Baptêmes étudiants : la guindaille est-elle devenue plus "safe" ?

La bleusaille reste bien présente dans les établissements d’enseignement supérieur. À Louvain-la-Neuve comme à Mons, les responsables de cercles constatent une participation globalement stable, même si une légère diminution est observée dans certains endroits. Le baptême n’est toutefois plus considéré comme un passage obligé.
"Chez nous, à Louvain-la-Neuve, il n’y a pas de pression pour faire son baptême. C’est la personne qui choisit si elle veut le faire ou pas.", explique Louis Verhelst, président du groupement des Cercles de Louvain-la-Neuve.
Pour les étudiants qui y participent, le baptême constitue avant tout une manière de rencontrer du monde et de s’intégrer rapidement dans leur nouvel environnement. "On ouvre son cercle d’amis parce qu’on rencontre énormément de personnes qui font souvent les mêmes études que nous. Donc, ça permet d’avoir un soutien en classe par exemple." témoigne Mathias Installé, président d’un cercle à Mons.
Des effets sur l’intégration sociale
C’est précisément cette dimension sociale que Pierre Bouchat, professeur de psychologie sociale à l’Université de Lorraine, a cherché à mesurer. Son étude, menée auprès de trois cohortes d’étudiants, montre une association entre la participation au baptême et différents indicateurs de bien-être.
"Après la participation, les étudiantes et étudiants qui avaient terminé leur baptême présentaient des niveaux d’estime d’eux-mêmes plus élevés et des niveaux d’indicateurs d’intégration sociale qui étaient nettement plus élevés qu’auparavant."
Quatre mois après leur baptême, les étudiants étudiés présentaient notamment davantage de soutien social perçu, de satisfaction vis-à-vis de leur vie étudiante et de bien-être psychologique, ainsi qu’un niveau de solitude perçue plus faible.
L’humiliation, une pratique révolue ?
Ces résultats ne suffisent pourtant pas à faire disparaître les critiques de certaines pratiques jugées humiliantes. Pour Mathias Installé, le folklore a cependant profondément changé : "Ce n’est pas de l’humiliation, ce n’est plus vraiment ce qui se passe maintenant. On pousse les gens à se motiver, à se surpasser. Toutes les obligations qu'il y avait avant, elles n'y sont plus."
Même constat à Louvain-la-Neuve. Louis Verhelst estime que certaines pratiques peuvent être perçues différemment de l’extérieur mais que le seul but des baptêmes est de rapprocher les étudiants entre eux : "Les activités ont vraiment pour but de les souder entre eux, de faire en sorte qu'ils rencontrent les autres, de forcer la rencontre."
Pierre Bouchat insiste, lui, sur l’importance de la perception des participants et sur l’existence de règles désormais beaucoup plus strictes. Les rites de passage, rappelle-t-il, ont une longue histoire dans les sociétés humaines et peuvent comporter une forme d’épreuve physique ou psychologique.
Des chartes pour encadrer les dérives
Alcool obligatoire, nourriture pour animaux, animaux vivants, pratiques dégradantes : de nombreuses pratiques autrefois associées au folklore sont aujourd’hui interdites ou fortement encadrées. À Mons, Mathias Installé affirme que "l’alcool n’est pas du tout obligatoire et d’ailleurs ils ne boivent quasiment jamais."
À Louvain-la-Neuve, les activités doivent être communiquées à l’université et des sanctions existent en cas de débordement. Elles peuvent concerner individuellement un étudiant, mais aussi aller jusqu’à l’arrêt d’un baptême ou à la fermeture d’un cercle.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de ce débat dans le podcast du Monde en direct.
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