La magie du théâtre dans une roulotte
Depuis dix ans, le Théâtre Tortue Berlue parcourt presque toutes les régions du Québec avec son autobus-spectacle. Pour répondre à la forte demande des milieux scolaires et atteindre encore plus d’enfants âgés de quatre à huit ans, son équipe vient d’inaugurer la Carapace, une immense roulotte transformée en charmant théâtre.
Par un avant-midi d’octobre froid et ensoleillé, une quarantaine d’élèves de maternelle sortent de l’école Notre-Dame-de-L’Assomption, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Ils ont chacun en main leur billet d’entrée, une petite feuille de laitue en papier qu’ils ont confectionnée pour nourrir Berlue, la mascotte de la compagnie. Ils entrent ensuite dans le théâtre sur roues stationné devant l’école. Peinte en vert et rouge jusqu’au plafond, la salle est féerique.
Les enfants rangent leurs manteaux dans les bancs ouvrants et s’assoient. Après une petite introduction, les lumières s’éteignent. Le spectacle, considéré comme une générale, commence. Dès les premières secondes, les rires fusent, car la marionnette narratrice fait mine de peiner à sortir du rideau rouge.
« Tout le monde est bien installé ? » demande Mamie Berlue. « Oui ! » confirment les spectateurs avec conviction. C’est alors qu’est lancé le premier d’une série d’effets spéciaux : la bibliothèque située sur les murs s’illumine. « C’est beau », disent spontanément plusieurs élèves.
L’histoire qui va se dérouler sous leurs yeux est celle d’Henri Barbeau, raconte la vieille tortue. C’est un petit garçon qui aime beaucoup dessiner, mais qui finit souvent par gribouiller sa feuille par insatisfaction. Il jette ses barbeaux dans une poubelle. Mais ceux-ci prennent vie et se rebellent, si bien qu’Henri devra les apprivoiser.
Pour l’accès à la culture
Il s’agit de la reprise modernisée d’un spectacle créé d’abord en 2019, souligne l’auteur et metteur en scène Fabien Fauteux, codirecteur artistique de Tortue Berlue. Une autre pièce, Alix et le loup, est quant à elle en tournée avec l’autobus-spectacle.
« Ça fait du bien aux enfants. Ils ont besoin de rêver, d’être émerveillés. Ça crée des discussions, ça développe l’esprit critique. Le théâtre, en général, c’est essentiel qu’on ait accès à ça », estime la directrice générale et codirectrice artistique Caroline Gendron.
Le service sur roues de Tortue Berlue est un complément au circuit en salles comme la Maison Théâtre à Montréal et La Caserne à Québec. Mais ce ne sont pas tous les enfants qui peuvent y aller, notamment dans les régions plus reculées. Pour les tout-petits, les sorties en groupe sont aussi plus compliquées, constate Mme Gendron, dont l’entreprise donne aussi des spectacles et des ateliers dans les classes et les gymnases. « On amène la magie à leur porte », souligne-t-elle.
Ces dernières années, le Théâtre Tortue Berlue est si populaire auprès des écoles et des centres de la petite enfance que son équipe n’arrive pas à répondre à la demande. « Avec l’autobus, on touche entre 15 000 et 20 000 enfants dans une année. Avec la Carapace, on veut doubler ce nombre, mais ça va prendre trois ans pour s’y rendre, parce qu’on fait un peu moins de représentations la première année. On se donne le temps de s’habituer à la conduite de cette chose très longue », explique la directrice générale.
D’art et de mécanique
Il s’agit effectivement d’une roulotte de très grand format. L’intérieur mesure environ 12 mètres de long, 2,5 mètres de large et 2,5 mètres de haut. Une cinquantaine d’enfants peuvent y prendre place. Elle est équipée de plusieurs mécanismes automatisés, comme des éléments de décor mobiles, des rails au plafond et les rideaux, que l’interprète actionne avec une pédale.
Entièrement peinte à l’extérieur, la Carapace est une œuvre d’art. Tirée par un camion, cette salle ambulante est aussi moins vulnérable que l’autobus aux ennuis mécaniques. « On pense qu’on va limiter les bris de service », indique Mme Gendron.
« Un seul interprète peut tout faire tout seul, précise Fabien Fauteux. Il conduit le camion, installe la remorque, accueille les enfants, fait le spectacle, fait sa régie, anime la discussion, dit bye et repart. »
L’acquisition et la transformation de la roulotte ont coûté 400 000 $. La compagnie a pu bénéficier de dons privés majeurs, dont 80 000 $ du Fonds du Grand Mouvement Desjardins, 50 000 $ de PME MTL et un camion de la Fondation Jacques Francœur. L’entreprise a aussi puisé dans ses surplus et attend une réponse à une demande de subvention à Patrimoine canadien.
Un petit public satisfait
Lorsque le mot « Fin » apparaît sur la scène, les applaudissements sont nourris. Les critiques sont dithyrambiques. « Est-ce que ça vous a plu ? » demande la comédienne et marionnettiste Patricia Goulet, qui a offert la prestation en solo. « Oui ! » répondent en chœur les membres du public.
« J’ai aimé quand on a vu les barbeaux arriver », déclare un petit garçon. « J’ai aimé le dessin de la maison », renchérit une petite fille. « Tu es belle », confie une autre.
La générale est officiellement un succès. L’équipe est prête pour les dizaines de représentations à venir.
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