Une vitesse de 180 mètres par heure, piloté depuis Zaventem: voici le tout premier rover lunaire belge
Une page de l’histoire spatiale est en train de s’écrire. La société spatiale belge SpaceApps a dévoilé aujourd’hui au monde entier son rover lunaire, baptisé LUVMI-M. Ce véhicule commercial constitue une première et une étape majeure pour notre industrie spatiale. Martijn Peters, expert scientifique pour HLN, vous dit tout ce qu’il faut savoir sur ce petit engin entièrement conçu et fabriqué en Belgique.
Martijn Peters, Martin Ducrotois
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C’est en 2016 que l’entreprise spatiale belge Space Applications Services (SpaceApps) a commencé à développer le rover LUVMI à Zaventem. LUVMI est l’acronyme de Lunar Volatiles Mobile Instrumentation. Aujourd’hui, dix ans plus tard, la société annonce que le tout premier rover lunaire belge s’envolera enfin pour l’espace en 2029.
L’envol se fera à bord de l’atterrisseur Blue Moon Mk1 de Blue Origin, la compagnie spatiale américaine fondée par le patron d’Amazon, Jeff Bezos. À ce jour, seuls quatre ou cinq pays — selon ce qu’on définit comme un rover — ont réussi à poser un tel engin sur la Lune. La Belgique pourrait donc rejoindre ce club très fermé.
Si tout se déroule comme prévu, le rover explorera le pôle Sud de la Lune. À bord, à l’intérieur comme à l’extérieur, il dispose d’espaces réservés aux équipements de scientifiques, d’entreprises ou d’agences spatiales. Ces derniers pourront acheter un emplacement pour participer à l’exploration de la surface lunaire pendant environ deux semaines, qu’il s’agisse d’y mener des expériences ou de tester de nouvelles technologies.
Taxi
Il s’agit d’une mission entièrement commerciale. La construction du rover et les frais liés à sa mission ne sont pas financés par une agence spatiale comme l’ESA ou la NASA. Ce type de “service de taxi” vers la Lune attirera à l’avenir des investissements internationaux dans notre pays, ce qui est une excellente nouvelle pour notre économie.
Mais à quoi ressemble exactement ce premier rover lunaire belge? Côté dimensions, il mesure 1,40 mètre de long, 92 centimètres de large et 80 centimètres de haut. Il pèse environ 20 kilos et peut transporter une charge utile équivalente pour sa mission. L’engin est équipé de quatre roues spécialement conçues pour ne pas s’enfoncer dans la poussière lunaire meuble et pour éviter de glisser sur les pentes raides. En théorie, il peut franchir sans difficulté des inclinaisons allant jusqu’à 15 degrés, un atout indispensable au pôle Sud, une région escarpée et parsemée de cratères.
Le rover LUVMI peut atteindre une vitesse maximale de 180 mètres par heure. Grâce à ses batteries internes et à ses panneaux solaires, il pourra parcourir plusieurs kilomètres à la surface de la Lune en 10 à 14 jours. Son pilotage sera assuré depuis la salle de contrôle de SpaceApps à Zaventem. Dès réception d’une commande, le rover utilisera ses différentes caméras pour modéliser une carte 3D de la surface et repérer les obstacles, ce qui lui permettra de se déplacer en toute sécurité et avec efficacité. Une tâche plus complexe qu’il n’y paraît: le soleil rasant au pôle Sud projette d’immenses ombres qui peuvent facilement désorienter les caméras.
Construire un véhicule capable de survivre à des conditions aussi extrêmes exige de véritables bonds technologiques. Des innovations qui profitent directement à l’économie belge, notamment grâce à de nouvelles technologies de gestion avancée de l’énergie et de l’isolation thermique, ainsi qu’au développement de logiciels de navigation autonome sur la Lune. Ces derniers pourront d’ailleurs trouver des applications sur Terre, par exemple lors d’opérations de secours complexes en milieu hostile ou pour l’exploration en eaux profondes.
Des trésors scientifiques
Le rover belge évoluera très précisément sur la crête Shackleton–de Gerlache, un plateau élevé situé entre les cratères du même nom. D’un point de vue scientifique, cette zone présente un intérêt majeur: on pourrait y trouver des matériaux issus des profondeurs de la Lune, projetés lors de l’impact d’Aitken, le plus grand et le plus ancien cratère lunaire. De véritables trésors attendent peut-être d’y être découverts par la science.
Une fois arrivé à destination, l’atterrisseur lunaire aura besoin d’une demi-journée pour tout préparer et effectuer ses tests. Le rover restera d’abord trois jours à proximité du site d’atterrissage avant de parcourir plusieurs kilomètres au cours des sept à dix jours suivants. Mais LUVMI n’est pas le seul rover de SpaceApps destiné à la Lune: en 2025, l’entreprise a décroché un contrat auprès de l’ESA pour développer un rover plus imposant d’ici la fin de la décennie, le Lunar Prospecting and Scouting Rover (LPSR).
Ce nouveau fleuron de l’ESA ne pèsera pas 20 kilos, mais 300 kilos, et aura pour rôle de transporter du fret sur la Lune. Ce n’est d’ailleurs qu’une première étape vers un futur rover encore plus massif de 1.500 kilos. L’objectif du LPSR est de poser la première pierre d’une présence humaine permanente sur la Lune.
Ce qui rend ces rovers signés SpaceApps si importants, c’est qu’ils témoignent de la montée en puissance de l’industrie spatiale belge, qui passe du statut de sous-traitant à celui de maître d’œuvre. Nous ne nous contentons plus de fournir des composants spécifiques de haute technicité pour de grandes missions internationales: nous prenons désormais la tête de ces missions. Cela prouve au reste du monde que la Belgique est capable de concevoir et de gérer des systèmes spatiaux complexes. Fini de faire de l’auto-stop: nous prenons nous-mêmes le volant.
Une évolution qui renforce le prestige international de notre secteur spatial. Et cette renommée permettra non seulement de drainer des capitaux, mais aussi d’attirer les meilleurs talents internationaux vers la Belgique.
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