Les chefs s’attaquent sur des propos tenus la veille lors du débat
Les caravanes électorales ont repris la route jeudi, au lendemain du dernier débat de la campagne, mais les échanges de la veille continuaient de résonner. Éric Duhaime s’est rapidement retrouvé dans la mire de ses adversaires après avoir affirmé vouloir expulser 70 000 demandeurs d’asile du Québec.
« Qu’il nous explique comment il va procéder. C’est le fédéral qui décide qui est un réfugié et qui ne l’est pas. Ce n’est pas au Québec de faire ce choix-là », a lâché la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, lors d’une mêlée de presse à Trois-Rivières.
Éric Duhaime a révélé, lors du débat de mercredi soir, qu’il souhaite expulser 70 000 demandeurs d’asile de la province. Il a également affirmé que plus du tiers d’entre eux sont « frauduleux », des « faux réfugiés », et qu’ils « profitent » des programmes sociaux au Québec.
Dans un arrêt de campagne à Québec, Ruba Ghazal a accusé le chef conservateur de « romp[re] avec une tradition d’accueil et de générosité du Québec ». « Kim Thúy, Dany Laferrière, c’étaient des demandeurs d’asile quand ils sont arrivés au Québec […] Ils ont enrichi la culture québécoise », a déploré la co-porte-parole de Québec solidaire.
Éric Duhaime, lui, n’a pas démordu. Il est même allé encore plus loin en proposant une cible de 5000 à 10 000 demandeurs d’asile par année, soit une fourchette comparable aux niveaux les plus bas enregistrés pendant la pandémie de COVID-19.
En point de presse à Nicolet, le chef conservateur a même pris soin d’apporter un exemplaire du Guide des services offerts aux personnes demandeuses d’asile du gouvernement du Québec. « Plusieurs de ces services-là, il y a des citoyens qui sont nés ici, qui paient des taxes et des impôts depuis toujours auxquels ils n’ont pas droit », s’est-il défendu.
La question du nombre de « faux demandeurs d’asile » avait déjà donné lieu à une guerre de chiffres l’an dernier. François Legault, qui était alors premier ministre, avait déclaré que la moitié des demandeurs d’asile réclamaient le statut de réfugié sous de faux motifs. Le cabinet du ministre Roberge avait finalement reconnu que seuls 39 % des dossiers étaient rejetés.
Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a refusé de se prononcer jeudi, indiquant que son parti ferait une annonce sur le sujet prochainement.
Un projet « doublement perdant »
Les chefs se sont aussi attaqués à la déclaration faite la veille par M. St-Pierre Plamondon, qui a confirmé, lors du débat de Radio-Canada, qu’il irait de l’avant avec la tenue d’un référendum vers la fin d’un premier mandat — et ce, même si les sondages laissaient entrevoir une défaite.
Le chef péquiste avait alors affirmé appartenir au « camp de l’optimisme » et de « l’espoir », reléguant Charles Milliard, Christine Fréchette et Éric Duhaime dans le « camp du pessimisme et de la hargne ».
La cheffe caquiste est rapidement revenue à la charge jeudi matin, soutenant que le Québec avait été « doublement perdant » lors des deux référendums. « Si vous regardez, en 1980, on a perdu puis on nous a imposé le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne […] En 1995, qu’est-ce qui est arrivé ? Le fédéral a imposé sa loi sur la clarté. On n’a pas été plus avancés. On a reculé avec cette loi-là », a-t-elle lâché en matinée.
Le chef libéral, Charles Milliard, a quant à lui dénoncé l’« entêtement » de son rival péquiste, les plus récents sondages indiquant qu’environ 70 % des Québécois voteraient non.
Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il adviendrait de son calendrier référendaire si le président américain de 80 ans devait quitter la Maison-Blanche avant la fin de son mandat, M. St-Pierre Plamondon n’a pas précisé s’il consulterait les Québécois plus tôt que prévu. « Mon engagement, c’est que tant que Trump est à la Maison-Blanche, on trouve que ce n’est pas un bon contexte pour parler de notre avenir. Cet engagement-là ne changera pas. »
La dernière ligne droite de la campagne
À 11 jours du scrutin, certains chefs ont tenté de consolider leurs appuis dans leur propre circonscription. Christine Fréchette faisait campagne jeudi dans Trois-Rivières, où son siège pourrait être menacé. Les projections électorales la placent au coude-à-coude avec son adversaire péquiste, Jean Pellerin.
Les projections actuelles montrent aussi que la CAQ pourrait terminer au deuxième rang, voire au troisième derrière les libéraux, dans les intentions de vote le soir du 5 octobre. Advenant une défaite de la CAQ, mais une victoire dans Trois-Rivières, Mme Fréchette a assuré qu’elle mènerait son mandat à terme à l’Assemblée nationale.
L’autobus solidaire s’est quant à lui rendu dans la région de la Capitale-Nationale. Selon l’agrégateur de sondages Qc125, la circonscription de Jean-Lesage, représentée par le co-porte-parole Sol Zanetti, fait l’objet d’une lutte serrée avec le PQ.
À l’inverse, Paul St-Pierre Plamondon s’est dit sûr de pouvoir gagner encore plus de terrain au cours des 11 prochains jours. « Je pense que je suis capable […] de me rendre à un mandat plus clair et donc qui me donne la possibilité de moi-même remplir chacune de mes promesses », a-t-il déclaré à Montréal.
Les dernières projections de Qc125 placent le PQ aux portes d’un gouvernement majoritaire, avec environ 62 sièges, soit deux de moins que les 64 nécessaires pour obtenir la majorité.
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