Nostalgie, support physique mais moins cher que le vinyle, le CD est de retour chez la Gen-Z

C’est une tendance qui semble se dessiner outre-Atlantique. Le CD semble faire son retour chez les disquaires. Selon Luminate, une entreprise d’analyse de l’industrie musicale aux Etats-Unis, les ventes de CD ont augmenté de 16% au cours des six premiers mois de l’année 2026.
"Le CD offre une accessibilité pour s’acheter de la musique sur support physique parce que c’est vrai que le vinyle a un certain coût', explique Grégory Noël, directeur du label indépendant Exag' Records actif depuis dix ans à Bruxelles, Les majors ont essayé d’imposer un prix élevé pour faire des marges importantes et finalement, ce sont peut-être eux qui ralentissent les ventes de vinyles".
Le vinyle, emblème jusqu’à présent de la vente de musique en format physique, semble se tasser d'ailleurs avec une croissance toujours positive, mais moindre que le CD, à 2,4%. Le label de Grégory Noël fait d'ailleurs partie de ceux qui vendent encore beaucoup de vinyles. "On fait de la musique de niche et on a donc un public de fans niches qui achètent principalement du vinyle mais on a toujours continué à faire du CD pour offrir différents supports aux fans".
J’aurais quand même tendance à dire que ce sont plutôt les plus jeunes qui demandent des CD.
Guy Tournay, musicien dans le projet rock The Bernadette Maries observe, lui aussi, une demande de CD. Il vient de sortir son premier album en version vinyle mais à la sortie des concerts, certains fans viennent régulièrement demander s’il est possible d’acheter des CD. "Depuis qu’on a reçu les vinyles, à chaque concert, on a au moins trois ou quatre demandes pour des CD. C’est vraiment tous les âges. Ça va de 21 ans jusqu’à 57 ans mais j’aurais quand même tendance à dire que ce sont plutôt les plus jeunes qui demandent des CD".
En Belgique ou en Europe, il n'est pas encore possible d'identifier cette croissance de l'achat de CD, mais "les booms pop culture aux Etats-Unis, finissent toujours par arriver chez nous avec un peu de décalage", analyse Sylvestre Defontaine, le directeur thématique culture et musique à la RTBF.
Alors qui sont les principaux acheteurs de ces CD ? Une partie de la réponse est peut-être à aller chercher du côté de la génération Z. Entendez, les enfants nés entre 1997 et 2012. En effet, toujours selon l’étude de Luminate, 60% des membres de la génération Z déclarent aujourd’hui écouter principalement de la musique des années 1990 ou antérieure — contre seulement 18% en 2021. Une nostalgie dans le style de musique qui se traduirait aussi par une envie de posséder des CD.
"Ce sont peut-être des jeunes qui ont eu accès à la discothèque de leurs parents, questionne Sylvestre Defontaine. Il y a un effet nostalgie qui était aussi présent avec le vinyle".
Les CD permettent donc d’acheter de la musique en physique à un prix raisonnable. Là où le prix du vinyle peut tourner autour des 25-30 euros voir plus cher encore, le CD se dresse comme une alternative plus économique.
Je vis dans un monde complètement dématérialisé, j’ai donc envie de posséder quelque chose de physique.
C’est aussi une manière pour ces acheteurs de posséder un objet physique selon Sylvestre Defontaine. "C’est peut-être le phénomène : "je vis dans un monde complètement dématérialisé, j’ai donc envie de posséder quelque chose de physique". Un CD avec une pochette, un carnet à l’intérieur qui est illustré".
Il s’agit aussi peut-être aussi de vivre une autre expérience d’écoute selon Sylvestre Defontaine. "Il y a une praticabilité par rapport au vinyle. Ce ne sera jamais aussi pratique qu’un fichier mais ça l’est beaucoup plus qu’un vinyle". A cela il faut encore ajouter l’envie d’écouter un disque dans sa longueur. "Ça peut paraître incongru mais pendant des années, on construisait un album avec un début, un milieu et une fin non pas comme une sorte de compilation. Et les artistes prenaient le temps de sélectionner les morceaux et leur ordre pour offrir une expérience globale. Et aujourd’hui, on assiste à un retour vers cela car c’est aussi, d’une certaine manière, un retour vers une certaine nostalgie".
Au-delà de son prix, le CD présente aussi un autre avantage pour les artistes émergents : son délai de livraison. "Sur les délais de production de vinyle, on est facilement autour de trois mois avec de plus en plus de retard suite à l’énorme demande de production. Là où le CD en quatre ou cinq semaines, il est produit et une semaine après il est livré", détaille Grégory Noël d’Exag' records.
Un facteur qui est certainement à prendre en considération pour des projets indépendants car si le délai minimum pour des vinyles tourne autour de trois mois, les retards sont fréquents et il arrive donc que certains groupes qui ont organisé leurs concerts de sortie d’album se retrouvent le jour j sans albums à vendre. Une perte sèche qui peut avoir un lourd impact.
Selon Grégory Noël, le CD peut aussi être un format intéressant pour des artistes émergents. "Pour des artistes qui débutent avec un EP de quatre ou cinq titres, on leur conseille de faire un format CD comme ça, vous avez quelque chose à vendre après les concerts et dans les magasins à un prix démocratique".
"Le CD sera-t-il ce que le vinyle a été pour la génération des trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires ?, interroge Sylvestre Defontaine (RTBF). Toute la question est de savoir si les personnes qui ont connu le CD vont retourner vers ce support ?"
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.