L’espoir, les mains attachées

L’arrivée d’un nouveau gouvernement est toujours un moment solennel et émouvant. De nouveaux ministres prêtent serment, remplis d’ambition et d’espoir.
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La nouvelle équipe péquiste aurait toutefois intérêt à parler avec Nicolas Marceau. Le ministre des Finances pourrait ramener ses attentes à un niveau gérable.
M. Marceau occupait la même fonction de 2012 à 2014 dans le gouvernement minoritaire de Pauline Marois. Il comprend les pièges à venir : le manque de temps, d’argent et de sièges.
En septembre 2012, le Parti québécois revenait aussi au pouvoir après un long purgatoire et moult promesses. Il avait commencé en lion en annulant la hausse des droits de scolarité, en fermant la centrale nucléaire Gentilly-2 et en réformant le financement des partis politiques et la gestion des contrats publics, entre autres.
Puis, très vite, tout est devenu compliqué.
Le gouvernement minoritaire de Pauline Marois a manqué d’alliés pour protéger le français, et il n’a pas mis d’eau dans son vin pour adopter sa charte sur les « valeurs québécoises ». Pour retourner vers le déficit zéro, il a bloqué d’ambitieuses réformes comme l’assurance-autonomie pour aider les aînés à vieillir chez eux.
Ce sort guette tout gouvernement minoritaire, incluant celui de Paul St-Pierre Plamondon.
Une fois de plus, les péquistes arrivent dans un contexte difficile. La loi exige d’équilibrer le budget d’ici 2029-2030. Mercredi, M. St-Pierre Plamondon n’a pas répété sa promesse d’y arriver une année plus tôt que requis.
S’il la maintient, pour les deux premières années de leur mandat, les dépenses augmenteraient d’un maigre 1 %. Pour éviter une compression dans les services, il promet de faire des coupes dans la bureaucratie. Mais le calendrier serré empêchera de prendre le temps d’identifier le « gras ».
Comme dans tout gouvernement, les ministres de l’Éducation, de la Santé et des autres missions essentielles voudront plaire aux gens qu’ils desservent. Le président du Conseil du trésor, Alain Therrien, a été choisi pour sa capacité à dire non.
Pour instaurer la discipline budgétaire, M. St-Pierre Plamondon envoie un message avec un cabinet minceur. Seulement 22 ministres formeront avec lui le gouvernement. Cela crée toutefois des combinaisons étonnantes de fonctions. Elsie Lefebvre s’occupe à la fois de l’Enseignement supérieur, de l’Habitation et de la Condition féminine. Nicolas Girard aura plus de facilité à cumuler les missions des Transports et des Affaires municipales, comme son prédécesseur Sylvain Gaudreault en 2012. Autre mandat qui surprend, celui de Camille Pellerin-Forget. Cette néophyte est responsable autant des Institutions démocratiques que des Services sociaux – l’itinérance relèvera toutefois directement de M. St-Pierre Plamondon.
Le régime minceur n’est pas la seule raison de cette approche.
Un gouvernement minoritaire manque de marge de manœuvre pour les grandes réformes. Il se bat surtout pour survivre, d’une crise à l’autre. C’est aussi cela qui explique les cumuls de fonctions. Le premier ministre mise sur les gens qui ont de l’expérience parlementaire et qui savent communiquer. Les attentes sur le fond sont modestes.
Deux nouveaux poids lourds se démarquent.
Catherine Gentilcore est responsable de l’Accession à l’indépendance. C’est aussi elle qui sera leader parlementaire. Elle négociera constamment pour trouver un parti de l’opposition qui appuira les projets dee loi. On la savait déjà pugnace, on découvrira si elle excelle dans l’art des compromis. En parallèle, elle pilotera dans les prochaines semaines une réforme controversée de l’immigration. La baisse annoncée des seuils mécontentera les milieux d’affaires et les régions qui se plaignent déjà d’un manque de main-d’œuvre. C’est énorme pour une seule personne… À moins que l’indépendance l’occupe moins que prévu.
L’autre personne à suivre est Marie-Claude Sarrazin. Remarquée comme procureure à la commission sur SAAQclic, elle hérite de la Justice, des Affaires intergouvernementales canadiennes, de la Lutte contre le racisme et de l’Accès à l’information, entre autres.
Il y a un risque de confusion. Car M. St-Pierre Plamondon a nommé Pascal Paradis négociateur du Québec à l’international et avec les Premières Nations. Il devra éviter de dédoubler le travail de Mme Sarrazin. Et aussi celui de Dieudonné Ella Oyono (Relations internationales et Commerce extérieur) ainsi que de Simon-Pierre Savard-Tremblay (Premières Nations et Inuit). À l’interne, ce sera un défi de cohésion.
En Santé, le défi s’annonce colossal pour Marie-Karlynn Laflamme, ex-vice-rectrice de l’Université du Québec à Chicoutimi.
Son expérience en santé est modeste – elle a dirigé les communications et les programmes de santé physique au CSSS du Lac-Saint-Jean-Est. Elle devient responsable de près de la moitié des dépenses du Québec. Elle devra abolir Santé Québec – le PQ ne sait pas encore exactement par quoi remplacer la société d’État.
On ignore à quoi ressemblera la décentralisation du réseau ou le renforcement de la première ligne – ce qui a été souvent promis et jamais tout à fait réussi. Même question pour le retour annoncé des CLSC et leur harmonisation avec les groupes de médecine familiale.
En Éducation, au moins, les attentes seront moins grandes pour Joël Arsenault. Il doit tenir des états généraux, mais le PQ ne s’est pas compromis sur une solution précise, à part améliorer l’égalité des chances. Il a été choisi pour son approche rassembleuse. Mais en éducation, les consensus sont rares et fragiles.
Comme s’en souvient sans doute Nicolas Marceau, les libéraux ne seront pas conciliants s’ils sentent que ce gouvernement s’essouffle. La bonne nouvelle pour M. St-Pierre Plamondon est qu’il peut aussi conserver le pouvoir avec l’appui des solidaires ou des conservateurs. Reste qu’il sera difficile de le faire tout en réussissant à la fois à équilibrer le budget et à redonner confiance aux Québécois envers leur État, assez pour les faire rêver à un pays.
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