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Tuesday, October 20, 2026

Le pluralisme scientifique n’est pas un relativisme

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Maïté Blanchette Vézina, députée de La Peltrie, a récemment laissé entendre que « la science, ce n’est pas UNE science, parce que la science, elle évolue selon les études, selon ce qui se passe », comme nous pouvions le lire dans Le Devoir le 14 octobre dernier. Or, si la science n’est effectivement pas immuable, comme l’élue le souligne avec justesse, elle n’en demeure pas moins fondée sur des connaissances et des modèles dont la remise en question doit elle-même être justifiée.

Face à ces propos, diverses réactions n’ont pas tardé à surgir, poussant rapidement l’élue à apporter des précisions. Dans une publication sur les réseaux sociaux, elle a ainsi par la suite précisé que le Parti conservateur du Québec entendait défendre le droit de poser des questions « sans remettre en cause la science ». Cette précision n’empêchera sans doute pas certains adeptes du relativisme de poursuivre leurs réflexions à l’encontre des consensus établis.

Bien entendu, aucune théorie scientifique ne devrait être à l’abri de la critique, et personne ne devrait être privé du droit de poser des questions. Mais le droit de remettre en question une affirmation ne confère pas à toutes les opinions une valeur égale. Remettre en question un consensus scientifique ne repose pas uniquement sur des croyances et des valeurs personnelles. Si la remise en question est nécessaire à toute démarche scientifique, elle doit néanmoins être effectuée à l’aune des preuves disponibles et fournir des justifications qui se basent sur des données probantes.

Le pluralisme des idées ne doit donc pas être confondu avec le relativisme. Le pluralisme permet de trancher entre des opinions qui ne se valent pas toutes et de privilégier les points de vue qui sont justifiés, tout en garantissant le bon fonctionnement de notre démocratie. Ce qui n’est pas le cas du relativisme, quand bien même certains seraient tentés de nous faire croire le contraire.

Dans son fameux Discours de la méthode, le philosophe René Descartes souligne les raisons pour lesquelles nos impressions peuvent parfois être trompeuses lorsque nous tentons de justifier ou d’expliquer un phénomène qui se déroule sous nos yeux. Ainsi, ce n’est pas parce qu’un minéral ressemble à s’y méprendre à de l’or qu’il s’agit effectivement d’or, par exemple. Nos impressions ou opinions premières ne peuvent donc, à elles seules, fonder une connaissance. Non seulement elles peuvent être trompeuses, mais elles peuvent aussi nous conduire à des biais lorsque nous les partageons avec d’autres personnes sans bénéficier d’une remise en question. Ainsi, Descartes nous invite à approfondir notre réflexion sur la méthode. C’est-à-dire sur la façon dont nous justifions les fondements de notre connaissance.

Toute opinion ne suffit donc pas à justifier une connaissance. Cela ne signifie pas pour autant que toute remise en question est irrecevable. Les consensus établis par la communauté scientifique évoluent. Les explications qui ne résistent pas à l’examen des preuves peuvent être abandonnées au profit de modèles plus adéquats, ce qui entraîne parfois des changements de paradigme. Il serait, par exemple, fortement contre-indiqué d’expliquer la gravité aujourd’hui en s’appuyant exclusivement sur une théorie aristotélicienne des corps, puisque nous disposons de modèles plus à même de rendre compte des phénomènes observés.

Dès lors, si toute opinion n’est pas également fondée, et que donc toute justification avancée pour remettre en question les paradigmes admis n’est pas recevable, cela ne signifie toutefois pas qu’il faille renoncer à défendre une science ouverte. Bien au contraire. Comme le propose la philosophe Catherine Elgin, le pluralisme peut et doit être défendu, afin d’inclure des perspectives historiquement ignorées par la science, notamment les savoirs traditionnels autochtones.

Comme elle le souligne, le pluralisme scientifique ne suppose pas que toutes les perspectives se valent, mais plutôt que notre compréhension du monde peut bénéficier de différentes formes de justifications. Plusieurs perspectives peuvent contribuer à la connaissance sans que toutes les affirmations soient pour autant également fondées. Reconnaître la valeur de savoirs historiquement marginalisés ne nous oblige donc pas à renoncer aux critères qui permettent de distinguer une affirmation bien étayée d’une affirmation qui ne l’est pas. Le pluralisme nous invite donc à élargir notre compréhension de ce qui peut contribuer à la connaissance, et non à abandonner toute exigence de justification.

Ainsi, dans une démocratie, le désaccord sur les valeurs et les orientations politiques est légitime et nécessaire. Toutefois, la possibilité même d’un débat public éclairé suppose que nous puissions distinguer les désaccords normatifs des désaccords portant sur des faits pour lesquels nous disposons de preuves solides. Si, donc, les données scientifiques ne peuvent déterminer à elles seules nos choix politiques, elles doivent néanmoins contribuer à éclairer les débats dans lesquels ces choix s’inscrivent.

Notre démocratie repose en large partie sur notre capacité à reconnaître collectivement certains faits établis même lorsque nous pouvons diverger d’opinion sur leurs implications. Réfléchir démocratiquement nous oblige donc à défendre un pluralisme qui ne soit pas un relativisme, quand bien même certains élus voudraient « brasser la cabane ».

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