Pourquoi tant de sondages?
À chaque campagne électorale, les maisons de sondage se montrent plus actives que jamais. Il ne passe pas une semaine de campagne sans que nous apprenions les résultats de deux ou trois sondages sur les intentions de vote des électeurs. À l’issue du premier débat des chefs, il n’était pas encore minuit que nous avions déjà droit à un sondage tout chaud sur le vainqueur de la joute. Et si cette curiosité frénétique nous était nuisible ?
En France, par exemple, les gouvernements comprennent depuis longtemps ce problème, et il est interdit de dévoiler les résultats d’un sondage politique la veille ou le jour d’une élection. Au Québec, la Loi électorale n’interdit pas la diffusion ni la publication de sondages en période électorale. Des sondages peuvent même être réalisés le jour du scrutin. La nature grégaire de l’homme fait que le sondage est non seulement un outil de compréhension de la politique, mais également un outil de manipulation de l’électorat. Beaucoup de citoyens, indécis et peu informés, souhaitent simplement suivre la vague, dans un instinct moutonnier et une volonté d’être dans le coup.
En ce sens, la multiplication des sondages tend à modeler l’électorat en le sommant de voter selon la nouvelle tendance dominante.
Il n’y a pas que cela. On ne le dit jamais assez, mais tout sondage comporte une marge d’erreur.
En ce sens, un parti qui « gagne » un point ou qui en « perd » un, ça ne veut pratiquement rien dire en statistiques. On nous présente les sondages comme s’ils reflétaient parfaitement les intentions de vote des électeurs, alors que toutes ces études demeurent probabilistes et toujours propices à différents biais.
Prenons l’exemple de la priorité des électeurs. Pratiquement à chaque campagne, la priorité revient au coût de la vie, à l’économie, à des questions du quotidien. Nos experts en concluent que les électeurs ne veulent rien savoir des grands projets et des visions d’avenir et qu’ils attendent de leurs politiciens qu’ils s’attaquent aux problèmes « concrets ». Sauf que cette analyse est faussée. Il est évident que la priorité de tout un chacun, au jour le jour, tient des tracas du quotidien. Ce que l’on oublie de préciser, c’est que ces priorités pécuniaires n’empêchent pas les citoyens de se préoccuper profondément d’autres sujets moins urgents.
Autrement dit, on peut à la fois considérer que le coût de la vie est une priorité et être attaché au principe de la laïcité de l’État au point de refuser de voter pour un parti qui s’oppose à la laïcité et qui aurait de bonnes idées en économie.
Nos démocraties sont fondées sur l’idée que le citoyen est suffisamment mature et indépendant d’esprit pour exercer son droit de vote en toute liberté de conscience. Or, le mitraillage au moyen de sondages s’attaque directement à ce principe fondamental, en tentant subrepticement de modeler les consciences. Nous ne devrions pas voter en voulant faire « comme les autres », mais en choisissant ce qui nous semble le meilleur pour l’avenir du Québec. C’est pourquoi nous devrions nous inspirer du modèle français pour mieux encadrer la pratique du sondage électoral.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.