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Wednesday, October 14, 2026

Les critiques d’Hugues Dayez avec "Les Misérables", version 2026 ? De la belle ouvrage !

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On ne va pas ici résumer l’intrigue foisonnante des "Misérables", roman-fleuve paru en 1862, qui s’articule autour du personnage de Jean Valjean, ancien bagnard qui, à sa libération, change de nom et devient le modèle de l’honnête homme. Cette fresque sociale, éditée alors en cinq volumes et totalisant plus de 2 500 pages, permet par son ampleur et sa galerie de personnages des adaptations diverses. Fred Cavayé, de son propre aveu, a eu envie de réaliser un film choral. Certes, Jean Valjean en reste le pivot, mais les autres protagonistes ne sont pas réduits à des seconds rôles. Le cinéaste a construit son scénario comme celui d’une série, où plusieurs intrigues se développent en parallèle, et où les personnages de "méchants" sont particulièrement fouillés.

L’inspecteur Javert, d’abord. Cavayé, qui a bien relu Hugo, a détecté qu’il le décrit comme un fils de bohémien, né au cachot, avec un père emmené aux galères. Surprise du casting : Cavayé a confié le rôle à Tahar Rahim, qui compose un personnage revanchard, qui veut oublier ses origines en devenant policier. S’il pourchasse Valjean, c’est parce que cet homme au passé trouble lui rappelle le sien…

Les Thénardier, ensuite. Dans le roman, la femme est une grosse épouse servile, qui suit à l’aveugle les décisions malhonnêtes de son mari. Cavayé inverse le rapport du couple ; dans son film, c’est La Thénardier, incarnée avec force par Camille Cottin, qui martyrise Cosette et son mari – Benjamin Lavernhe, tout aussi convaincant –, veule et lâche, lui obéit au doigt et à l’œil.

Pointons d’autres bons choix de casting : Noémie Merlant joue avec sensibilité Fantine, la mère de Cosette… Sans oublier Vincent Lindon, qui apporte une sorte de force intérieure à la figure de Jean Valjean. Avec passion mais aussi avec une certaine modestie, Cavayé se met totalement au service de son récit ; c’est un réalisateur efficace qui sait faire du cinéma populaire – dans le plus noble sens du terme. Sa version des "Misérables", qui sait alterner scènes intimistes et séquences spectaculaires, dure trois heures, et on ne s’ennuie pas une minute. C’est toujours très bon signe.

Le Corset

La France dans les années 80, une ferme au cœur de la Beauce. Christophe, un jeune adolescent, a des problèmes d’équilibre. Verdict après une visite médicale : il doit porter un corset pour redresser toute sa colonne vertébrale. Ignoré par son père, pour qui il n’est bon qu’à provoquer des catastrophes, marginalisé par ses camarades de classe, Christophe va se trouver comme il peut des échappatoires ; il découvre la musique avec l’organiste de l’église du village, et une complicité inattendue lors des cours de natation avec la jeune Clara… Mais ces moments d’évasion suffiront-ils à lui faire supporter ce maudit corset ?

"Le corset" est un film d’animation – disons plutôt "dessin animé" puisqu’il est ici question de dessins au trait et de décors à l’aquarelle et pas d’images de synthèse – charrie énormément de thèmes : les rapports père/fils, l’isolement créé par le handicap, les angoisses d’une famille d’agriculteurs, les premiers émois amoureux, l’ouverture au monde par la musique… Le réalisateur Louis Clichy (à qui l’on devait une excellente adaptation du "Domaine des Dieux" d’Astérix avec Alexandre Astier) orchestre tout cela avec sensibilité et délicatesse. Le biais du cinéma d’animation lui permet de créer une distance romanesque face à un récit clairement d’inspiration autobiographique. Résultat, c’est une réussite.

Franz K.

Franz Kafka. Un nom de famille qui a donné naissance à un adjectif, "kafkaïen", pour dépeindre le plus souvent une situation absurde, générée par une bureaucratie inhumaine. Kafka, juif tchèque de langue allemande né à Prague, est sans conteste un des écrivains les plus importants du XXe siècle, dont la plupart des romans majeurs seront publiés post mortem par son ami et exécuteur testamentaire Max Brod.

Le biopic d’un artiste est un genre cinématographique épineux, encore plus quand il s’agit d’un écrivain : comment exprimer en images le génie imaginatif d’un homme qui fait naître un univers sous sa plume ? La cinéaste polonaise Agnieszka Holland s’en sort avec les honneurs et évite le piège d’un film sagement chronologique et, à travers une narration éclatée, mêle moments de vie et fantasmes de l’auteur de "La métamorphose" : ses rapports houleux avec son père, commerçant autoritaire qui ne comprend rien aux ambitions littéraires de son fils, ses relations complexes avec les femmes… Le film est en outre servi par l’interprétation habitée d’Idan Weiss, dont le physique fiévreux et anguleux rappelle bien celui de son modèle.

L’espèce explosive

Orsini, gendarme corse dégradé suite à un écart de conduite, dépressif depuis le départ de sa femme, est muté dans un village du Nord-Est, où chasseurs de sangliers et agriculteurs en colère se livrent une lutte sans merci. Lutte qui fait des victimes, et Orsini, qui n’a pas perdu tous ses vieux réflexes, veut mener son enquête. Il va décrocher l’aide inattendue d’une psy, elle aussi étrangère au village et déconsidérée par les gendarmes locaux…

Ces dernières années, le cinéma français semble découvrir le genre du "polar décalé", où l’intrigue n’est que le prétexte à créer une galerie de personnages pittoresques entraînés dans des situations tragicomiques. Citons dans le genre "Un ours dans le Jura" de Franck Dubosc ou encore "Poupoupidou" et sa déclinaison en série dans "Polar Park" avec Jean-Paul Rouve… Le fantôme du génial "Fargo" plane sur ces réalisations. Seulement voilà, n’est pas les frères Coen qui veut, et la réalisatrice Sarah Arnold, qui signe avec "L’espèce explosive" son premier long-métrage, ne trouve jamais l’équilibre entre son intrigue voulue mystérieuse et les écarts voulus désopilants de ses personnages. Le résultat est tellement bancal qu’il en devient embarrassant, voire totalement exaspérant.

Le dernier pour la route (Andiamo a bere l’ultima)

Dans la région de Venise, Carlobianco et Doriano, deux quinquagénaires, anciens ouvriers au chômage, ont perdu leur boulot à l’usine mais aussi leurs petites combines pour chaparder des lunettes "tombées du camion". Fauchés, ils passent leur temps à errer de bar en bar, jusque tard dans la nuit. Un soir, ils tombent sur Giulio, un timide étudiant en architecture. Bien décidés à lui faire connaître "la vraie vie", les deux potes l’emmènent dans leur périple de beuverie, toujours à chercher à siffler "le dernier pour la route".

Les alcooliques au cinéma pourraient remplir une anthologie à eux seuls. Tantôt pittoresques (Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans "Un singe en hiver"), tantôt pathétiques (Nicolas Cage dans "Leaving Las Vegas"), parfois interpellants (Mads Mikkelsen dans "Drunk")… Toute la gamme existe. Les deux personnages du film de Francesco Sossai pourraient s’ajouter à cette liste – mais cela n’en vaut pas vraiment la peine : Carlobianco et Doriano, médiocres de bout en bout, ne suscitent pas la moindre empathie. Ni drôle ni émouvant, leur périple est tout juste glauque. On n’a aucune envie de les suivre…

Coyote vs Acme

Souvenez-vous : dans les dessins animés des Looney Tunes, il y avait Bugs Bunny, Daffy Duck, Elmer le chasseur, Porky Pig… Et Bip-Bip et le Coyote. Dans le désert, le Coyote essayait par tous les moyens de capturer l’oiseau, mais cela finissait toujours par une explosion, une enclume sur la tête, etc. Et tous les instruments utilisés portaient cette mystérieuse inscription : ACME.

Dans ce long-métrage signé Dave Green, le Coyote en a marre. Il débarque dans le monde réel, à Albuquerque, au cabinet de Kevin Avery, un avocat sans envergure. Son projet ? Intenter un procès à la firme ACME, qui fabrique ces ustensiles défectueux, sources de tous ses déboires avec Bip-Bip. Avery est perplexe : ACME est une entreprise puissante, comment s’attaquer à elle ?

A la manière de "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?", "Coyote vs Acme", initié par James Gunn ("Les Gardiens de la Galaxie"), mélange personnages de cartoons et acteurs en chair et en os, pour les emmener dans un scénario délirant et hautement référentiel. Le studio Warner, sceptique, a voulu enterrer le film ; mal leur en a pris : récupéré par un distributeur indépendant, le long-métrage a fait un carton aux USA. Et heureusement pour les fans des Looney Tunes, il arrive aussi sur les écrans chez nous…

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