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Friday, October 30, 2026

«Rembrandt»: improbable épiphanie

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Claire (Camille Cottin) et Yves (Romain Duris), un couple de physiciens nucléaires, visitent la National Gallery en marge d’un congrès à Londres. Happée par trois toiles du peintre baroque Rembrandt, Claire vit une forme d’épiphanie et ressort du musée complètement bouleversée.

Les jours suivants, hantée par les personnages du peintre baroque qui la visitent en rêve, la scientifique, soudainement anxieuse pour la survie de la planète, commence à remettre en cause son engagement dans la production d’énergie nucléaire.

Armée des prédictions d’une firme de recherche sur les changements climatiques, Claire lance l’alerte auprès de son mari et de sa fille, de ses collègues, puis du monde, devenant vite la cible du service de renseignement. De son côté, Yves peine à comprendre cette transformation soudaine chez celle qui partage sa vie depuis plus de deux décennies.

Cinéaste tiraillé par la dichotomie entre l’individuel et le collectif, Pierre Schoeller (Un peuple et son roi, 2018) imagine ici un récit d’anticipation énigmatique et sensoriel, à l’image de l’œuvre à laquelle il rend hommage, examinant les conséquences bouleversantes de l’art sur nos trajectoires de vie.

Entrecroisant le cheminement intime d’une femme et d’une famille à celui d’un monde dicté par l’économie de la performance, le réalisateur français perd pied devant la démesure de son ambition, peinant à orienter un scénario qui couvre large sans convaincre et à maintenir une tension dramatique ailleurs que dans sa mise en scène.

Celle-ci, somme toute réussie, mis à part quelques faux raccords qui accrochent l’œil, rend hommage à la maîtrise des contrastes entre ombre et lumière de Rembrandt ainsi qu’à l’intensité émotionnelle et à la part de mystère émanant de ses compositions. Cette atmosphère épouse avec adresse la courbe narrative du personnage de Claire, qui demeure, grâce au jeu subtilement décalé de Camille Cottin, une énigme tant pour son entourage que pour les spectateurs.

Pierre Scholler laisse malheureusement en suspens toutes les questions que soulève son scénario, se contentant d’effleurer les nuances du débat dans des scènes dénuées d’émotion portées par des personnages insipides tenus par des acteurs tentant tant bien que mal de se débrouiller avec le matériel offert. Heureusement que la chimie entre Cottin et son partenaire opère, extirpant la prémisse du simple délire.

Les dialogues, déclamés dans une lenteur et une immobilité qui soulignent à grands traits un souci de réalisme, détonnent avec l’arc dramatique d’un récit truffé d’incohérences et de faux suspenses.

On peut penser que le réalisateur a souhaité susciter le décalage et l’espace de réflexion que crée parfois le contact avec un tableau saisissant, en offrant une expérience ressentie plus que rationnelle, ouverte sur les possibles plutôt que sur les réponses. Or, la réflexion, plutôt que stimulante et innovatrice, laisse poindre le découragement, au mieux la résignation, et se dégage peu de ce qui a déjà été dit sur le fameux pouvoir de l’art.

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