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Thursday, October 29, 2026

Bilan revu à la hausse pour l'accident de train en Espagne : 74 morts, le gouvernement sous le feu des critiques

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Cette panne, c’est l’origine de la situation qui a permis l’accident. C’est une pure défaillance technique du système de base, et dans ce cas, le protocole prévoit un filet de sécurité, une solution dégradée.

Une série d’erreurs humaines au centre de contrôle

"En cas de défaillance du système, le centre de contrôle prend le relais", dit le ministre Óscar Puente, ajoutant que c’est ce centre qui a décidé d’autoriser les trains à reprendre leur marche, sans aucune restriction de vitesse.

Une décision que le ministre Puente juge "inexplicable" et qui est accréditée par des enregistrements audios, obtenus par des médias espagnols dont El Pais.

Ce sont les échanges entre le centre de contrôle de Madrid de l’Adif — le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire espagnole — et les deux conducteurs de train. Ces enregistrements, assez confus au début, indiquent que le convoi Renfe a reçu l’autorisation de repartir à 8h36, alors que l’autre train, situé quelque 25 km plus loin, restait à l’arrêt.

On entend d’abord le contrôleur à Madrid demander au conducteur du train de la Renfe : "Déconnectez et reconnectez-vous. Poursuivez votre trajet et continuez en mode "blocage par signalisation latérale" (ndlr : le système de secours), à vitesse normale et en fonctionnement normal ".

Le conducteur demande confirmation : "À vitesse normale ?", ce à quoi le régulateur répond : "Oui".

Selon le protocole habituel, le conducteur aurait plutôt dû continuer à circuler à une vitesse maximale de 40 km/h, en adaptant sa conduite à sa visibilité, et non à une vitesse normale sur une voie conçue pour du 200 km/h. Cet ordre contrevient clairement au protocole et est à l’origine de l’accident, selon le gouvernement espagnol.

La première erreur est donc de demander au conducteur de la Renfe de reprendre sa marche sans vérifier qu’aucun autre train ne se trouve sur sa voie, la seconde de lui demander de le faire non pas à vitesse réduite, afin de pouvoir freiner à vue, mais d’y aller à vitesse normale.

L’autre enregistrement concerne les échanges entre le centre de contrôle et le train Iryo. Sa conductrice indique qu’il est "à l’arrêt devant le signal d’entrée à Urda". Le centre de contrôle lui demande de "reprendre sa marche" mais la conductrice lui répond sept minutes plus tard qu’il lui est impossible de faire démarrer le train : "Le train ne me permet pas de commander le système. C’est pourquoi je suis toujours à l’arrêt devant le signal d’entrée". C’est une panne de plus.

La conductrice du train Iryo tente à deux reprises de déverrouiller son train, demande de l'aide au centre de contrôle de la compagnie, mais ne l'a reçoit pas : l'impact de l'autre train est enregistré à ce moment-là.

Ce second enregistrement indique que le centre de contrôle a bien été informé du fait que le train Iryo reste à l’arrêt alors que la rame de la Renfe approche. Nouvelle erreur humaine, car le centre de contrôle semble un peu perdu d’après une conversation interne également enregistrée et personne ne demande au conducteur de la Renfe de freiner et de s’arrêter alors qu’il est encore temps. Il reste cinq minutes avant la collision mortelle.

Les syndicats critiquent le ministre des Transports

Le secrétaire général du syndicat espagnol des conducteurs et agents de la voie ferrée SEMAF, Diego Martín, demande une enquête rigoureuse et indépendante sur l’accident et qualifie d'"alarmante et irrespectueuse" la fuite d’enregistrements audios "biaisés" du centre de contrôle : "Blâmer quelqu’un ne résout pas les tragédies, il faut en déterminer les causes. C’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui ; chercher un coupable est la pire des irresponsabilités".

Le syndicat dénonce aussi l’utilisation croissante de systèmes obsolètes et affirme que le système de signalisation LZB, défaillant lors de l’accident d’Urda, aurait dû être remplacé depuis longtemps en raison de ses défaillances répétées.

Le syndicat CC OO, la principale confédération syndicale d’Espagne, exige la démission immédiate du ministre Puente pour avoir accusé les travailleurs avant la fin de l’enquête : "Des agissements tels que ceux du ministre des Transports, Óscar Puente, qui consiste à rejeter la faute sur les travailleurs et à s’en prendre au maillon faible de la chaîne, alors que l’enquête est toujours en cours, justifient sa démission immédiate. "

Le syndicat appelle à "la plus grande prudence et à la plus grande responsabilité, compte tenu des informations faisant état d’une possible erreur humaine, et exhorte à éviter toute conclusion hâtive et toute accusation publique avant la publication des résultats de l’enquête."

"Nous jugeons totalement irresponsable que, en pleine tragédie de cette ampleur et alors qu’une enquête est toujours en cours, des conversations entre les professionnels impliqués fassent l’objet de fuites, encourageant ainsi des procédures parallèles et stigmatisant des travailleurs sans connaître toutes les circonstances de l’accident, les situations stressantes auxquelles ils sont soumis ni la surcharge de travail qu’ils subissent. Nous exigeons une enquête sur ces fuites et que les responsables soient tenus pour responsables."

Óscar Puente, demandera à comparaître devant la Commission permanente du Congrès pour faire rapport sur l’accident et tiendra une conférence de presse vendredi matin pour communiquer les dernières informations.

Le gouvernement Sánchez sous pression

La catastrophe d’Urda a relancé les questions sur l’entretien du réseau national et sur la sécurité pour les passagers. Des antécédents existent. La Commission d’enquête sur les accidents ferroviaires (CIAF) avait déjà recommandé dans un rapport de 2024 des mesures techniques et le renforcement des protocoles, après avoir souligné que la vérification humaine est "susceptible d’échouer" dans les cas où elle remplace le système automatisé, comme ce fut le cas lors de l’accident d’Urda.

Une enquête est en cours pour évaluer les circonstances du drame, alors que les recherches se poursuivent sur place.

Sous pression à un mois des élections législatives anticipées, le Premier ministre Pedro Sánchez demande "l’éclaircissement des causes" à l’origine de l’accident. Pedro Sánchez assure que le dispositif mis en œuvre par l’État et les différentes administrations a été déployé pour apporter "une réponse rapide, urgente et efficace". Il souhaite "une réparation, au moins sur le plan matériel" pour "les familles des victimes de cette terrible tragédie".

La gestion du gouvernement Sánchez est mise en cause par la presse et par la droite. Faute de majorité aux Cortès, le Parlement bicaméral du royaume, Pedro Sánchez, en difficulté en raison de la crise du logement, a convoqué des législatives anticipées pour le 29 novembre dans l’espoir de reprendre la main. Sa formation, le Parti socialiste ouvrier espagnol PSOE, est à la peine dans les sondages et le drame d’Urda devrait accentuer la tendance.

"On ne peut pas continuer comme ça", avertit le patron du Parti populaire Alberto Núñez Feijóo, appelant à "des réponses" aux questions sur l’accident. Alberto Feijóo critique également Oscár Puente pour avoir "blâmé" un opérateur du centre de contrôle et juge cela "frivole".

La formation d’extrême droite Vox dépose plainte devant la Cour suprême contre le ministre des Transports, Óscar Puente, pour homicide involontaire et blessures graves par négligence et omission. Plusieurs centaines de manifestants, en majorité de Vox, se sont rassemblés mercredi soir devant le ministère des Transports pour réclamer la démission de Pedro Sanchez. L'un d'eux brandissait une banderole sur laquelle était écrit : "L'Espagne n'en peut plus".

Le Parti nationaliste basque PNV met en garde le Premier ministre Sánchez : "S’il reconnaît que cela est inacceptable, des responsabilités techniques et politiques devront être assumées au plus haut niveau."

La coalition de gauche Frente Amplio demandera aussi au ministre des Transports, Óscar Puente, de venir s’expliquer devant le Parlement afin de fournir des détails sur l’accident.

L'ancienne ministre Fátima Báñez parmi les victimes 

Des familles tentent toujours d'obtenir des nouvelles de leurs proches. Les services de secours poursuivent les opérations de déblaiement sur le site de la collision. Dans la nuit, ils sont parvenus à dégager l’une des voitures tombée dans le ravin.

Parmi les personnes décédées figure Fátima Báñez, ancienne ministre de l'Emploi et de la Sécurité sociale entre 2011 et 2018, selon le Parti populaire (PP), dont elle était membre.

"Les équipes de secours continuent de travailler avec beaucoup de précaution car nous ne pouvons dire avec certitude qu’il n’y a plus de victimes", a déclaré sur TVE Esther Padilla, porte-parole du gouvernement de Castille-La Manche. "Une unité canine a été déployée hier. Elle poursuit ses recherches aujourd’hui pour s’assurer qu’il ne reste personne", a-t-elle précisé.

Le roi et la reine se sont rendus à Tolède pour rendre visite aux blessés à l'hôpital universitaire de la ville où plus de vingt blessés sont hospitalisés, dont quinze en soins intensifs et huit dans les services classiques. Le roi Felipe a déclaré que "nous avons une fois de plus subi un coup dur" et a réaffirmé que l'enquête en cours devait déterminer "comment et pourquoi cette catastrophe s'est produite".

Paralysie du corridor sud

Vingt-quatre heures après la catastrophe, tous les trains entre Madrid et l’Andalousie sont toujours annulés. Dès vendredi, la Renfe mettra en place un dispositif de transport alternatif entre Madrid et l’Andalousie, la circulation ferroviaire restant interrompue.

Un juge de Tolède a été saisi d'une enquête qui l'a amené à ordonner l'interdiction d'un tronçon de deux kilomètres sur la LGV à toute personne étrangère aux investigations.

Iberia opère ces jeudi et vendredi 14 vols supplémentaires entre Madrid et l'Andalousie.

Le syndicat des conducteurs de train SEMAF a maintenu sa grève de 24 heures à la Renfe pour exiger des améliorations structurelles en matière de sécurité et le respect des engagements pris. Le syndicat se dit "profondément consterné". 

Le syndicat annonce qu'il continuera à appeler à d'autres grèves pour exiger les mesures de sécurité nécessaires afin d'éviter que des accidents comme ceux d'Urda et d'Adamuz ne se reproduisent.

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