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Tuesday, October 27, 2026

«Champ libre», le documentaire immersif et flexible

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À première vue, tout semble éloigner Urbania, nouveau média branché sur le public jeune, et la chaîne pédagogique Savoir média, présente à la télévision depuis les débuts du câble. À l’ère du numérique, ils sont maintenant des alliés objectifs travaillant en collaboration sur Champ libre, série documentaire en six épisodes qui déclinent, sur une trentaine de minutes, des reportages en format vidéo verticale que le magazine produit hebdomadairement sous le nom de Micromag. Tout ça dans l’espoir d’accroître la visibilité respective des deux médias, dit Hugo Meunier, journaliste et animateur de la série.

Dans le premier épisode, intitulé « Géniteur recherché », la journaliste Florence La Rochelle « explore les dons de sperme artisanaux », univers plein de zones d’ombre (ou louches ?). Dans l’épisode suivant, Gabrielle Tremblay-Baillargeon s’astreint à un mois de « régimes » tendance du courant du wellness diffusés sur la plateforme TikTok. Une autre se lance le défi de « devenir une athlète de l’ultra-trail » — 55 km de course en forêt — en seulement cinq mois. Vanessa Destiné s’intéresse au fétichisme en ligne (« Vendre ses pieds sur Internet »), un journaliste tente l’expérience de vivre sans Internet pendant un mois, et Meunier lui-même se met dans la peau d’un travailleur agricole.

Depuis qu’Urbania, comme les autres médias canadiens, est banni des plateformes Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp, Trends), avance Hugo Meunier, « ce qui fonctionne le mieux pour nous, ce sont les reportages immersifs », comme l’expérience de Florence La Rochelle consistant à vivre un mois dans les conditions d’une personne bénéficiaire de l’aide sociale ou lorsque l’animateur a vécu l’expérience des haltes-chaleur. « Chaque fois qu’on fait ce genre de reportage où on se met dans les bottines de quelqu’un, ça marche. C’est aussi ça, l’idée à l’origine de Champ libre, l’immersion — et cette patinoire-là est assez libre puisque peu d’autres médias en font, notamment parce que ça demande des sacrifices » de la part des journalistes.

Le format documentaire de Champ libre est certes assez classique, reconnaît Meunier, « mais les sujets, se dit-on, le sont beaucoup moins », ce qui intéresse Savoir média. En septembre 2025, neuf mois après le jugement rendu en faveur de Gisèle Pelicot dans le procès historique l’opposant à son ex-mari, Hugo Meunier eut un bon, mais terrible, flash : une telle affaire pourrait-elle se produire au Québec ? Malheureusement oui, découvre-t-il dans son enquête nommée « 100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie », diffusée en format Micromag sur la plateforme d’Urbania et sur YouTube.

Savoir média y a vu une occasion : pourquoi ne pas en tirer un documentaire destiné à être télédiffusé ? « Ça a fonctionné, rappelle Hugo Meunier. À partir de là, on a commencé à discuter d’un partenariat » entre Urbania et Savoir média dans lequel chacun des deux trouverait son compte. « Nous avons besoin de davantage de visibilité en cette ère où les médias sont bloqués chez Meta, et c’est vraiment le nerf de la guerre pour nous. De son côté, Savoir média cherche du contenu. »

« Et pour nous, poursuit l’animateur, c’est une manière de donner une seconde vie à nos topos, mais en version bonifiée. » Ainsi, les sujets des six épisodes de la série Champ libre ont d’abord été présentés en format court (autour d’une dizaine de minutes, selon le sujet) dans Micromag. Les images sont recyclées dans la version documentaire d’une petite trentaine de minutes et présentées en deux parties, entrecoupées de discussions entre le journaliste à l’origine du reportage, des experts de la question traitée et l’animateur Hugo Meunier.

En transformant Micromag en série télévisée, l’équipe d’Urbania brouille les frontières entre le reportage d’information et le documentaire, un genre qui semble avoir le vent en poupe ces temps-ci, à en juger par l’engouement autour des parutions de You Can See Everything, du réalisateur canadien Nathan Fielder et de son collègue américain Lance Oppenheim, et du documentaire britannique NAZA, des réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor.

« Je constate qu’on essaie de plus en plus de traiter d’actualité avec un pas de côté, dit Hugo Meunier. Aujourd’hui, beaucoup de monde fait dans les reportages traditionnels, lesquels sont ensuite commentés sur les réseaux sociaux. On se demande alors ce qu’on peut apporter de plus à l’information ; on choisit donc des sujets qui font l’actualité, qu’on traite à notre sauce et qu’on peut sortir vite », une démarche qui s’apparente à la nouvelle série Instadocs, présentée sur Netflix depuis le printemps dernier, qui saute aussi sur des sujets d’actualité.

« Chez nous, on se donne le droit de produire ces documentaires rapidement, forcément parce qu’on n’a ni les moyens ni les ressources pour passer des mois à travailler sur une histoire, ajoute Hugo Meunier. On le voit comme une de nos forces que de pouvoir sortir un Micromag par semaine — notre pipeline à histoires est toujours plein ! »

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