Chez les Abbatiello, les liens du sang à l’épreuve des affaires
En huit ans, le groupe Abbatiello est passé d’une chaîne de 13 pizzerias Salvatoré à un empire de la restauration comptant 275 établissements. Derrière cette croissance fulgurante se trouve une famille, dont les liens sont à la fois nourris et mis à l’épreuve par les affaires. Une nouvelle série documentaire montre les coulisses de cette aventure entrepreneuriale, où s’entremêlent ambitions, désaccords et liens de sang.
Quasi méconnue du grand public il y a une décennie, la famille Abbatiello fait aujourd’hui beaucoup parler d’elle. Il faut dire que son entreprise grossit à vue d’œil. Dans les six derniers mois, le groupe a acquis les enseignes Papa Sandwich et Shaker Cuisine & Mixologie. Il détenait déjà les chaînes TOPLA!, Jack le Coq, L’Œufrier et Crèmerie chez Mamie. Sans oublier Pizza Salvatoré, dont le réseau est passé de 13 à une centaine de succursales depuis 2018.
Et rien ne semble freiner l’appétit des cinq frères et sœurs à sa tête. Ils ambitionnent désormais d’ouvrir 100 restaurants par année et d’atteindre le milliard de dollars de chiffre d’affaires d’ici fin 2029.
Une relève qui bouscule
Cette soif d’expansion tranche avec les débuts modestes de l’entreprise familiale. La nouvelle docusérie Salvatoré. Une recette de famille, nous ramène justement là où tout a commencé, à Saint-Georges, en Beauce. C’est là que leur grand-père, Salvatoré Abbatiello, a ouvert sa pizzeria en 1964. Leur père, Guillaume, a ensuite repris les affaires et développé le réseau de franchises à partir de 1986.
La troisième génération a rapidement mis la main à la pâte. À l’écran, Sébastien, Guillaume Junior, Frédéric, Élisabeth et Katarina racontent avoir travaillé dès leur jeunesse dans les cuisines et les salles à manger des restaurants. À peine majeurs, les deux aînés ont même acheté leur propre pizzeria Salvatoré. En 2016, les cinq enfants sont devenus actionnaires aux côtés de leur père.
« Il y a eu un clash, un débalancement générationnel, lorsqu’on a intégré l’actionnariat. Il y avait beaucoup de désaccords », explique en entrevue au Devoir Élisabeth Abbatiello, vice-présidente aux communications du groupe. Les enfants souhaitaient accélérer la croissance de la chaîne, tandis que leur père, habitué à diriger les activités à sa manière, ne partageait pas leur vision.
En 2018, lorsque Pizza Hut a présenté une offre d’achat à Guillaume Sr, les cinq frères et sœurs ont décidé de l’égaler et ont racheté ses parts pour avoir les coudées franches. Ce dernier n’a toutefois pas complètement quitté le navire et supervise aujourd’hui des projets de construction. À l’écran, on le voit continuer de distribuer d’un ton sec et autoritaire des conseils à ses enfants, qui l’écoutent une fois sur deux.
Conciliation famille-travail
Mêler la famille aux affaires, et vice versa, est loin d’être un jeu d’enfant. Une fois seuls aux commandes, les cinq frères et sœurs ont dû trouver leur propre façon de gérer les désaccords. La convention d’actionnaires les oblige ainsi à consacrer l’ensemble de leurs efforts professionnels, de leur temps et de leurs investissements au groupe Abbatiello, sans possibilité de mener d’autres projets d’affaires en parallèle. Une façon « d’éviter toute friction qui pourrait désagréger la famille », soutient Élisabeth.
Chacun dispose également d’une voix à la table, peu importe le nombre d’actions détenues. Si les décisions courantes peuvent être tranchées à la majorité, certaines questions, comme une entrée en Bourse ou la vente du groupe, exigent l’unanimité.
Cette exigence a d’ailleurs suscité son lot de tensions lorsque le groupe a reçu une offre de rachat particulièrement alléchante récemment. Trois des cinq enfants envisageaient de vendre, les deux autres souhaitaient conserver l’entreprise.
« Ça a été la première fois vraiment qu’il y avait de la discorde entre nous », confie Élisabeth, précisant que les discussions se sont étirées sur trois à quatre mois. « On a quand même du plaisir à travailler ensemble. Si on vendait, on allait partir d’autres projets ensemble. Alors rendu là, pourquoi vendre quand t’aimes ce que tu fais ? » résume-t-elle. Ils ont finalement conservé l’entreprise sous le giron familial.
La famille avant tout ?
Une décision qui illustre à quel point les affaires et la vie familiale sont devenues indissociables chez les Abbatiello, du bureau jusqu’aux soupers de famille. « Même si au travail, des fois, il y a des moments plus tendus, ça reste que la famille prime avant tout. […] On a appris à passer la famille au-delà de nos opinions entrepreneuriales, pour rester une famille unie », ajoute Élisabeth.
Paradoxalement, elle reconnaît que c’est l’entreprise qui les maintient unis. « C’est sûr que si l’entreprise n’existait pas, on ne serait pas tous aussi proches. »
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