Course à la Lune : la Nasa exige des « good deals » et l’Europe risque de le payer cher
L’administrateur de la Nasa a confirmé la direction prise par l’agence spatiale américaine dans la course à la Lune. Ce projet sera dirigé par les États-Unis qui cherchent avant tout des « good deals » de la part de leurs partenaires. Dans cette rhétorique, la place de l’Europe est remise en cause.
« Il y a eu une époque où nous essayions de contenter tout le monde. Mettons plein de drapeaux ensemble pour une grande annonce à la presse, et ça peut être ce qui va ralentir une mission au lieu de l’accélérer. On ne peut plus faire ça, aujourd’hui on a changé notre méthode, et désormais, les bonnes affaires se produisent enfin »
Cette déclaration, rapportée par Ars Technica, provient de Jared Isaacman. L’administrateur de la Nasa s’exprimait le 16 septembre 2026, près de Washington, lors de la conférence Air, Space & Cyber de l’Air & Space Forces Association, devant une assemblée de responsables militaires et d’entreprises liées à la défense.
Dans ce discours, Jared Isaacman a exposé la stratégie des États-Unis dans la course à la Lune, ajoutant que cela venait directement du président Donald Trump. La philosophie de la Nasa est que les places sur la Lune seront rares et chères, surtout lorsque l’accès au satellite est avant tout un moyen de s’entraîner pour ensuite aller sur Mars.
Défendre un lieu « nécessaire aux ambitions spatiales de l’Amérique »
« Il n’y a que quelques lieux limités qui nous donnent accès à un tel environnement d’entraînement, a ajouté le responsable. Cela crée une urgence et nous devons aller vite parce que les Chinois vont exactement au même endroit. Ils sont en partenariat avec les Russes. Ils vont mettre un réacteur nucléaire là-bas et pourraient nous priver de cet environnement nécessaire aux ambitions spatiales de l’Amérique. »

Dans cette rhétorique offensive, quelle place pour les partenariats internationaux ?
C’est là que ces déclarations ont de quoi inquiéter les autres puissances spatiales comme le Japon ou l’Europe. En effet, l’intéressé a insisté sur le rôle de partenariat que peuvent occuper les autres nations, mais uniquement si elles sont utiles, avant tout, à la Nasa. Jared Isaacman ne veut que des « good deals », de bonnes affaires susceptibles de rapporter quelque chose de concret aux États-Unis, et pas simplement un moyen pour que d’autres profitent de la puissance américaine.
Dans une publication sur X en réponse à l’article d’Ars Technica, le patron de l’agence spatiale a assumé cette stratégie, déclarant que le but est d’aller le plus vite possible à moindre coût. Il a assuré que, si des partenariats solides sont conclus avec la JAXA (l’agence spatiale japonaise) ou l’ESA (l’agence spatiale européenne), c’est avant tout pour aboutir à un résultat.
Et l’Europe dans tout ça ?
La Nasa veut donc du concret, et pas de partenariat symbolique. Mais surtout, elle ne fera affaire qu’avec des partenaires susceptibles de produire ce dont ils ont besoin. Jared Isaacman a cité l’exemple d’une partenaire qui proposait de livrer un atterrisseur robotique d’ici 2030, ce qui a été rejeté car la Chine allait envoyer le sien, Chang’e 7, bien avant, ce qui rendait le projet obsolète.
L’administrateur n’a pas donné plus de détails sur ce projet, mais tout porte à croire qu’il s’agirait du cargo Argonaut développé par l’ESA. Une mission considérée comme extrêmement prioritaire et ambitieuse pour l’Europe, mais jugée inutile côté Nasa car Blue Origin est en train de construire le sien avec Blue Moon Mark 1.
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La Nasa ne ménage pas son partenaire de longue date qui avait déjà subi un revers il y a quelques mois. Lors de la refonte du programme Artémis, avec la mission habitée repoussée d’Artémis III à Artémis IV, le projet de station lunaire Lunar Gateway avait été mis de côté, alors qu’il s’agissait du segment où l’Europe avait le plus d’implication.
Avec cette nouvelle approche très pragmatique, la Nasa se pose plus que jamais en leader. Un leader en pleine course contre un adversaire qui risque de lui couper l’herbe sous le pied. Dans cette guerre pour la Lune, seule l’efficacité compte, et tant pis si cela va à l’encontre des intérêts des alliés historiques.
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