L’actrice iranienne Vishka Asayesh: «Le mouvement "Femme, vie, liberté" ne s’éteindra jamais»

La mort tragique de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, était pour elle un moment de basculement. Actrice très connue en Iran, qui a travaillé avec Abbas Kiarostami et Mohammad Rasoulof, Vishka Asayesh a dû quitter son pays. Elle avait posté une photo d’elle sans voile sur Instagram, en solidarité avec le mouvement de protestation. Entretien avec l’actrice iranienne, membre du Festival international de film Femme, vie, liberté qui commence mercredi 16 septembre dans six villes du monde.
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RFI : Vous êtes née en Iran, à Téhéran. En tant qu’actrice, vous avez reçu un Simorgh de cristal, la plus prestigieuse distinction cinématographique iranienne. Pourquoi avez-vous quitté votre pays de naissance pour vous réfugier d’abord à Paris, puis à New York, et repartir de zéro ?
Vishka Asayesh : Après la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, nous étions tous sous le choc, en colère et anéantis. Je ne pouvais plus rester ni travailler en Iran avec le port obligatoire du hijab imposé à toutes les femmes. Après sa mort, nous avons traversé un moment de choc et d’incrédulité. Puis la colère est venue quand ils ont commencé à tuer des gens dans la rue, des gens qui manifestaient. J’ai publié un message sur mon compte Instagram disant : « S’il vous plaît, ne tuez pas les gens ! » Puis ils ont commencé à nous réduire au silence, nous les artistes : ils nous menaçaient de nous retirer nos passeports, de nous interdire de quitter le pays, de nous empêcher de nous exprimer…
Pour moi, ça a marqué la fin de tout. Je me suis dit : « Je ne peux pas me présenter devant la caméra en portant le hijab obligatoire alors qu’on tue et qu’on aveugle des gens dans la rue simplement parce qu’ils revendiquent leur droit de décider par eux-mêmes. » J’ai grandi dans ce pays, j’aime mon pays, mais nous étions opprimés. Et puis la jeune génération a fait quelque chose d’extraordinaire : elle est simplement descendue dans la rue, s’est dressée face aux armes et n’a pas porté le hijab.
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Cela fait quatre ans que Mahsa Amini est décédée, quatre ans que « Femme, vie, liberté » a vu le jour et n’a cessé de prendre de l’ampleur, jusqu’à la révolte massacrée par le régime iranien en janvier 2026. Pensez-vous que la guerre des États-Unis contre l’Iran rend ce mouvement actuellement de plus en plus invisible ? Est-ce qu’elle relègue le mouvement protestataire au second plan ?
Je ne pense pas que le mouvement « Femme, vie, liberté » disparaisse un jour. C’est une grande révolution qui ne s’éteindra jamais. Même après le début de cette guerre, on peut voir des vidéos provenant de Téhéran, de Shiraz, d’Ispahan… Je vois des femmes dans les rues qui s’habillent comme elles le souhaitent, sans aucun hijab, sans qu’aucun homme leur impose ces règles. Même si le changement est lent et qu’il faudra peut-être du temps, ce mouvement n’est certainement pas mort et ne mourra pas.
Vous faites partie du jury du Festival international du film Woman Life Freedom, qui se déroule à Paris, mais aussi dans d’autres villes comme Stockholm, Toronto, Chicago, Londres, Brisbane, Uppsala… Quel peut être l’impact d’un festival de courts-métrages ? Pourquoi est-il important pour vous d’y participer ?
Ce festival va au-delà du cinéma. Le cinéma et l’art ont le pouvoir de faire entendre une voix. Ce festival présente des histoires qui n’ont pas été entendues, des histoires pour ne pas oublier ce qui s’est passé il y a quatre ans. En tant qu’artistes, nous devons y prendre part. Nous devons raconter ces histoires, nous devons rassembler les gens.
Aujourd’hui, comment reconstruisez-vous votre vie aux États-Unis ?
J’ai tourné mon premier film hollywoodien l’été dernier. Un film à petit budget qui sortira probablement en 2027. J’ai récemment rejoint le comité de la SAG-AFTRA (Screen Actors Guild – Fédération américaine des artistes de télévision et de radio) et je suis vraiment honorée d’en faire partie. Et j’ai un autre court-métrage en vue, que je tournerai probablement l’année prochaine.
C’est très difficile de repartir de zéro, car mes biens ont été gelés en Iran. On m’a tout pris et je risque un an de prison si j’y retourne. En gros, je suis repartie de zéro, mais je referais exactement la même chose. Je suis tellement heureuse d’avoir pris cette décision.
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Woman Life Freedom – International Film Festival, du 16 au 21 septembre, en solidarité avec le mouvement révolutionnaire du peuple iranien en janvier 2026. Projections à Stockholm, Toronto, Brisbane, Chicago, Cologne, Paris, Londres, Amsterdam, Uppsala, Malmö, Bruxelles, Oldenburg.
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