Prix Bayeux 2026: «Istâdegi», une exposition sur un peuple iranien qui résiste face à la guerre et au régime

Lors du Prix Bayeux, l’exposition « Istâdegi », qui signifie « tenir debout, résister » en persan, plonge le visiteur au cœur d’une société iranienne épuisée par la répression et la guerre, mais habitée par une obstination à vivre.
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Le long des murs de l’Hôtel du Doyen, les images des photographes iraniens Maryam Rahmanian, Yalda Moaiery, Ahmad Halabisaz et Kaveh Kazemi donnent la mesure du quotidien sous tension en Iran depuis décembre 2025. Elles racontent un pays qui, en moins d’un an, a traversé deux guerres et un massacre de masse, et où la population vit sous une incertitude permanente. C’est cette réalité que l’exposition « Istâdegi » donne à voir, en montrant comment une société exténuée par la répression continue malgré tout à tenir debout.
Maryam Rahmanian, qui est présente à Bayeux, évoque les guerres qui ont touché l’Iran. La photographie devient alors un devoir de mémoire : « C’est l’histoire de mon pays. C’est important de montrer au monde ce qui s’est passé, pour les générations qui viennent ». Sur l’une de ses photos exposées à Bayeux, on peut y voir une femme assise au milieu des décombres de la maison de sa sœur, détruite par une frappe israélienne : « Elle m’a raconté qu’elle devait dormir chez sa sœur ce soir‑là, et qu’elle a changé d’avis au dernier moment. Toute la famille a été tuée. La façon dont elle est assise au milieu des gravats, je me suis beaucoup identifiée à elle. » L’attitude de cette femme, son regard perdu dans les ruines, condense la violence du conflit.
Montrer la désobéissance civile et les résistances du quotidien
Pour Julie Dungelhoeff et Mariam Pirzadeh, journalistes pour France 24 et commissaires de l'exposition, cette dimension humaine est centrale. « On voulait sortir l’Iran des clichés et montrer comment la résistance est devenue l’ADN d’un Iranien aujourd’hui [...]. Tenir debout et résister, c’est le même mot en persan, Istâdegi. On le trouvait extrêmement fort », explique Julie Dungelhoeff. Résister, ce n’est pas seulement affronter les balles ou la prison, c’est aussi pour beaucoup d’Iraniens affronter une inflation qui explose ainsi qu’une corruption endémique.
À cette violence politique et économique répond un tissu de résistances du quotidien. Le titre « Istâdegi » renvoie autant aux manifestations écrasées qu’à ces petits gestes mais lourds de sens qui se multiplient en Iran : sortir sans voile, se montrer en couple homosexuel dans la rue, chanter en public, aller au café avec quelqu’un sans être marié. Des actes banals ailleurs, mais qui deviennent en Iran une forme de désobéissance civile.
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Une société qui se dévoile, un pays qui se désespère
Les photographes iraniens exposés – dont certains, comme Yalda Moayeri, ont été condamnés à de lourdes peines de prison, dépossédés de leur matériel, privés de passeport – captent cette transformation profonde du pays. Ils montrent une jeunesse, la génération Z, qui s’habille et se maquille comme les jeunes en Occident. Mais cette transformation ne doit pas non plus cacher les risques énormes qui subsistent : des pendaisons et des arrestations continuent de frapper ceux ayant participé aux révoltes qui ont précédé la guerre.
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Si les Iraniens tentent de tenir, le fardeau est néanmoins lourd à porter pour eux. Ceux qui ont participé aux manifestations réprimées dans le sang de janvier sont accablés par le massacre dont ils ont été témoins. « J’ai eu l'opportunité de retrouver bien après l'un de nos témoins du documentaire, Ali. Et c'est la mort qui se lit dans ses yeux. Il a vu des choses atroces. Il y a une perte de sens totale », décrit Julie Dungelhoeff. « L'expression qui revient le plus quand on parle avec ceux qui restent en Iran est “sans espoir”», abonde Mariam Pirzadeh.
Au fil du parcours, l’Iran qui se dessine n’est pas un bloc uniforme. C’est un pays complexe, traversé de fractures, où chaque photographe, chaque famille, ajuste sa manière de « jouer avec la boîte noire » des interdits. Certains, comme Maryam Rahmanian, tentent de rester au plus près de la ligne, pour continuer à documenter leur société sur le long terme. D’autres, comme Yalda Moayeri, assument de « franchir toutes les lignes », quitte à risquer la prison, parce qu’« elles n’ont plus rien à perdre ». D’autres encore choisissent le chemin de l’exil comme Ahmad Halabisaz.
« Istâdegi » est ainsi moins une exposition sur la guerre et la répression qu’un récit sur ce qui subsiste autour et après : la vie quotidienne qui s’acharne, les cafés, les femmes sans voiles dans les rues de Téhéran, mais aussi les ruines des bombardements. Avec au centre, un message que Maryam Rahmanian résume : « Nous, les Iraniens, nous sommes comme vous. On est des êtres humains, et ce qu’on vit est très dur. ». L’exposition fait de cette phrase son fil rouge, invitant le visiteur à regarder au-delà des chiffres de morts et des cartes, pour voir une société qui, malgré la répression et la guerre, continue à tenir debout.
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