Pour le CH, la question n’est plus « combien », mais plutôt « comment »

La nouvelle saison de la LNH commence mardi et plusieurs se demandent si le Canadien parviendra à répéter ses succès de la saison passée. À l’interne, la mission de cette équipe consiste toutefois à éviter un copier-coller. Avec le même personnel, le temps est venu d’apprendre à gagner différemment.
À peu près à cette date l’an dernier, je comparais le CH à Benjamin Button, le personnage principal d’un film de science-fiction (incarné par Brad Pitt) qui rajeunissait tout au long de sa vie.
Le Canadien se retrouvait alors face à un emballant défi : tenter de se qualifier pour les séries éliminatoires en misant sur la plus jeune formation de la LNH. Depuis le début de l’ère du plafond salarial, les rares équipes à avoir réussi ce tour de force, comme les Kings de Los Angeles et les Blackhawks de Chicago, avaient soit remporté la Coupe Stanley lors des saisons suivantes, soit sérieusement flirté avec le trophée.
La suite a marqué les esprits. Le CH a connu une remarquable saison de 106 points. Cole Caufield est devenu le premier joueur du CH à atteindre le plateau de 50 buts depuis Stéphane Richer en 1989-1990. Nick Suzuki est devenu le premier porte-couleurs du CH à franchir le cap des 100 points depuis Mats Naslund en 1985-1986. Et Lane Hutson a été le premier arrière de l’organisation à atteindre les 70 points depuis Chris Chelios en 1988-1989.
Ces trois accomplissements dans une même formation (un marqueur de 50 buts, un marqueur de 100 points et un défenseur de 70 points) constituaient une trifecta, une sorte de tempête parfaite survenue en de très rares occasions dans l’histoire de la LNH.

Cole Caufield, Lane Hutson et Nick Suzuki
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
Pour ajouter la cerise sur le sundae, les hommes de Martin St-Louis se sont ensuite faufilés jusqu’au carré d’as en séries. Mais cruellement (certains préféreront utiliser le mot heureusement
dans une perspective de développement), ce parcours éliminatoire s’est conclu par une magistrale volée contre les Hurricanes de la Caroline.
Éliminée en cinq matchs, la jeune formation montréalaise n’a carrément pas touché à la rondelle face aux futurs champions. Le CH a été limité à seulement 89 tirs cadrés durant cette série (il s’agissait d’un record de l’histoire de la LNH pour un affrontement de cinq matchs). Les joueurs ont alors réalisé tout le chemin qui leur restait à parcourir pour pouvoir sérieusement aspirer à la coupe. Et avec humilité, ils l’ont verbalisé.
Lucides, les joueurs du CH admettaient aussi qu’ils avaient été extrêmement chanceux, au premier tour, de sortir vainqueurs du septième match face au Lightning de Tampa Bay. Totalement dominé et tirant seulement neuf fois en direction d’Andrei Vasilevskyi dans cette rencontre, Montréal avait alors établi un autre record peu enviable.
Au bout du compte, les joueurs et les membres de l’équipe de direction sont partis en vacances en se disant qu’il faudrait dorénavant travailler différemment. Une bonne attaque - reposant essentiellement sur un trio - et une défense ordinaire nécessitant constamment des prouesses de la part des gardiens ne sont pas suffisantes pour aspirer aux grands honneurs.
C’est la défense qui remporte les championnats. Ce vieil adage ne se dément pas.
Or, le CH a bouclé la dernière saison au 16e rang en défense (251 buts accordés) et au 23e rang en désavantage numérique (54 buts). Dans ce contexte, l’arrivée de Derek Lalonde à titre d’entraîneur associé à Martin St-Louis - le nouveau venu sera responsable de la défense du CH - constitue donc l’acquisition la plus importante faite par l’organisation au cours de l’été.

Derek Lalonde, entraîneur associé du Canadien
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Pour se convaincre de l’ampleur du chantier auquel Lalonde fait face, il suffit de jeter un coup d'œil aux statistiques individuelles des joueurs du CH et de les comparer avec celles des joueurs des Hurricanes.
La saison dernière, 317 attaquants de la LNH ont disputé 800 minutes de jeu et plus.
- Parmi ces 317 joueurs, pas moins de 6 porte-couleurs des Hurricanes figuraient dans le top 10 en possession de rondelle (contrôle des tentatives de tirs);
- Un seul joueur du CH faisait partie des 65 meilleurs (Cole Caufield, au 40e rang);
- Trois attaquants du CH faisaient partie des 20 pires (Oliver Kapanen 297e, Josh Anderson 302e et Jake Evans 314e);
- Aucun joueur des Hurricanes ne faisait partie des 208 derniers joueurs apparaissant sur cette liste.
La saison dernière, 186 défenseurs de la LNH ont disputé 800 minutes de jeu et plus.
- Parmi ces 186 défenseurs, quatre représentants des Hurricanes faisaient partie du top 10 en possession de rondelle (contrôle des tentatives de tirs);
- Un seul arrière du CH faisait partie des 73 meilleurs (Lane Hutson, au 12e rang);
- Deux défenseurs du Canadien faisaient partie des 12 pires (Mike Matheson 174e et Alexandre Carrier 175e);
- Aucun défenseur des Hurricanes ne figurait parmi les 146 derniers joueurs apparaissant sur cette liste.
La différence entre une équipe championne et une jeune équipe talentueuse, c’est ça.
Ce n’est donc pas un hasard si, pendant le bref camp d’entraînement, on a constamment entendu les joueurs du CH parler de l’importance de bien exécuter les petits détails
et de la nécessité de rehausser l’efficacité de l’unité de désavantage numérique.
Cette ambition de mieux jouer défensivement est aussi importante pour se prémunir d’une trop grande dépendance à des performances offensives extraordinaires de la part des vedettes de l’équipe.
Quelles sont les probabilités de voir Cole Caufield signer deux saisons d’affilée de 50 buts?
Elles semblent minces parce que seulement 15 attaquants ont marqué 50 buts depuis la saison 2010-2011. Parmi ces 15 joueurs exceptionnels, seuls Alex Ovechkin (le meilleur buteur de tous les temps) et Leon Draisaitl ont réussi cet exploit deux saisons de suite. À son apogée, Ovechkin l’a fait dans trois saisons de suite.

Cole Caufield
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Quelles sont les probabilités de voir Nick Suzuki réussir deux saisons consécutives de 100 points?
Cette marque a été atteinte par 29 joueurs au cours des 16 dernières saisons, mais seulement sept de ces supervedettes l’ont fait au moins deux ans de suite. Il y a un club sélect, dont les membres atteignent régulièrement les 100 points. Ils s’appellent Kucherov, MacKinnon, McDavid, Pastrnak et Draisaitl. À l’extérieur de ce quintette, Mikko Rantanen et Matthew Tkachuk sont les deux seuls à avoir enchaîné deux saisons d’affilée de 100 points.
Et quelles sont les chances de voir Lane Hutson réussir une seconde saison de 70 points?
Encore là, ça nécessiterait un sérieux tour de force. Depuis 2010, seulement 7 des 20 défenseurs qui ont atteint cette marque sont parvenus à répéter l’exploit la saison suivante. Quinn Hughes (4 saisons), Cale Makar (3 saisons) et Adam Fox (3 saisons) se démarquent des autres mortels avec des séquences encore plus longues.La saison dernière, le CH a marqué 279 buts. Ça lui a valu le 7e rang de la ligue, tout juste derrière les Oilers d’Edmonton.
Heureusement pour la formation de Martin St-Louis, Juraj Slafkovsky et Ivan Demidov n’ont toutefois pas encore atteint leur apogée. Zachary Bolduc est aussi loin d’avoir atteint son plein potentiel. Il n’est donc pas farfelu de croire que ces jeunes pourraient tout de même permettre à l’attaque de continuer à croître.

Ivan Demidov disputera une deuxième saison complète dans la LNH.
Photo : Getty Images / Joe Hrycych
Que faut-il conclure de tout ça?
Cette équipe mise sur une banque de talents et sur une force de frappe remarquables. Malgré sa jeunesse et ses failles défensives, cette équipe est parvenue à récolter 106 points la saison dernière dans la division la plus coriace de la LNH.
Cette saison, l’intérêt n’est donc pas de savoir combien de points le CH récoltera. Il y en aura en masse, des points! Mais parviendra-t-il à les amasser d’une meilleure façon? Là est toute la question.
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