A Paris, sous le regard de Marianne, la place de la République : zoom sur un lieu devenu symbole de la polarisation française


Qu’il faisait calme sur Paris ce jeudi matin… ville tranquille, circulation paisible, piétonniers et commerces accessibles, avec des devantures plus souvent ouvertes que fermées, quelques grandes marques barricadées, à côté d’une très grande majorité de commerces sans panneaux de bois. Quelques frottements cependant entre jeunes et profs devant le lycée Lamartine. "Une grande violence", dit la directrice. Nous assistons à une scène bien singulière : des lycéens s’empoignent avec des profs pour une doudoune déchirée. C’est vrai que le feu peut parfois partir d’un rien…
Aux abords du lycée Lamartine, près de la place de la République, à Paris, en novembre 2026. © Jean-Pierre Jacqmin, RTBF
Née de la Commune
Nous voilà donc sur cette fameuse place de la République. Jadis, c’était un petit espace, appelé place du Château d’eau. Vers 1880, on construit d’une grande place dans l’esprit des boulevards haussmanniens. Le temps est à la grandeur et aux belles avenues parisiennes. Mais aussi, et surtout, afin que les forces de police aient plus de place pour contrôler la population (voire "la populace") qui, pendant la Commune de Paris, occupait et barricadait les rues étroites et prenait ces espaces pour leur place forte. Une caserne fut d’ailleurs établie, regroupant toutes les forces de police de Paris de ce moment-là. Elles étaient 3200 en ce temps. A l’heure actuelle, elles s’avèrent être bien plus nombreuses…
Front populaire et Bourse du travail
Même si c’est Marianne et la devise liberté-égalité-fraternité qui ornent ses statues, l’œuvre ne date donc pas de la Révolution, mais davantage de la contre-révolution. Et cette fameuse place le deviendra pourtant le symbole et le lieu de rassemblement de gauche. En effet, le Front populaire s’y rassemble en 1936. La Bourse du travail, qui regroupe les syndicats, s’y installe. Comme un pied de nez qui perdure encore aujourd’hui. Devenue de nos jours un immense piétonnier sur sa toute grande partie, République se voudrait donc mobilité douce. On y chantait pourtant " J’ai deux passions, la Fanfare, la révolution, les grèves et les sabotages "… Vaste programme, qui va du romantisme social à l’émeute de rue.
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La fin d’une époque ?
Mais tout le monde n’est pas du même avis, comme cet homme, qui passe à côté du syndicat très à gauche, la CGT et qui leur dit " CGT, c’est à jeter… par la fenêtre" et demande plus loin aux policiers, en nombre, "de leur casser la gueule "… Paradoxe ultime, le dernier débat polémique à Paris, révélé par le journal Le Monde : vu l’état des finances publiques, la rénovation urbaine cherche des moyens et des investisseurs privés. Et les entreprises du luxe de pointer plus que le bout de leurs nez. Louis Vuitton est prêt à ouvrir le portefeuille pour des trottoirs, des rues à sa main, à sa marque autour de ses bâtiments. Et évidemment, avec droit de regard sur ce qui s’y déroulera. Voie publique, perspectives privées…
Commerces avec ou sans protection dans le centre de Paris, en novembre 2026. © Jean-Pierre Jacqmin, RTBF
Le sursaut de 2002
On est donc bien loin de ces moments de grands rassemblements en 2002, face à Jean-Marie Le Pen au second tour où gauche, droite, centre, tous étaient réunis à République, par millions. Et Jacques Chirac d’y remercier ses 82% d’électeurs réunis en s’engageant à promouvoir le triptyque "liberté-égalité-fraternité". Chirac qui dira, en guise d’adieux, il y a 20 ans : " Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. L’extrémisme, C’est un poison. Il divise. Il pervertit. Il détruit. La France dit non à l’extrémisme. "
La statue de Marianne trône au centre de la place de la République © Jean-Pierre Jacqmin, RTBF
Marianne couronnée
Aujourd’hui, la France se dirige vers un face-à-face que Marianne, sur son piédestal de la place de la République, regarde avec les yeux fixés sur on ne sait quel avenir. Elle ne porte qu’une couronne d’épis de blé. En 1880, elle n’a pas eu droit au bonnet phrygien, il était perçu comme trop révolutionnaire.
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