Saint-Lazare | Des plantes envahissantes menacent une tourbière

(Saint-Lazare) Des plantes envahissantes menacent la tourbière du parc naturel de la Tourbière-du-Bordelais et sa faune, dont des oiseaux rares, la rainette et la petite salamandre à quatre orteils. Espérant du financement public accordé au compte-gouttes, des biologistes se démènent pour sauver cet écosystème, situé à l’ouest de Vaudreuil-Dorion.
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Bordée par des maisons cossues, la tourbière formée il y a 8000 ans après la fonte des glaces est essentielle au réseau d’aqueduc de ce secteur de l’Ouest métropolitain. C’est comme un filtre géant, riche en nutriments, une sorte d’éponge, qui décontamine l’eau de pluie et de ruissellements avant qu’elle ne touche la nappe souterraine.
« Chaque jour, notre tourbière perd entre 40 et 43 mètres cubes d’eau essentiels au maintien de la nappe phréatique, à notre approvisionnement en eau. À cause de son assèchement, on estime qu’elle a perdu 10 % de sa superficie », se désole Clara Galam, experte en environnement et chargée de projet de la Ville de Saint-Lazare.
Depuis des années, l’état de santé de ce milieu humide de 12 hectares est au cœur des enjeux de cette ville de 23 000 citoyens. Devant la dégradation de son état, des études ont été demandées à des firmes indépendantes. Le constat : la tourbière est en train de devenir un simple espace boisé. À défaut de détenir l’expertise, les élus de la municipalité ont appelé au secours l’organisme Canards Illimités, afin de documenter une demande de financement auprès du Programme provincial de restauration et de création de milieux humides et hydriques.
Le deuxième volet du programme – qui vise à compenser la destruction de milliers d’hectares par des promoteurs immobiliers – est doté d’une enveloppe de 114 millions. Depuis sa création en 2019, 110 projets ont été financés, selon une liste transmise à La Presse par le ministère de l’Environnement.
La mairesse de Saint-Lazare, Geneviève Lachance, rappelle que les « ressources financières dans une petite municipalité comme [la sienne] sont limitées ». La somme de 2,7 millions est nécessaire pour restaurer la tourbière. « Le risque, si nous n’intervenons pas, c’est de voir ce milieu naturel continuer à se dégrader et perdre sa richesse écologique. C’est ce que nous voulons éviter », ajoute la mairesse.
**************CHIFFRE EN EXERGUE
80 % Dans le sud du Québec, 80 % des tourbières restantes se dégradent à cause de l’étalement urbain, des nouvelles industries et du drainage. Source : département de géographie de l’UQAM
Source et solution du problème
Pour mieux comprendre l’enjeu, deux biologistes de Canards Illimités ont fait la route à partir de Québec pour montrer à La Presse les dommages dans la tourbière. Ces derniers ont été essentiellement causés par le développement immobilier qui a nécessité des opérations de remblayage. Dans ce cas-ci, le résultat a créé des fossés d’écoulement qui drainent l’eau vers l’extérieur du site.
Chrystel Losier, coordonnatrice à l’organisme voué à la conservation des milieux humides, et son collègue spécialisé dans les végétaux François Messier expliquent qu’une tourbière en santé est normalement saturée d’eau en permanence avec un sol de tourbe épais, alcalin. Autrefois, il y avait de la mousse de sphaigne partout. Il n’y en a presque plus, font-ils remarquer. La salamandre à quatre orteils pond ses œufs dans cette mousse. Sans la plante, ce sera la fin pour le petit amphibien rare.
Les biologistes s’arrêtent devant un mur de longues herbes disparates. Il n’y a pas de tourbe au sol, il est tapissé d’une espèce envahissante. Du roseau commun. Si la municipalité obtient le financement de Québec d’ici la fin de 2026, une opération délicate de pliage et de bâchage avec l’installation d’une toile noire sera déployée pour restaurer le sol. À cet endroit, les plantes envahissantes ont « délogé » les végétaux qui peuplent normalement une tourbière, explique François Messier. Plus loin, il effectue du carottage dans un sol terreux. Les prélèvements seront analysés pour mesurer son acidité, qualifier les sédiments, établir un diagnostic de restauration.
« On ne peut pas construire une tourbière. Ici, nous travaillons avec du vivant et non avec des matériaux de construction. Ça va prendre au moins deux ans, avec des suivis sur plusieurs années, avant de restaurer les composantes de la tourbière », précise M. Messier.
L’objectif ultime de la municipalité de Saint-Lazare est de transformer en aire protégée la tourbière encerclée de résidences unifamiliales. Les élus souhaitent ramener la population de salamandre à quatre orteils, favoriser la nidification d’oiseaux et sauvegarder l’habitat de la rainette versicolore, de la grenouille léopard, des tortues serpentines et de chauve-souris.
Durant la visite à la tourbière, la chargée de projet de Saint-Lazare, Clara Galam, a expliqué qu’un « gros travail de collaboration » citoyenne a lieu. Il y a un lac aux abords, le lac Dune. Il a fière allure, des citoyens y pêchent. Mais il est artificiel. Il a été créé durant des travaux d’extraction de sable pour construire l’autoroute 40 dans les années 1960, rappelle-t-elle. Le lac et des fossés environnants contribuent à drainer la tourbière. Là aussi, des scénarios de restauration sont prévus, avec l’autorisation provinciale à aller chercher.
En savoir plus
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- Lien vers le Programme provincial de restauration et de création de milieux humides et hydriques
- https://www.environnement.gouv.qc.ca/programmes/prcmhh/index.htm
- Lien vers les étapes de la restauration
- https://www.mobilisationcanards.ca/carte-narrative
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