont enfermés. On a affaire à une société qui est réactive. […] Surtout depuis le 7 octobre, le souci de la sécurité des Israéliens, la volonté de défendre le pays et la conscience que des groupes terroristes comme le Hamas, le Hezbollah ou des pays comme l’Iran veulent notre fin, est encore plus aiguë. Et Benjamin Netanyahou le sait très bien. Son discours a été de plus en plus d’habituer les Israéliens à un état de guerre permanent. Et ça, je ne sais pas si les Israéliens sont prêts à l’accepter."
"Le réflexe pour un pays en guerre à se rassembler autour de ses dirigeants, à faire bloc, existe. Et Benjamin Netanyahou compte dessus. Dans sa campagne électorale, c’était très clair. Il a eu de très nombreuses déclarations, des messages très guerriers, assez belliqueux, dans lesquels il affirmait que les ennemis d’Israël s’apprêtaient à frapper. […] Tout cela touche une corde très sensible dans l’opinion publique israélienne."
Pas question de paix dans la campagne
Ces élections législatives sont les premières organisées depuis les attentats du 7 octobre, les premières depuis la guerre menée en représailles et qui a réduit la bande de Gaza en ruines, faisant plus de 70.000 morts côté palestinien.
Mais cette campagne n’a pas offert de débat sur la question palestinienne et un processus de paix.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.