Budget fédéral : OCDE et Bureau du Plan exhortent une nouvelle fois la Belgique à un assainissement des finances

Malgré plusieurs chocs économiques mondiaux négatifs ces cinq dernières années, dont la pandémie de Covid‑19 et la flambée des prix de l’énergie consécutive à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’économie belge a réussi à rester "résiliente". Les tensions géopolitiques persistantes et la hausse des prix de l’énergie pèsent toutefois sur les prévisions de croissance. Cela pourrait accentuer des problèmes structurels existant de longue date, en particulier le niveau d’endettement public élevé, le potentiel de croissance relativement faible et le vieillissement de la population, sur fond de changement climatique rapide, pointe l’organisation. Les réformes récentes, en particulier celles concernant les pensions, la limitation des allocations de chômage dans le temps et l’assurance-maladie devraient toutefois progressivement renforcer l’offre de main-d’œuvre, reconnaît-elle dans son rapport, dont la dernière édition concernant la Belgique remontait à 2024. La croissance économique devrait ralentir à court terme, car les prix élevés de l’énergie dus au conflit en cours au Moyen-Orient pèsent sur la demande intérieure et extérieure. La faiblesse des exportations, l’atonie de l’investissement et la baisse du pouvoir d’achat des ménages freineront l’activité, qui devrait se redresser progressivement à mesure que la situation se stabilisera. La persistance de prix élevés de l’énergie durant une période plus longue que prévu constituerait par contre un risque important pour la reprise, met en garde l’organisation. L’OCDE part donc du principe que le déficit budgétaire et la dette publique belges vont continuer à se creuser.
La dette publique s’élevait en 2025 à 108% du produit intérieur brut (PIB), tandis que le déficit budgétaire s’établissait à 5,2%. Si la Belgique veut stabiliser sa dette publique à 110%, elle devra économiser 3,5% de PIB supplémentaires d’ici 2035, en plus des efforts actuels de 1,5% d’ici 2029. Malgré les plans de consolidation budgétaire existants, la dette publique et le déficit, qui sont élevés, devraient continuer d’augmenter, "d’où la nécessité urgente de renforcer la soutenabilité des finances publiques", insiste-t-on. Pour endiguer ces déficits croissants, le pays doit dès lors assainir son budget et en accélérer la consolidation. Les économistes pointent en premier lieu la réduction des dépenses, vu les niveaux d’imposition déjà élevés. En outre, les autorités doivent miser sur des réformes de la sécurité sociale, des soins de santé et de l’enseignement, préconisent-ils. Pour que le système de pensions perdure, des mesures supplémentaires sont également nécessaires, selon l’OCDE, telles que la poursuite du développement du système de bonus-malus (qu’il faut améliorer) et l’indexation de l’âge de la retraite à l’augmentation de l’espérance de vie. Sur le plan fiscal, l’OCDE préconise surtout la suppression de nombreuses exonérations.
Les économistes soulignent par ailleurs la possibilité d’élaborer un meilleur impôt sur le capital et le patrimoine, qui "augmenterait l’équité et les recettes". Dans le domaine de la santé publique, la Belgique doit travailler à une plus grande efficience, d’autant plus que la population vieillit et va davantage recourir aux soins. Il faut, par exemple, miser beaucoup plus sur la prévention, ce qui permettrait de réduire la dépendance à l’égard des soins hospitaliers. Pour atteindre les objectifs climatiques, il faut accélérer le déploiement des énergies renouvelables. Si l’OCDE salue le glissement fiscal de l’électricité vers le gaz et le pétrole, elle estime que les subventions aux combustibles fossiles doivent également être supprimées progressivement. Enfin, pour faire face aux tensions qui s’exercent sur la compétitivité dans les secteurs industriels, il convient de mettre en place un mécanisme de fixation des salaires plus flexible, écrivent encore les experts dans leur rapport.
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Le Bureau du Plan alerte sur le déficit et le coût du vieillissement
Le Bureau fédéral du Plan a lui dressé mardi un constat macroéconomique particulièrement sévère concernant les finances publiques belges, avertissant que le déficit budgétaire et la dette s’engagent sur une trajectoire "insoutenable" d’ici 2031 sans réformes structurelles profondes. Dans des remarques de conclusion à la présentation de ce rapport, Baudouin Regout, le commissaire au Plan, a souligné que le vieillissement inéluctable de la population, combiné à la hausse brutale des taux d’intérêt, réduisait drastiquement la capacité d’action de l’État. L’essentiel du déficit se concentre au niveau fédéral. Sur les quelque 300 milliards d’euros de dépenses, la moitié (147 milliards) est allouée à la sécurité sociale. Les dépenses publiques ne cessent de croître, stimulées par le coût de la dette, tandis que les recettes fiscales diminuent, notamment en raison de l’évasion fiscale. Ce déséquilibre est en outre aggravé par le défi démographique. Le ratio de dépendance, qui compare la part de la population âgée de plus de 67 ans à celle en âge de travailler (de 18 à 66 ans), se dégrade de façon "critique", d’après Baudouin Regout.
Après avoir atteint un point historiquement bas entre 2000 et 2010, il s’envole en effet, entraînant une hausse mécanique des dépenses de l’État. D’environ 21% du produit intérieur brut (PIB) au début des années 2000, ces dépenses liées au vieillissement (soins de santé, pensions et soins de longue durée) devraient atteindre 26% d’ici 2031. Or cette situation démographique était prévisible, a rappelé le commissaire au Plan. "Ce que vous voyez se produire est essentiellement ce que beaucoup d’institutions disaient il y a dix ans : 'attention, le vieillissement arrive et aura un impact. Vous devez gérer cela très tôt'". "Quand nous parlons de dépenses publiques, n’oublions pas que la moitié passe de la poche d’un citoyen à un autre pour la redistribution ou la sécurité sociale. Ce n’est pas l’administration", a-t-il insisté, appelant à nuancer le débat politique. Cela alors que le gouvernement fédéral est actuellement en crise, justement pour une question d’assainissement budgétaire à élaborer. En excluant la sécurité sociale, la charge de la dette et les transferts vers les entités fédérées (les Régions et Communautés) ainsi que vers l’Union européenne, le budget disponible se réduit à un peu plus de 40 milliards d’euros. Sur ce montant, dix milliards sont consacrés au paiement des fonctionnaires (Défense, Justice, police), rendant les coupes budgétaires difficiles.
Trouver les dix milliards d’euros d’économies pour assainir les finances, comme cherche à le faire la coalition Arizona, s’avère dès lors être une équation redoutable, d’après l’analyse du Bureau du Plan. Il reste en effet peu d’espace pour couper massivement dans le fonctionnement de l’État sans toucher aux investissements publics, qu’il convient de protéger pour soutenir la productivité, d’après le commissaire.
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