Au «temps des divisions», les Québécois réussissent encore à se parler
Les Québécois sont « capables de se parler », même sur des sujets sensibles, montre un sondage mené par le cabinet-conseil CROP dans le cadre de l’édition 2026 de L’état du Québec 2026. Penser le temps autrement, publié par l’Institut du Nouveau Monde. Dans une société « divisée », la capacité à dialoguer est une « richesse à protéger », dit l’un des auteurs du rapport.
En regardant les résultats du sondage mené auprès de 1000 Québécois au printemps, Alain Giguère, associé fondateur de CROP, ne peut pas s’empêcher de penser à nos voisins du Sud. « Aux États-Unis, ça se garroche la dinde par la tête à l’Action de grâce », lance-t-il en blague en visioconférence. Au contraire, au Québec, le climat est « plutôt favorable au dialogue », dit-il, même quand vient le temps de parler de sujets sensibles, comme la politique, la religion ou l’identité de genre.
« Mon résultat favori du sondage, c’est quand on pose la question suivante aux gens : « Si vous vous trouvez dans un débat d’idées où des opinions très différentes et opposées sont exprimées, qu’avez-vous tendance à faire ? » Les résultats montrent qu’on est capables de se parler », explique Alain Giguère. Plus de la moitié des répondants (53 %) affirment qu’ils essaient de comprendre la position des autres et de faire évoluer la leur. « C’est pas génial, ça ? » demande tout sourire l’auteur du rapport.
À la même question, 34 % des gens ont affirmé qu’ils acceptaient le désaccord sans chercher à argumenter. Le reste des répondants ont admis rester sur leurs opinions et tenter de convaincre les autres. Pour M. Giguère, il n’y a pas de meilleure preuve que les Québécois sont capables d’échanger entre eux que les réponses à cette question.
Dialoguer, oui, mais dans toutes les situations ? « On se garde une petite gêne », précise-t-il. « En fait, on est capables de s’exprimer et de dire ce que l’on pense, oui, mais on ressent les sensibilités des gens autour de nous. » Dans une autre question, les répondants devaient admettre s’il leur arrivait d’éviter certains sujets de discussion, par peur du conflit. La majorité d’entre eux (53 %) ont répondu « très souvent » ou « souvent » à cette question. « C’est un résultat qui exprime une nature viscérale du Québécois, qui ne veut pas de chicane. Il va dire ce qu’il pense, mais, s’il voit que ça ne passe pas autour de lui, s’il voit qu’il va heurter les sensibilités de quelqu’un d’autre, il va s’arrêter. »
Là aussi, M. Giguère ne peut s’empêcher de comparer avec les États-Unis. « Il y a des familles qui se déchirent quand elles parlent de certains sujets. Pas nous, au Québec. Il y a des débats qui sont possibles. »
Médias et réseaux sociaux
Mais ces résultats doivent être replacés dans leur contexte. En répondant, les personnes questionnées devaient penser au dialogue « direct », ou face à face. Pas aux conversations sur les réseaux sociaux. « Quand on leur a demandé le rôle des médias sociaux dans le dialogue social, ils ont répondu que ça envenimait le dialogue. » Deux personnes sur trois ont affirmé que les réseaux sociaux contribuaient à intensifier les différences d’opinions. En revanche, 19 % d’entre eux ont affirmé ne pas y voir d’effet.
Quant au rôle des médias traditionnels, les répondants ont répondu à une forte majorité que les sujets sensibles n’étaient pas bien représentés. Certains sujets sont alors « tabous » dans l’espace public, selon eux, parce qu’ils sont peu abordés dans les médias.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.