La CAQ, l’ingérence et les services secrets, une chronologie intrigante

La Coalition avenir Québec (CAQ) avait en sa possession les textes du groupe de réflexion pro-Trump appelant à soutenir le Parti québécois pour déstabiliser le Canada au moins 10 jours avant de juger ces écrits assez sérieux pour en aviser le Service canadien de renseignement et de sécurité (SCRS).
Dès le 12 septembre, l’équipe de la première ministre sortante Christine Fréchette a commencé à contacter des journalistes de différents médias en leur partageant les publications du groupe de réflexion Defense Analyses and Research Corporation (DARC) en espérant qu’ils écrivent sur le parti souverainiste et les États-Unis.
Ces nouvelles informations, révélées par Radio-Canada, jettent un éclairage différent sur les allégations de risque d’ingérence américaine dans la campagne électorale qui monopolisent l’attention depuis vendredi et qui ont pu générer une certaine angoisse.
Vendredi, un article du Journal de Montréal a créé une commotion en racontant que le gouvernement fédéral aurait partagé ces textes du DARC avec le gouvernement du Québec pour le mettre en garde contre la possibilité d’une tentative d’influence de l’administration Trump.
À la suite de la publication de cette nouvelle, la première ministre sortante, Christine Fréchette, a pris la parole avec gravité, devant les caméras. Elle s’est dite très préoccupée de cette situation
, ajoutant qu’il s’agissait d’informations sérieuses
.
Elle a expliqué avoir écrit au premier ministre canadien Mark Carney tout de suite après la lecture de l’article pour pouvoir s'entretenir avec lui dès que possible, à ce sujet.
Pressée de questions par les journalistes, elle a changé de ton, par la suite, disant qu’il n'y a rien qui nous amène à croire que ces allégations, que ces hypothèses, sont avérées
.
Depuis vendredi, le Parti québécois (PQ) remet en doute la crédibilité de cette histoire, la qualifiant de mauvais théâtre
.
Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a même laissé entendre que la CAQ pourrait avoir eu intérêt à couler
ces informations au Journal de Montréal pour ramener le sujet de Donald Trump dans la campagne. Il n’y a pas de preuve qui permet d’affirmer que c’est ce qui s’est produit.
La chronologie des événements soulève toutefois certaines questions.
Vendredi, Christine Fréchette a déclaré : mon équipe m’a informé samedi dernier [19 septembre] de l’existence de publications du groupe DARC
.
Le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, a aussi affirmé avoir appris l’existence de ces textes, le 19 septembre.
La première ministre sortante a ajouté que le parti a communiqué avec le SCRS mardi [22 septembre]
et une rencontre avec le SCRS s’est tenue mercredi
.
Il s’est donc passé au moins sept jours entre le moment où l’équipe a jugé bon d’informer des journalistes et le moment où elle a informé la première ministre sortante de ces textes.
Et trois jours de plus se sont écoulés avant que la directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, avise le service de renseignement canadien.
Qu’est-ce qui explique que des publications qui avaient un simple intérêt médiatique le 12 septembre sont devenues une préoccupation de sécurité nationale le 22 septembre, à tel point qu’il fallait en aviser les services secrets?
Et pourquoi la première ministre n’a-t-elle pas jugé bon d'interpeller Mark Carney le jour même où elle a été informée de l’existence des écrits du DARC?
L’équipe de Christine Fréchette nous a répondu que la directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, a appliqué à la lettre la procédure applicable aux partis politiques.
Selon la formation sur l’ingérence étrangère organisée par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), tout ce qui pourrait porter atteinte au processus électoral doit être déclaré. C’est ce qui a été fait
, nous a-t-on répondu par écrit.
Pour le reste, le traitement de l’information ne relève pas du parti
, précise l’équipe Fréchette.
Selon nos informations, le SCRS aurait répondu à la CAQ que ces publications étaient déjà connues et publiques.
En effet, les textes du groupe DARC qui parlent du Québec datent de fin 2025 et février 2026 et sont disponibles à tous sur le web. Des articles du Globe and Mail et du journal Le Devoir y avaient même fait référence en mars 2026.
L’article du Journal de Montréal de vendredi a ajouté un parfum de gravité autour des publications du DARC qui auraient été remises à un fonctionnaire québécois par un fonctionnaire fédéral, début septembre, dans un lieu neutre, où il n’y avait pas de caméra, en lui interdisant d’apporter son téléphone cellulaire
.
Il est habituel que des partis politiques tentent d’influencer les journalistes en campagne électorale, en les encourageant à traiter de certains sujets.
Selon nos informations, l’équipe de Christine Fréchette essaie depuis plus de deux semaines de convaincre des journalistes de s'intéresser à ces textes, dans le contexte où des questions étaient posées dans l’espace public sur une supposéediplomatie secrète
du Parti québécois avec l’administration du président américain Trump.
Des médias ont posé des questions à ce sujet au PQ, et le chef Paul St-Pierre Plamondon a nié catégoriquement que lui ou quelqu'un de son parti ait rencontré un membre de l’administration Trump.
Vendredi, la première ministre sortante a publié une déclaration écrite dans laquelle elle expliquait que sans la sortie médiatique [du Journal de Montréal], je ne vous parlerais pas de tout ça
.
Les sujets qui relèvent des services de renseignement ne font normalement pas l'objet de sorties publiques
, a-t-elle ajouté, vendredi.
Si ces sujets ne doivent pas faire l’objet de publication, pourquoi son équipe voulait-elle que les journalistes en parlent?
Il n’a pas été possible d’obtenir une réponse de son équipe à cette question.
Samedi, par deux fois, Radio-Canada a demandé à Christine Fréchette quand son entourage avait été informé pour la première fois des textes du DARC. Elle n’a pas été en mesure de répondre.
La première ministre sortante a aussi été questionnée à au moins deux reprises pour savoir si c’est la CAQ qui avait coulé les informations au Journal de Montréal. Dans ses réponses, la première ministre sortante n’a ni confirmé ni infirmé.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.