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Wednesday, November 4, 2026

Procès de la mort d’Esekia "les parents, qui baignaient dans la misère sociale, ont été dépassés par les événements"

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Après une plaidoirie de la partie civile accablante pour les parents, après un réquisitoire au terme duquel l’avocat général a réclamé l’assassinat, c’était au tour de la défense de plaider en ce troisième jour de procès aux assises du Hainaut, à Mons.

C’est Régis Brocca, le conseil de Gilles Viaene qui a entamé sa plaidoirie pour contrer les arguments de la partie civile et de l’avocat général. L’avocat veut marquer les esprits en parlant sans filtre pour s’adresser aux jurés : "Ce que j’ai à vous dire, je pense que tout le monde s’en tape que j’utilise de jolis mots pour le dire". Il demande d’abord aux jurés de ne pas céder à la tentation de "venger Esekia". Il tente de convaincre : "Nous ne les jugeons pas en tant que parents. Nous les jugeons en tant qu’accusés". Me Brocca veut tracer une ligne entre les parents défaillants qu’étaient Gilles Viaene et Marjorie et le rôle d’assassins que l’accusation leur a attribué.

Etre un mauvais parent, ça ne fait pas de nous un assassin

L’avocat résume: "Nous sommes tous capables d’être géniteurs. Mais nous ne sommes pas tous capables d’être parents. Et être un mauvais parent, ça ne fait pas de nous un assassin. Nous vous demanderons de répondre "non" à la question de l’assassinat". La défense admet que "ce qui est arrivé à Esekia n’est pas juste" et que "Gilles Viaene est responsable de ce qui est arrivé à son enfant".

Toute la question pour les jurés sera de trancher : quelle infraction a été commise ? Comment la qualifier ? Le meurtre ? Ou la privation de nourriture ? L’avocat estime que l’intention homicide n’est pas évidente. "Quand le père ne peut pas présenter Esekia à la consultation parce que le bus est bondé et qu’il ne peut pas y monter avec la chaise d’Esekia, c’est à cause de la misère sociale", estime Me Brocca. Pour lui, la misère sociale excuse les parents sur bien des points. Comme l’incapacité des parents à honorer un rendez-vous à Erasme parce qu’il faut louer un véhicule médicalisé qui se réserve longtemps à l’avance.

On croyait que c’était Byzance avec leurs 4200 balles ?

L’avocat revient aussi sur les revenus de couple. Avec le salaire de Marjorie Brizard et les allocations diverses, ce revenu a été estimé à 4200 euros. "On croyait que c’était Byzance avec leurs 4200 balles ?", lance Me Brocca. "Le seuil de pauvreté pour une famille de 8 personnes sur Statbel, argumente l’avocat, il est de 4785 euros".

Pour Me Brocca, il serait réducteur de dire que la vie était facile pour cette famille et qu’Esekia est mort à cause des addictions du père. Idem pour le médicament, l’Artane, destiné à réduire ses mouvements incontrôlés. Pour l’avocat, des experts l’ont estimé nécessaire à la survie de l’enfant. D’autres n’étaient pas aussi catégoriques.

Il relève que Gilles Viaene "avec ses moyens et ses grosses limites, ses limites abyssales" a tenté de trouver une solution en achetant des médicaments homéopathiques pour tenter de remplacer l’Artane, qui nécessitait une prescription. Des médicaments homéopathiques qui coûtaient plus cher que le fameux Artane.

De mauvais parents qui donnaient des chips à leurs enfants au petit-déjeuner

Le défenseur admet que les parents étaient de mauvais parents "qui donnaient des chips à leurs enfants au petit-déjeuner". Mais "dire qu’ils ne le nourrissaient pas, non. Les repas étaient servis". L’avocat estime qu’il n’a pas été démontré qu’Esekia était privé de nourriture. "De compléments alimentaires, oui. Mais pas de nourriture".

Régis Brocca affirme que Gilles Viaene aimait son fils. Et que le massage cardiaque qu’il lui a pratiqué en attendant les secours le jour de son décès est incompatible avec une volonté de tuer.

A son tour, Ricardo Bruno, pour la défense, invoque la bonne foi de l’accusé, qui a reconnu sa responsabilité dans le décès de son fils, son amour pour son enfant. Il estime que le père doit payer en fonction "de ce que dit le Code pénal", et pas plus. Il liste les démarches effectuées par les parents, les refus médicaux auxquels ils se sont heurtés, pour obtenir des ordonnances par mail, pour obtenir des médicaments sans ordonnance. Il rejette le meurtre et toute notion de préméditation. Pour lui, la préméditation est exclue parce que le père est incapable d’anticiper : "Lui ? Réfléchir ?", lance ironiquement l’avocat. "Il vit au jour le jour. Il a le nez dans le guidon !". Il note qu’aucun acte préparatoire n’a été démontré. Il évoque la vidéo que Gilles Viaene a envoyée, paniqué, à la maman, les larmes, le désespoir du papa, le massage cardiaque.

Les avocats de Gilles Viaene réclament que les jurés n’incriminent le père que pour une privation d’aliments et de soins ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Une qualification qui entraîne des peines allant de 5 à 10 ans de prison, selon les dispositions du nouveau Code pénal.

Il poursuit : "Elle n’a pas pu être la mère qu’elle aurait dû être, mais on ne peut pas lui enlever ça : elle aimait son fils et elle l’aime toujours, elle nous parle de lui au présent". Il raconte son courage au travail, l’énergie nécessaire pour s’occuper de 6 enfants,… "Qu’ils aient fait des erreurs, des erreurs graves. Oui. Qu’ils aient causé la mort de leur fils, oui. Mais qu’ils aient voulu la mort de leur fils, ça, non". Pour l’avocat, le meurtre est incompatible avec l’attitude des parents : "Pourquoi avoir continué à lui donner à manger pendant trois mois (après la sortie du centre Yapaka, ndlr) s’ils avaient voulu la mort de leur fils ?"

Pour la défense, "la mort d’Esekia est un drame social, un drame humain, un domino macabre. La mère porte une lourde, extraordinairement lourde responsabilité. Mais c’est aussi malheureusement un échec du système social et médical", conclut l’avocat de la mère d’Esekia.

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