Vos souvenirs des premiers jours du métro de Montréal, il y a 60 ans
Le métro de Montréal fête ses 60 ans. Vous êtes plusieurs à y être montés à bord, souvent en famille, dans les premiers mois de son existence. Deuxième partie de vos témoignages.
Sortie étudiante
J’étais étudiante à l’Institut des arts appliqués, situé rue Saint-Denis à l’intersection de la rue Sainte-Catherine, juste en face de l’église Saint-Jacques. Nous avions assisté à la construction du métro et avions vraiment hâte que les travaux se terminent… Nous étions une bande d’étudiants à quitter l’école au pas de course, au premier instant où les portes du métro se sont ouvertes au public, nous nous sommes engouffrés dans les wagons et nous nous sentions entrer dans l’histoire et la modernité. Quel moment émouvant ! Huguette Corbo
Jeune journaliste
Je me souviens très bien de la journée d’ouverture. À l’époque, j’étais rédacteur en chef du journal étudiant Le Sablier, du collège Bourget de Rigaud. J’avais décidé ce jour-là de faire un reportage sur le nouveau métro. Je suis donc allé le prendre à la station Jean-Talon, vu que je demeurais tout près, afin d’aller interroger les premiers passagers du métro. Je suis allé ensuite à la station Laurier. Ce fut une belle expérience de voir les yeux des gens tout émerveillés du caractère futuriste de ce nouveau moyen de transport urbain, quoique les réponses fussent, si je me souviens bien, assez prévisibles : utilité, rapidité, modernité et, bien sûr, des questions quant au coût global de ce projet ; déjà à l’époque, on s’inquiétait de l’impact sur les finances publiques ! Maintenant, soixante ans plus tard, on parle d’un projet de TGV entre Québec et Toronto avec… les mêmes préoccupations. Pierre Chartrand
Pantois d’admiration
Ah, le métro de Montréal. Ça faisait à peine trois ans que j’habitais dans la métropole. Les dimensions humaines de mon petit village de Charlevoix me manquaient toujours mais, en contrepartie, j’étais curieux et débrouillard. Je connaissais presque par cœur le réseau d’autobus. Et on construisait un métro… Et on construisait une Expo… J’étais fébrile. En cette journée d’octobre 1966, l’ouverture du métro m’avait laissé pantois d’admiration. L’odeur du neuf, la beauté des mosaïques sur les murs et les planchers et le son caractéristique du départ des rames du métro… Tout cela, je l’ai enregistré dans mon disque dur ! Le réseau initial, qui serait achevé au printemps de 1967, compterait finalement 26 stations sur trois lignes : orange, jaune et verte. Je suis arrivé à Montréal juste au bon moment. Les journaux débordaient d’articles traitant des deux sujets de l’heure : l’Expo 67 et le métro. Je comprenais enfin ces trous qu’on creusait ici et là dans la ville. Lorsque nous avions des travaux de recherche pour l’école, l’Expo et le métro étaient des occasions pour moi de demander des informations techniques. Internet n’existait pas. Il fallait écrire une lettre et envoyer le tout au bon endroit. Le brouillon de mes lettres était rapidement tapé à la dactylo par ma mère et expédié. Et il ne restait plus qu’à attendre une réponse, que nous recevions toujours.
Alors, en ce 14 octobre 1966, j’étais bien sûr dans le métro. J’ai fait toutes les stations qui étaient alors ouvertes, débarquant à chacune d’entre elles pour explorer, puis repartir à bord du train suivant. À cette époque, une seule station ne permettait pas d’embarquer dans le train du retour avec le même billet. Il me semble que c’était Bonaventure ou Square-Victoria. Les stations étaient parfois ordinaires, comme Jarry ou Sauvé, mais souvent, c’était d’un modernisme attrayant. La station Champ-de-Mars, entre autres, avait de magnifiques vitraux. Le métro roulait sur des pneumatiques, mais il y avait des patins pour l’alimentation électrique par les rails, d’où de nombreuses flammèches très visibles dans les tunnels. Je me souviens que les freins utilisaient de l’huile d’arachide. Ce souvenir est d’ailleurs bien fondé : les sabots de frein en bois en étaient imprégnés pour réduire le bruit du freinage. De mémoire, je crois que c’est la station Beaudry qui avait le plus long tapis roulant. Mon seul désappointement a été vis-à-vis du système automatique de correspondance, qui distribuait de petits bouts de carton bleu pâle insignifiants, rien pour enrichir ma collection. Bref, si je ne suis jamais tombé amoureux de Montréal, je suis certainement tombé amoureux de son métro. Hubert Desgagnés
Lire dans le métro
Nous sommes en 1965, j’ai 17 ans, je travaille au centre-ville. Partant de Laval, je monte à bord de l’autobus qui m’amène au « terminus » à Ahuntsic, coin Henri-Bourassa et Saint-Denis. Aucun abri, nous attendons en file indienne, les pieds dans la sloche, l’autobus 69 direction sud. Je descends au coin de la rue Dorchester (boulevard René-Lévesque). Nous attendons (toujours les pieds dans la sloche) la suite, l’autobus vers l’ouest qui me laissera à la Gare Centrale du CN. Et puis, c’est l’ouverture du métro, une bénédiction ! Il me reste le transit Laval-Ahuntsic à endurer, mais, une fois assis au chaud dans ce magnifique train bleu, je n’ai plus à penser aux intempéries. J’arrive les pieds secs, enfin ! Durant 50 ans de voyagement, j’ai lu au moins 1000 livres dans cette bibliothèque ambulante. Michel Corbeil
Notre vieux dragon
Été 1967. J’ai 16 ans. Avec mes chums Pierre et Roger, on descend l’escalier mobile vers un souterrain où des rafales d’air chaud remontent à nous ! Comme l’haleine d’un dragon ! On l’entendait rugir en bas ! Neuf et clinquant avec ses céramiques, son chrome et ses hauteurs qui flirtaient avec des vitraux et des sculptures, il avait de quoi impressionner les ados que nous étions. On se promenait en métro pour se promener, juste pour le fun de traverser la ville tout en s’attardant à l’originalité de chaque station. C’était le transport idéal pour aller à l’Expo 67. Il y avait de la magie dans l’air, on croyait à un monde meilleur, on y croyait vraiment, nous étions si innocents ! Le métro a vieilli avec nous. Un vieux dragon avec son haleine de caoutchouc brûlé et ses articulations qui n’en finissent plus de se lamenter. Il a fait partie de mon adolescence, je n’en retiens que du bon. François Pronovost
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