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Wednesday, September 23, 2026

Cinéma: «Haute solitude», Jean Zay, prisonnier politique, quand l’histoire intime se mêle à la grande Histoire

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Sur les écrans ce mercredi 23 septembre, le documentaire de Laurent Veray nous fait découvrir l'intimité de la pensée et des sentiments de Jean Zay, figure politique de la IIIe République, jeune ministre du Front populaire, emprisonné pendant l'Occupation puis assassiné par la milice en juin 1944 à l'âge de 39 ans. Sa correspondance et ses carnets intimes permettent de mesurer combien l’acte d’écrire est autant un acte d’amour pour la vie et pour ses proches qu’un acte de résistance.

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Ce portrait, c'est presque un « Jean Zay par Jean Zay, en prison », pour reprendre l'expression de l'historien du cinéma Laurent Veray, auteur du documentaire. Il ne nous raconte pas le Jean Zay de la grande Histoire, le « jeune Turc » radical-socialiste aux côtés de Pierre Cot ou Pierre Mendès-France favorable à l'aide au gouvernement républicain en Espagne, ni le ministre de l'Éducation nationale réformateur, promoteur de la laïcité, fervent défenseur d'une démocratisation de l'école et qui posa les bases du CNRS ; non plus le ministre des Beaux-Arts, fondateur du musée des Arts et traditions populaires qui fut à l'origine de la réunion des musées nationaux, du Festival de Cannes et encouragea la création théâtrale aux côtés d'une génération incroyable de dramaturges (Dullin, Jouvet, Pitoeff...), mais le Jean Zay, arraché à sa famille et à ses engagements personnels et politiques, devenu l'homme à abattre du régime de Vichy en raison de son engagement politique, de sa qualité de franc-maçon et de ses origines juives.

« Déserteur juif devant l'ennemi, la dégradation militaire flétrira sa lâche attitude », peut-on lire sur la manchette d'un journal, alors que le ministre qu'il était avait démissionné de son poste pour s'engager volontaire dans l'armée française et combattre en Afrique du Nord. « Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l'ancre ! Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons ! Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons », ces vers de Baudelaire qu'il cite disent toute l'amertume du condamné...

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Le récit est construit de façon chronologique à partir des lettres que Jean Zay écrit à son épouse Madeleine, à son père Léon, à sa sœur Jacqueline. Des lettres qui alternent avec des extraits de son journal, tenu quotidiennement. La voix off du comédien et réalisateur Éric Caravaca donne vie à ces textes. Au fil des pages, Jean Zay y évoque son procès – qu'il est sûr de gagner tant l'accusation de désertion est inique –, son aversion pour les militaires dont il tacle « l'impéritie et le manque d'imagination ». « La République a souvent craint la dictature des généraux vainqueurs, elle n'avait pas songé à redouter celle des généraux vaincus », assène le condamné. Ça, c'est pour la grande Histoire.

La petite histoire, c'est sa joie à la naissance de sa deuxième fille Hélène, le potager qu'il crée dans la cour attenante à sa cellule, son émotion en contemplant le pissenlit qui pousse entre deux pavés, la nécessité absolue de se fixer un cadre quotidien avec des activités quasi chronométrées pour ne pas sombrer. Écrire et lire dans la mesure où les autorités carcérales l'autorisent à avoir des livres non censurés car il subira, au gré de ces années de détention, plusieurs régimes pénitentiaires, tantôt de droit commun, tantôt politique, plus souple.

« Entouré d'éternité »

Jean Zay a d'abord été pour moi le nom de mon école primaire à Clermont-Ferrand, raconte le réalisateur, dont les pas ont souvent croisé, des décennies plus tard, ceux du captif : dans la capitale historique de l’Auvergne, au cœur de la chaîne des Puys, dont on voit les rondeurs à l’image, et où Jean Zay fut incarcéré en août 1940. Puis à Riom, où Zay fut ensuite transféré en janvier 1941, et où Laurent Veray fut pigiste à la section locale du journal La Montagne. Un quotidien fondé par Alexandre Varenne, journaliste et avocat qui fut le défenseur de Zay à son procès, et l’un de ses proches, avec Jean Cassou et Marcel Abraham. Les espaces – rues, cellules, coursives, cour pavée – sont racontés tantôt au passé grâce à des images d'archives ou photos d'époque (extraordinaires scènes de famille avec les petites filles de Zay dans son microjardin de la prison) alternant avec des images contemporaines en noir et blanc.

Fenêtres, munies ou non de barreaux, portes, œilletons, meurtrières, lucarnes, bouts de ciel, la caméra s'arrête sur ces ouvertures qui sont refusées au prisonnier. Fortes et émouvantes images de ces lieux de détention désormais désaffectés. Le texte, les images et la musique (les petites notes d'Au jardin d'Alexandre Tansman) se fondent avec une grande fluidité, permettant au spectateur de se concentrer sur les mots de Jean Zay. Une belle langue, simple, qui raconte ses doutes, ses colères et ses rêves (celui qui ne rêve pas perd un tiers de son existence, selon lui). Sa solitude aussi, quand, un temps privé de livres, de lettres et de montre, il se déclare « entouré d'éternité »…

Paris, juin 1937: Jean Zay, ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts (D) à la sortie d'un conseil des ministres aux côtés de  Maurice Viollette (C), ministre d'Etat en charge de l'Algérie et de Léon Blum (G), président du conseil.
Paris, juin 1937: Jean Zay, ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts (D) à la sortie d'un conseil des ministres aux côtés de Maurice Viollette (C), ministre d'Etat en charge de l'Algérie et de Léon Blum (G), président du conseil. AFP - -

Le film s'ouvre sur des images des porte-manteaux de l'école primaire Jean Zay de Clermont-Ferrand que fréquenta Laurent Veray : des tablettes portent les prénoms des enfants. Ces prénoms, aux origines variées, racontent comment la « révolution nationale » portée par le régime de Vichy a échoué. Le projet politique de Jean Zay, entré au Panthéon en 2015, a finalement gagné, mais on sait combien ces victoires sont fragiles.

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