Échec des négociations commerciales : Janice Charette réfute les allégations américaines

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La négociatrice en chef du Canada pour les relations commerciales avec les États-Unis, Janice Charette, rejette les récentes affirmations de responsables américains concernant les raisons de l’échec des pourparlers commerciaux entre les deux pays, la semaine dernière.
Le Canada a toujours été catégorique tout au long de ces négociations : nous parlions de l’ensemble de notre secteur automobile
, a déclaré Mme Charette dans une entrevue exclusive accordée à l’émission The House de CBC, qui sera diffusée samedi matin.
Plus tôt cette semaine, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, avait dénoncé la volonté du Canada de tout amalgamer à la dernière minute
concernant le secteur automobile, en incluant les camions lourds dans l’entente.
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, est allé plus loin en déclarant aux journalistes, jeudi, que le Canada avait délibérément inclus cette catégorie de véhicule dans le but de faire capoter l’entente.
Les termes camions de poids moyen et lourd ont été évoqués lors de ces négociations vendredi à 16 h
, a déclaré M. Lutnick. Ces camions comprennent les camionnettes de la série F de Ford et le Silverado de General Motors, qui sont fabriqués dans des usines en Ontario.

Les négociations entre le ministre canadien responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc (à droite), la négociatrice en chef du Canada, Janice Charette (deuxième en partant de la droite), et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer (deuxième en partant de la gauche), sont au point mort. (Photo d'archives)
Photo : X / Dominic LeBlanc
Howard Lutnick n’était pas à la table des négociations
, a rétorqué Janice Charette.
Elle s’est abstenue de contredire la version des faits du secrétaire américain au Commerce concernant l’enjeu des camions lourds, mais a précisé que les représentants canadiens avaient soulevé la question lundi, mardi, mercredi et jeudi
.
Les pourparlers avec Jamieson Greer indiquaient très clairement
que le camp américain cherchait à obtenir un allègement tarifaire pour ces types de véhicules, a-t-elle ajouté.
Découvrabilité du contenu en français
Selon le premier ministre du Canada, Mark Carney, les États-Unis auraient remis en question à la dernière minute les règles canadiennes garantissant un meilleur accès au contenu en français sur les plateformes de diffusion en continu comme Netflix.
Washington aurait également tenté de restreindre la capacité du Canada à conclure des accords commerciaux avec d’autres pays, selon M. Carney.
Si vous croyez que j’ai prononcé le mot "français" — est-ce que je me soucie de la façon dont les Québécois parlent? Je veux dire, qu’est-ce qui pourrait importer le moins aux États-Unis? On s’en fiche
, a soutenu M. Lutnick, jeudi, ajoutant que M. Carney avait inventé
cette demande pour influencer les élections provinciales au Québec.

La responsabilité de l'échec des pourparlers Ottawa-Washington repose sur les épaules du premier ministre canadien, d'après Howard Lutnick. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Evelyn Hockstein
Une version des faits que réfute Janice Charette. Il est également vrai que jusqu’à la dernière séance de négociation, vendredi soir, les Américains continuaient de nous demander de retirer ces dispositions
, a-t-elle précisé.
Selon la négociatrice en chef, les représentants canadiens étaient prêts à examiner les obligations financières imposées aux plateformes de diffusion en continu, mais dans aucun cas ils n'auraient fait des concessions sur les mesures visant à protéger la langue française.
Quant aux restrictions concernant les futurs accords commerciaux du Canada, Jamieson Greer a déclaré à Radio-Canada, plus tôt cette semaine, qu’il n’y avait aucune exigence américaine à cet égard. Les États-Unis cherchaient plutôt à négocier la façon dont le Canada pourrait aligner ses tarifs douaniers afin de ne pas devenir une porte arrière pour l'acier et l'aluminium en provenance d'autres pays.
Selon Mme Charette, le sujet a été abordé assez tard
au cours des discussions, le Canada ne comprenant pas clairement l’objectif du camp américain.
Qu’il s’agisse d’une consultation sur les futurs accords de libre-échange, d'une sorte d’approbation ou d’un droit de veto, il était clair que les États-Unis voulaient restreindre ou limiter la capacité du Canada à conclure de futurs accords de libre-échange portant sur des produits importants, comme l’acier primaire, qui seraient importés sur le marché canadien
, a précisé la négociatrice en chef.
Selon CBC News, les États-Unis exigeaient que le Canada impose des droits de douane sectoriels à ses partenaires commerciaux, principalement sur l’acier et l’aluminium, et que les pays ayant conclu un accord de libre-échange avec le Canada se verraient imposer des tarifs sur les importations supérieures aux niveaux de 2025.
Négociations au point mort
Au cours de la dernière semaine, les deux pays se sont échangé des piques pour déterminer qui avait finalement fait échouer un accord commercial qui aurait potentiellement accordé au Canada un allègement tarifaire dans des secteurs clés tels que l’automobile, l’acier, l’aluminium et le bois d’œuvre.
Selon le premier ministre Mark Carney, ce sont les exigences de dernière minute des États-Unis qui l’ont poussé à rappeler les négociateurs à Ottawa. De leur côté, MM. Lutnick et Greer en imputent la faute aux Canadiens.

Le premier ministre Mark Carney n'a pas hésité à rendre publique les prétendues exigences de dernière minute des États-Unis. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE
La négociatrice en chef du Canada attribue ces affirmations américaines à de simples divergences d’opinions plutôt qu’à de la malhonnêteté.
Selon Mme Charette, les Canadiens cherchaient à conclure une entente prévoyant les taux de droits de douane les plus bas sur un panier de produits le plus restreint possible, avec le meilleur accès au marché — soit la meilleure entente commerciale pour chacun de nos secteurs stratégiques clés. C’est ce vers quoi nous tendions.
Le gouvernement canadien était bien conscient des compromis nécessaires à un accord commercial avec les États-Unis, impliquant un certain niveau d’imposition de droit de douane sur différents produits et un accès exempt de tarifs aux produits américains, a ajouté Janice Charette.
Aucun pays n’a jamais réussi à conclure un accord sans accepter que les produits américains puissent entrer sur son marché sans tarifs
, a déclaré M. Charette.
Quelle est la prochaine étape pour le Canada?
Janice Charette a déclaré qu’à l’heure actuelle, le Canada a posé ses stylos, mais la porte reste ouverte
.
Nous sommes prêts à collaborer avec les États-Unis pour conclure une entente qui servirait les intérêts économiques des Canadiens, pourvu qu’elle ne porte pas atteinte à la souveraineté canadienne
, a-t-elle ajouté.
Le Canada peut-il faire confiance aux États-Unis en tant que partenaires de négociation? Cela reste à voir, selon Mme Charette.
La confiance se mérite, et elle se mérite à travers les clauses détaillées d’un accord commercial qui a fait l’objet de négociations jusqu’aux derniers instants de la nuit de vendredi.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, et le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, se sont rencontrés à plusieurs reprises à Washington. (Photo d'archives)
Photo : X / Dominic LeBlanc
Jamieson Greer déclarait mercredi qu’il n’y avait à cette heure aucun canal de communication ouvert, mais qu’il entretenait de bonnes relations avec le ministre du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc.
De son côté, Howard Lutnick accuse Mark Carney d’utiliser les tensions commerciales à des fins partisanes, affirmant du même coup que le Canada retournerait à la table des négociations une fois les élections au Québec et le référendum en Alberta terminés.
Le gouvernement canadien se prépare donc à une longue bataille. Mardi, il a annoncé qu’il riposterait aux nouveaux droits de douane de 50 % imposés par le président américain Donald Trump sur des centaines de produits canadiens, en imposant des droits de douane sur 27,6 milliards de dollars de produits américains comparables.
Le gouvernement libéral a également annoncé vouloir débloquer 7,5 milliards de dollars pour aider les travailleurs et les entreprises principalement affectés par l’imposition de tarifs. Le gouvernement fédéral maintiendra son soutien aussi longtemps qu’il le faudra
, selon le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
Malgré la situation tendue, Mme Charette s’est dite fière du travail accompli par l’équipe canadienne.
Nous n’avons rien laissé de côté, nous avons tout donné. Nous n’avons négligé aucun détail, nous avons fait tout ce que nous pensions pouvoir faire
, a-t-elle déclaré.
Avec les informations de Benjamin Lopez Steven, Catherine Cullen et Derek Vanderwyk de CBC News
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