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Monday, September 28, 2026

Harcèlement, mariages forcés et viols : des femmes de Gaza témoignent de leur insécurité permanente

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"Je veux me sentir à nouveau en sécurité." C’est le titre du rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA). Pour les femmes, l’insécurité peut surgir n’importe où, n’importe quand, dans la bande de Gaza : aux postes de contrôle de l’armée israélienne, aux points de distribution de nourriture, aux toilettes et surtout dans les tentes des camps de réfugiés.

"Nous vivons dans des tentes proches les unes des autres, faites de draps ou de bâches, décrit une femme. Il est impossible de sécuriser toutes les entrées de la tente. Une de mes proches vient d’une famille composée uniquement de filles. Alors que leur père était absent la plupart du temps pour son travail, un voisin les observait constamment et les dévisageait de manière inappropriée."

Harcèlement aux toilettes

Quelque 230 femmes de Gaza-Ville et de Khan Younes ont participé à des groupes de discussion sur les violences dont elles sont la cible. Par pudeur, leurs témoignages évoquent la plupart du temps des incidents impliquant des connaissances proches.

Dans tous les groupes de discussion, les femmes ont rapporté des cas de harcèlement sexuel et des agressions dans les toilettes : "Une fois, alors que je me rendais aux toilettes, j’ai vu un jeune homme harceler des jeunes filles, les observer et leur toucher les parties intimes. Je l’ai interpellé pour lui demander ce qu’il faisait, et il s’est rapidement enfui", raconte une femme de Khan Younes.

Toutes les femmes sont victimes de violences

Les femmes de Gaza décrivent des conditions de vie terriblement détériorées par la surpopulation et l’absence d’intimité. L’accès aux produits de première nécessité est très limité, notamment à l’eau potable, à la nourriture et à des toilettes en état de fonctionnement.

Les familles et les réseaux de connaissances sont déstructurés par les décès et les déplacements répétés. Les mécanismes de protection qui protègent habituellement les femmes et les filles ont pratiquement disparu.

"La violence s’est intensifiée à cause des pressions que nous subissions pendant la guerre, constate une femme de Gaza-Ville. Mon mari ne m’avait jamais élevé la voix avant la guerre… Mais quand notre maison a été bombardée et que nous avons tout perdu, il est devenu irritable, et il s’en prend à moi et aux enfants."

"Toutes les femmes sont victimes de violences de la part de membres de leur famille, notamment de violences physiques, en raison de l’augmentation du nombre de personnes vivant sous le même toit. Personne n’est à l’abri, surtout en temps de guerre. Le problème s’est considérablement aggravé", ajoute une autre.

Les témoins décrivent les violences domestiques non pas comme une série d’incidents isolés, mais comme une caractéristique quasi quotidienne de leur vie, marquée l’absence d’espaces privés et de toute autorité extérieure capable d’intervenir.

L’impossible fuite

Vivre à Gaza quand on est une adolescente de 12 à 17 ans n’est pas vraiment plus simple. Près des deux tiers d’entre elles ont dû arrêter d’aller à l’école. Pour certaines familles, la solution passe par le mariage précoce des jeunes filles. "Quand la guerre a éclaté, l’école a fermé et les filles n’avaient plus rien à faire. Du coup, les parents les ont mariées très jeunes", raconte une maman.

Le nombre de mariages d’enfants et de mariages forcés a augmenté de 123% durant les six premiers mois de 2026. La pauvreté et la faim ont accéléré le phénomène. Des participantes aux groupes de discussion à Gaza-Ville et à Khan Younes ont raconté l’histoire de jeunes filles que leurs pères avaient mariées en échange d’un sac de farine.

"Pendant la famine, un homme a marié sa fille de 14 ans en échange de deux sacs de farine afin que lui et ses autres enfants puissent manger", dénonce une femme de Khan Younes.

Trop de bouches à nourrir

Pareil échange aurait été impensable avant le conflit. "Les adolescentes manquent de maturité et d’expérience de la vie, commente une autre femme. Les circonstances ont contraint leurs familles à les marier précocement. Je suis triste pour elles, car on leur impose une vie qui les dépasse."

Lorsque les jeunes filles sont orphelines, elles sont généralement prises en charge par un oncle de la famille. Mais ils ne peuvent ou ne veulent pas toujours assumer ces bouches supplémentaires à nourrir et préfèrent les marier rapidement. "J’ai assisté au mariage de deux jeunes filles de notre famille, dit une femme. Leurs oncles les ont mariées très jeunes. Savez-vous pourquoi ? Parce que leur père et leur mère ont été tués, et que leurs oncles voulaient se débarrasser de cette responsabilité et de ces dépenses. La première jeune fille a 14 ans et la seconde 15. Si leurs parents étaient encore en vie, ils ne les auraient peut-être pas mariées si jeunes."

Le viol caché par un mariage

Les femmes rapportent des cas de viols commis dans l’ensemble des camps de la bande de Gaza. Les viols ont lieu dans des tentes, des écoles qui servent de refuge, des ruelles et sur les plages. Lorsque l’auteur est connu, les faits sont souvent couverts : la victime est contrainte d’épouser l’auteur, voire une autre personne.

La crainte du harcèlement sexuel et du viol pousse certains parents à forcer leurs filles à se marier. Elles voient dans le mariage de leurs filles un moyen de les protéger et de préserver leur pudeur, selon les normes traditionnelles.

Une femme de Gaza-Ville explique : "Avant la guerre, il n’y avait pas de mariages précoces dans notre famille. Mais avec le déplacement forcé et la famine, nous avons été contraints de marier nos filles. Nous ne pouvons pas les protéger, les nourrir, ni leur offrir une éducation. Il y a aussi la crainte de l’exploitation sexuelle. Lorsqu’un père part chercher de l’aide, il doit laisser sa famille dans un camp où il ne connaît personne."

Abus commis par des soldats

À Gaza, des femmes ont été contraintes d’avoir des relations sexuelles avec des hommes qui leur promettaient de la nourriture, de l’argent, de l’eau, ou un emploi. Ces viols sont parfois commis sous le couvert d’aide humanitaire, ou par des hommes portant l’uniforme d’organismes humanitaires.

Les femmes ont aussi rapporté des violences sexuelles commises par les forces israéliennes, en particulier aux postes de contrôle, notamment du harcèlement sexuel, des attouchements et le fait d’être forcées à se déshabiller.

Une femme raconte ce qui est arrivé à une amie à un point de contrôle israélien : "Elle était avec son fils et sa fille. Le soldat lui a dit de laisser sa fille et de partir. Il a menacé de tuer son fils si elle ne partait pas. Contre son gré, elle a poursuivi son chemin. Quand elle l’a revue en vie, elle était heureuse. Mais quand sa fille a dit qu’elle avait été harcelée. Les soldats lui ont dit des choses vulgaires et ont touché des parties intimes de son corps."

La vulnérabilité des veuves

Lorsqu’une femme perd son mari, sa vie devient particulièrement compliquée. Dans la société traditionnelle palestinienne, les femmes sont censées être placées sous la responsabilité d’un homme, mari ou membre de la famille. Une femme explique : "Les femmes déplacées sans tuteur masculin – que leur mari soit à l’étranger, détenu ou décédé – sont confrontées à une double violence. D’un côté, elles subissent les difficultés de la guerre ; de l’autre, la société les considère comme sans protection en l’absence d’un tuteur masculin. Cela les expose au harcèlement et à la méfiance, y compris de la part d’autres femmes, qui craignent qu’elles ne leur prennent leurs maris."

Une autre témoigne des abus dont peuvent être victimes celles qui ont perdu leur mari : "Je connais une veuve dont le beau-frère l’a harcelée et violée pendant qu’elle dormait. Elle est tombée enceinte de lui avant d’avoir achevé la période d’iddah (période de veuvage de trois mois). Lorsque sa famille l’a appris, elle a tenté de conclure un contrat de mariage et s’est adressée à un juge pour l’officialiser, mais celui-ci a refusé, estimant qu’il s’agissait d’un cas d’adultère puisqu’elle était encore dans sa période d’iddah."

Plus de protection

Le conflit a entraîné une augmentation du nombre de femmes et de jeunes filles veuves, divorcées ou séparées. Ces femmes sont aujourd’hui privées des maigres protections juridiques et sociales dont elles bénéficiaient auparavant. Des femmes évoquent un état d’angoisse permanent lié à cette situation.

"Il n’existe aucun organisme officiel ou gouvernemental vers lequel une femme puisse se tourner pour faire valoir ses droits, en particulier les femmes divorcées dont le versement de la pension alimentaire a été interrompu pendant la guerre et qui continuent d’en souffrir", précise l’une d’elles.

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