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Wednesday, September 30, 2026

Le pouls du Québec | Entre village et banlieue, dans Lanaudière

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(Saint-Calixte) J’ai su que cette rencontre ne serait pas ennuyeuse dès que j’ai aperçu Jean-Marc Héroux, au bout du petit cul-de-sac où il habite.

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L’homme de 70 ans s’affairait sur son terrain, vêtu d’un duo de chemises à carreaux superposées – l’une grise, l’autre rouge –, d’un chapeau et de lunettes colorées. Un drapeau de Che Guevara trônait dans son pavillon de jardin, au-dessus d’un four à pizza.

« J’ai deux fours, en fait, parce que je suis passionné, m’a-t-il expliqué. Je suis même allé en Italie pour voir comment les pizzaïoli faisaient la pâte. Et Che Guevara, je l’aime bien, ce gars-là. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jean-Marc Héroux, résidant de Saint-Calixte

Le retraité m’a invité chez lui pour jaser de la double personnalité de sa ville, Saint-Calixte, dans Lanaudière, à tout juste une heure de Montréal. L’endroit se transforme à vive allure depuis cinq ou six ans, et son petit bout de rue illustre bien cette mutation.

  • Une maison typique de Saint-Calixte, composée d’une roulotte et d’une extension. Celle-ci est abandonnée depuis des années.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Une maison typique de Saint-Calixte, composée d’une roulotte et d’une extension. Celle-ci est abandonnée depuis des années.

  • Un drapeau de Che Guevara dans le pavillon de jardin de Jean-Marc Héroux

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Un drapeau de Che Guevara dans le pavillon de jardin de Jean-Marc Héroux

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La « maison » voisine de la sienne est une vieille tente-roulotte rouillée, raboudinée avec une cabane en bois pourri, au bord de l’effondrement. Plus personne n’y habite.

Sa propre résidence – un ancien chalet « trois saisons » – avait tout aussi mauvaise mine quand il l’a achetée pour 40 000 $ il y a 20 ans, avant de la rénover.

Tout ça, c’était « l’ancien » Saint-Calixte, surnommé « Saint-Calisse » par plusieurs, raconte Jean-Marc Héroux. « Pourquoi Saint-Calisse ? C’est très simple : c’était souvent des gens paumés, sur le bien-être social, qui restaient dans les petits chalets comme ça. »

Le coin avait déjà commencé à changer quand Jean-Marc Héroux a quitté Montréal pour s’ancrer ici, il y a 20 ans. Mais deux éléments ont marqué un tournant – et une accélération – de sa métamorphose : la pandémie de COVID-19, puis l’arrivée de l’internet haute vitesse.

Le télétravail s’est démocratisé. La nécessité de vivre dans la métropole, amenuisée. La ruée des jeunes familles a commencé.

Je séjourne quelques fois par année au bord d’un lac magnifique de Lanaudière – remerciements à mon accueillante hôtesse. Le meilleur raccourci pour s’y rendre consiste à piquer à travers un champ de maïs, près de Saint-Lin–Laurentides, puis à traverser Saint-Calixte.

Cette ville de 7628 habitants m’a toujours intrigué. Elle s’étire sur des kilomètres, le long de la route 335. Une enfilade de pancartes indique l’entrée de « domaines », comme ceux du lac Bob, du lac Siesta ou du lac Duffy.

Près des limites municipales, juste avant d’arriver à Chertsey, on croise le « Complexe Atlantide ». C’est un gigantesque terrain de camping, doté d’un faux château aux tourelles bleues, et d’un zoo où vivent des lions et des antilopes africaines. Kitsch et ultrapopulaire.

Vous l’aurez compris : la trame urbaine de Saint-Calixte est hétéroclite.

Du côté résidentiel, on observe encore des maisons déglinguées. Leurs terrains sont jonchés de jouets décatis et de carcasses de voitures. Pensez aux scènes postapocalyptiques du film-culte Terminator 2. Mais on voit aussi, de plus en plus, des propriétés cossues et des immeubles locatifs flambant neufs.

La demande en habitation est forte. Les standards sont plus élevés. Nombre de jeunes familles se sont installées ici depuis la pandémie. Beaucoup de maisons récentes sont disponibles dans une gamme de 400 000 $ à 600 000 $, un prix devenu acceptable – et moins cher que dans les environs immédiats de Montréal.

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« Le vieux Saint-Calixte est en train de disparaître à cause de la spéculation », selon Jean-Marc Héroux.

Les plus débrouillards (ou courageux) peuvent encore acheter une bicoque à rénover sous la barre des 250 000 $. Une denrée de plus en plus rare, cela dit. Le mot s’est passé… « Le vieux Saint-Calixte est en train de disparaître à cause de la spéculation », avance Jean-Marc Héroux.

La hausse du coût de la vie frappe ici comme ailleurs au Québec. L’organisme Les Ailes de l’espoir, où M. Héroux est bénévole, était bien occupé quand il me l’a fait visiter, un mardi matin.

L’endroit est comme un guichet unique pour les plus démunis de la région. Ils y trouvent des vêtements, de la nourriture, du matériel scolaire ou encore des couches pour bébé à bas prix.

La clientèle est variée. Beaucoup d’habitués occupent un emploi, parfois deux, mais ne parviennent pas à boucler leur budget.

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Florence Martini

Florence Martini, 67 ans, s’active aux fourneaux de l’organisme 40 heures par semaine. Elle prépare des mets cuisinés tout en enseignant les rudiments de la cuisine à des stagiaires.

« En fin de semaine, on avait la vente-débarras et le candidat du Parti québécois est venu faire son tour. Moi, je suis canadienne. Mon mari était militaire. Mais par contre, je lui ai dit : “Si vous connaissez des jeunes qui s’en vont dans des programmes d’insertion, ils sont les bienvenus ici. Ils vont sortir avec un métier, je peux vous le garantir.” »

Pourquoi Jean-Marc Héroux m’a-t-il invité à Saint-Calixte, alors ?

Il voulait me faire découvrir une ville « à risque de gentrification ». Ce n’est pas la seule municipalité de Lanaudière dans une telle situation, d’ailleurs : les voisines Sainte-Julienne et Saint-Lin–Laurentides vivent elles aussi un boom démographique, avec les conséquences habituelles : prix en hausse, circulation plus dense, infrastructures sursollicitées.

Le constat est assez généralisé par ici : ces municipalités campagnardes se transforment en quasi-banlieues de la grande couronne de Montréal.

À Saint-Lin–Laurentides, l’afflux de population a été tel que la ville a failli manquer d’eau. Son administration a dû décréter un moratoire sur toutes les nouvelles constructions en 2021, le temps de construire une usine de traitement. La mesure exceptionnelle est en vigueur jusqu’à l’an prochain.

Qui Jean-Marc Héroux appuiera-t-il le 5 octobre prochain ? Le septuagénaire a été péquiste pendant 40 ans, mais ne veut pas d’un troisième référendum. « Pour moi, le ciel est bleu, puis l’enfer est rouge. »

Son choix « pragmatique » ? La Coalition avenir Québec (CAQ). Le parti traîne de quelques points derrière le PQ, et les frasques récentes du député caquiste sortant, Louis-Charles Thouin, ne risquent pas d’aider sa cause. Les médias de Québecor ont révélé que M. Thouin cachait de petites sommes d’argent dans des casquettes et des chandails aux couleurs de la CAQ… qu’il remettait ensuite à des aînés dans des bingos !

La première ministre sortante Christine Fréchette a dénoncé la « grave erreur de jugement » de son candidat (un euphémisme). Mais Jean-Marc Héroux, lui, ne changera pas son vote.

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