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Wednesday, September 30, 2026

Protection de la nature | Où sont passés les 100 millions du fédéral ?

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Les 100 millions de dollars accordés à Québec par Ottawa pour financer la protection de l’environnement ont disparu, mais pas dans la nature ; le gouvernement caquiste a décidé d’utiliser les fonds pour autre chose que ce qui était convenu, révèle une enquête de La Presse.

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« Le premier versement a été fait, mais on n’a jamais vu cet argent », confiait en 2025 une personne travaillant au ministère québécois de l’Environnement, qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles, comme les six autres sources qui se sont confiées depuis.

Les fonds fédéraux ont été comptabilisés par Québec à la place de ses propres fonds ; bref, pour « du remboursement de dépenses », dans le jargon gouvernemental, ont expliqué différentes sources.

Pourtant, « on ne doit pas faire ça dans l’entente Canada-Québec, normalement », a indiqué une autre source au sein du gouvernement québécois.

Résultat : des projets comme l’agrandissement du parc de la Rivière-des-Mille-Îles, au nord de Laval, se retrouvent sur la voie de garage, même si le financement était officieusement confirmé.

« L’argent promis ne s’est jamais matérialisé, et ce, malgré des discussions très avancées entre les gouvernements et la Ville », a déploré le maire de Laval, Stéphane Boyer, dans une déclaration transmise à La Presse par son cabinet.

Le communiqué annonçant l’accord mentionnait d’ailleurs que les fonds fédéraux devaient servir notamment à « la mise en place de projets de parcs urbains », une phrase ajoutée spécifiquement pour le projet du parc de la Rivière-des-Mille-Îles, dit-on à l’hôtel de ville de Laval.

Un projet de parc métropolitain sur la voie de garage

  • Le projet bénéficie du soutien des maires et mairesses des 11 villes de la région, dont 9 ont accès à l’eau, qui s’étendent sur 42 kilomètres entre le barrage de Deux-Montagnes et l’embouchure, à Terrebonne. Les élus espéraient 14 millions de dollars provenant de l’enveloppe fédérale pour concrétiser le projet, qui permettrait notamment de créer une rare grande zone de conservation dans le sud du Québec, qui est par ailleurs la source d’eau potable de quelque 500 000 personnes.

    IMAGE TIRÉE D’UN DOCUMENT DE LA VILLE DE LAVAL

    Le projet bénéficie du soutien des maires et mairesses des 11 villes de la région, dont 9 ont accès à l’eau, qui s’étendent sur 42 kilomètres entre le barrage de Deux-Montagnes et l’embouchure, à Terrebonne. Les élus espéraient 14 millions de dollars provenant de l’enveloppe fédérale pour concrétiser le projet, qui permettrait notamment de créer une rare grande zone de conservation dans le sud du Québec, qui est par ailleurs la source d’eau potable de quelque 500 000 personnes.

  • Des cormorans à aigrettes se sèchent les ailes après avoir plongé pour pêcher dans la rivière des Mille Îles, autour de laquelle on retrouve les deux tiers de la faune vertébrée du Québec. Le secteur abrite aussi de rares espèces floristiques, comme des peuplements anciens d’érables noirs. Près d’une centaine d’espèces à situation précaire s’y retrouvent.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Des cormorans à aigrettes se sèchent les ailes après avoir plongé pour pêcher dans la rivière des Mille Îles, autour de laquelle on retrouve les deux tiers de la faune vertébrée du Québec. Le secteur abrite aussi de rares espèces floristiques, comme des peuplements anciens d’érables noirs. Près d’une centaine d’espèces à situation précaire s’y retrouvent.

  • Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles a pour mission de protéger, mettre en valeur et rendre accessibles les milieux naturels de la rivière, mais il peine à autofinancer sa mission, explique Anaïs Boutin, directrice générale du parc, qui espère un financement gouvernemental depuis longtemps. L’organisme pourrait alors assurer le maintien des actifs, faire davantage de conservation et de restauration, assurer la surveillance et la sécurité des lieux, offrir des programmes éducatifs et de sensibilisation au public.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles a pour mission de protéger, mettre en valeur et rendre accessibles les milieux naturels de la rivière, mais il peine à autofinancer sa mission, explique Anaïs Boutin, directrice générale du parc, qui espère un financement gouvernemental depuis longtemps. L’organisme pourrait alors assurer le maintien des actifs, faire davantage de conservation et de restauration, assurer la surveillance et la sécurité des lieux, offrir des programmes éducatifs et de sensibilisation au public.

  • Les berges de la rivière des Mille Îles ont été largement artificialisées, d’abord avec la villégiature, puis avec l’urbanisation du secteur, quand les chalets d’été ont été convertis en résidences principales, entraînant une détérioration de la qualité de l’eau. Les murets de béton réchauffent l’eau, ce qui diminue l’oxygène et augmente la quantité de bactéries, en plus de faire disparaître les habitats que constituent les rives naturelles, qui peuvent en outre absorber les débordements de la rivière. Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles s’efforce de réhabiliter les milieux humides et de sensibiliser les propriétaires privés à la question.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Les berges de la rivière des Mille Îles ont été largement artificialisées, d’abord avec la villégiature, puis avec l’urbanisation du secteur, quand les chalets d’été ont été convertis en résidences principales, entraînant une détérioration de la qualité de l’eau. Les murets de béton réchauffent l’eau, ce qui diminue l’oxygène et augmente la quantité de bactéries, en plus de faire disparaître les habitats que constituent les rives naturelles, qui peuvent en outre absorber les débordements de la rivière. Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles s’efforce de réhabiliter les milieux humides et de sensibiliser les propriétaires privés à la question.

  • Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles abrite le seul centre de réhabilitation des tortues au Québec. Il en reçoit des centaines par année, soit celles qui sont blessées, généralement par des véhicules automobiles, ou encore celles qui sont saisies par les autorités chez des contrebandiers. La technicienne en santé animale France Grellier s’occupe ici de Rex, une tortue serpentine mâle de 11 kg qui avait été trouvée captive et sous-alimentée, au point où sa survie était menacée.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Le parc de la Rivière-des-Mille-Îles abrite le seul centre de réhabilitation des tortues au Québec. Il en reçoit des centaines par année, soit celles qui sont blessées, généralement par des véhicules automobiles, ou encore celles qui sont saisies par les autorités chez des contrebandiers. La technicienne en santé animale France Grellier s’occupe ici de Rex, une tortue serpentine mâle de 11 kg qui avait été trouvée captive et sous-alimentée, au point où sa survie était menacée.

  • Les œufs des tortues femelles qui ne peuvent être sauvées sont mis dans un incubateur pour que leurs petits puissent naître. Ici, un bébé tortue serpentine âgé de quelques semaines, dans la main de France Grellier. Le Centre de réhabilitation des tortues du Québec parvient à accomplir sa mission grâce à un vétérinaire qui travaille bénévolement et à l’utilisation de matériel usagé stérilisé, plutôt que du matériel neuf.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Les œufs des tortues femelles qui ne peuvent être sauvées sont mis dans un incubateur pour que leurs petits puissent naître. Ici, un bébé tortue serpentine âgé de quelques semaines, dans la main de France Grellier. Le Centre de réhabilitation des tortues du Québec parvient à accomplir sa mission grâce à un vétérinaire qui travaille bénévolement et à l’utilisation de matériel usagé stérilisé, plutôt que du matériel neuf.

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« Bonifier » le Plan nature

L’« Accord Canada-Québec sur la nature », qualifié d’historique par Ottawa lors de son annonce en mars 2025, indique que Québec utilisera l’argent fédéral « pour bonifier et mettre en œuvre différentes actions prioritaires des mesures de son Plan nature 2030 ».

Un tableau indique la répartition des investissements de chaque gouvernement, montrant les 100 millions fédéraux à côté des sommes prévues par Québec.

IMAGE TIRÉE DE L’ACCORD CANADA-QUÉBEC POUR LA NATURE

Un tableau dans l’accord indique la répartition des investissements de chaque gouvernement, montrant les 100 millions fédéraux à côté des sommes prévues par Québec.

Pour Ottawa, et même au sein du ministère québécois de l’Environnement, il était clair que les fonds fédéraux devaient financer des mesures additionnelles, mais le ministère québécois des Finances ne l’entendait pas de cette façon, expliquent les sources de La Presse.

« Il y a eu des discussions viriles avec les Finances », confie l’une d’elles.

Le ministère québécois de l’Environnement a nié pendant plusieurs mois que les fonds fédéraux ont remplacé ses investissements dans le Plan nature 2030 : « Non », a répondu en mai et en septembre une porte-parole, Josée Guimond.

Mais le cabinet de la ministre sortante, Pascale Déry, a déclaré le contraire à La Presse, mardi soir, indiquant que les fonds fédéraux ne financent pas des mesures additionnelles.

De plus, le gouvernement québécois n’a pas mentionné la contribution financière d’Ottawa dans les projets qu’il a annoncés, comme l’exige l’accord, déplore une source.

« Les Finances mettent le gouvernement du Québec à risque en faisant ça, dit-elle. Le fédéral ne doit pas avoir le goût de signer d’autres ententes. »

Les Premières Nations écopent

L’accord prévoyait aussi que 30 millions des 100 millions de dollars devaient financer spécifiquement des mesures proposées par les communautés autochtones, ce qui ne s’est pas concrétisé.

« On s’est fait dire [par des fonctionnaires] que l’argent n’existait plus », raconte Alain Bédard, directeur de l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, qui devait redistribuer la moitié de l’enveloppe.

Le tableau détaillant le soutien fédéral affiche 30 millions de Québec et 30 millions d’Ottawa pour « appuyer le leadership autochtone en conservation de la biodiversité », mais seuls 30 millions ont été versés aux Premières Nations, indique M. Bédard.

« Mettons que le calcul n’a pas été un plus un égale deux, ça a été un plus un égale un », s’insurge une autre personne issue des Premières Nations, qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles du gouvernement.

Absence de reddition de comptes

Ottawa a versé une première tranche de 25 millions de dollars pour l’année fiscale 2024-2025 et une deuxième tranche de 40 millions pour l’année fiscale 2025-2026 ; les 35 millions de dollars restants doivent être versés en mars 2027, et leur utilisation est déjà budgétée.

Le gouvernement québécois n’a pas offert la reddition de comptes prévue à l’accord, qui indique que l’utilisation des fonds fédéraux doit être détaillée dans les rapports annuels présentés à l’Assemblée nationale.

« Effectivement, il n’y a pas d’information à ce sujet dans le Rapport annuel de gestion », pour l’année fiscale 2024-2025, confirme la porte-parole du ministère de l’Environnement.

Le cabinet de la ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique, Julie Dabrusin, n’a pas voulu dire s’il est satisfait de l’application de l’accord, s’il compte faire le dernier versement et s’il prévoit renouveler l’entente.

« On s’attend à ce que le Québec respecte ses obligations, [comme] stipulées dans l’Accord », a affirmé dans une déclaration laconique son attachée de presse, Amy Falkner.

Budget pas dépensé

En plus d’avoir utilisé les fonds fédéraux pour réduire ses propres dépenses en conservation de la nature, le gouvernement québécois n’a même pas réalisé la totalité des investissements qu’il avait annoncés, calcule la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs (SNAP).

Le Plan nature 2030 du Québec, qui avait été annoncé en grande pompe par le premier ministre François Legault lors de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité à Montréal, en 20221, prévoyait 650 millions de dollars, notamment pour atteindre l’objectif de conservation de 30 % du territoire québécois d’ici 2030.

De cette somme, 443,4 millions de dollars devaient être investis entre 2023 et 2028.

« Notre calcul arrive à 380 millions », indique Alain Branchaud, directeur général de la SNAP, dont l’équipe a recensé toutes les annonces faites par Québec dans le cadre du Plan nature, faute de compte rendu gouvernemental.

« Ce serait bien qu’il y ait un peu plus de transparence du gouvernement du Québec sur ce qui a été dépensé », dit-il, estimant peu probable que Québec ajoute d’autres investissements d’ici 2028 en raison des coupes budgétaires annoncées.

Le cabinet de la ministre Déry affirme de son côté que les investissements de Québec totalisent 402 millions.

Les 100 millions du fédéral auraient pu « vraiment faire une différence » s’ils s’étaient ajoutés au financement provincial, croit Alain Branchaud, rappelant que la superficie d’aires protégées au Québec n’a pas progressé depuis qu’elle a atteint le seuil de 17 % en 2020.

« Quand on regarde ce qui se passe au niveau de la foresterie, peut-être qu’on aurait eu les moyens de vraiment opérer des transitions, notamment pour les communautés mono-industrielles qui dépendent de la forêt, dit-il. On a raté une belle occasion. »

1. LISEZ l’article « Québec annonce un “Plan Nature” de 650 millions »

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