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Wednesday, September 9, 2026

Budget de l’enseignement (3/3) : nos performances sont-elles à la hauteur de notre financement ?

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Insatisfaisant. Mauvais élève. Les notes en rouge s’alignent sur le bulletin de l’enseignement francophone. Il reçoit beaucoup d’argent, mais ses résultats ne sont pas à la hauteur de ses moyens. On l’a vu dans le premier volet de ce focus sur le budget de l’enseignement : la Fédération Wallonie-Bruxelles fait effectivement partie des pays/entités qui dépensent le plus dans leur enseignement. Quant à ses performances, elles sont plutôt celles d’un élève moyen, voire un peu faible, si l’on en croit les enquêtes internationales. "Peut mieux faire"?

C’est en primaire que notre niveau est le plus faible. Le graphique ci-dessous parle de lui-même : la Fédération Wallonie-Bruxelles est dernière ou avant-dernière dans tous les domaines.

"Les exigences des tests internationaux sont clairement mieux maîtrisées dans les autres pays, en quatrième primaire (année des tests PIRLS et TIMSS, ndlr), déplore Ariane Baye, docteure en sciences de l’éducation à l’ULiège. En lecture, par exemple, être capable de lire un texte assez long et de répondre à des questions à son propos, ça pose des difficultés chez nous comparativement aux autres pays, c’est indéniable."

La moyenne ou juste en dessous

Aux tests PISA, qui évaluent les élèves de 15 ans, et dont la dernière version (2025) vient de sortir, les Belges francophones performent un peu mieux. En mathématiques, en sciences, et en lecture, les trois domaines testés, on colle à la moyenne internationale.

En sciences, on se maintient alors que les résultats des autres pays chutent. Ce qui fait qu’on est remonté dans le classement : avant, on était en dessous de la moyenne OCDE, désormais on l’atteint, avec des résultats presque identiques à ceux de l’Allemagne, des Pays-Bas, ou de la France, même s’ils ont quelques points de plus. En math et en lecture, nos résultats ont baissé, mais moins que ceux des autres.

"Pour vous donner une idée, on considère qu’une différence n’est importante qu’à partir de 20 points, et une différence de 35 points est considérée comme un retard d’une année scolaire. Donc la différence avec nos voisins du Nord, qui est de 20-25 points, est importante." Il n’y a donc plus guère qu’en mathématiques qu’on observe une différence réellement significative avec un de nos voisins : les Flamands ont 22 points de plus.

Pour résumer, quel que soit le niveau ou la matière, soit on colle globalement à la moyenne internationale, soit on est un peu en dessous, particulièrement en lecture en 4e primaire. Peut mieux faire donc ? Sans doute, même si les écarts en secondaire avec nos voisins se réduisent, qu’ils soient mieux financés (comme la Flandre), un peu moins bien financés (comme la France) ou financés de manière comparable (Allemagne et Pays-Bas). Globalement, c’est leur niveau qui baisse, et pas le nôtre qui monte.

L’impact du redoublement

S’arrêter à ces chiffres ne permet pas de comprendre pourquoi nous ne performons pas mieux. Et encore, d’abord faut-il les nuancer. En effet, le redoublement vient encore une fois peser dans la balance. L’enquête PISA concerne les élèves de 15 ans, et non ceux d’une année scolaire déterminée. Or, en Belgique, 35% des élèves de 15 ans ont doublé et sont donc en 3e, 2e, voire 1re année au lieu d’être en 4e. Dans les autres pays industrialisés, en moyenne seuls 8% des élèves accusent un retard.

"Fatalement, ces élèves, qui n’ont pas encore abordé les nouveaux contenus de 4e, pèsent sur la moyenne, explique Ariane Baye (ULiège). Si on ne prenait que les élèves de 4e secondaire de l’enseignement général, on serait parmi les pays les plus performants de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique, ndlr)." "La difficulté, c’est que les autres pays arrivent à faire ça avec 95% de leurs élèves, et nous, on n’arrive à amener que 60% de nos élèves à ce niveau-là".

Ensuite, précise encore la professeure, "il faut aussi voir avec qui le système éducatif travaille. On fait partie des systèmes éducatifs où la population est davantage défavorisée socioculturellement".

Une population plutôt défavorisée… Et hétérogène

Le graphique suivant présente le statut économique, social et culturel moyen des élèves de 15 ans, il tient compte du niveau d’éducation et de profession des parents, ainsi que des biens matériels et culturels présents dans les foyers. Les pays sont classés par ordre croissant d’aisance socio-économique et culturelle.

On peut y observer la situation socioéconomique plus favorable des pays nordiques et anglo-saxons, ainsi que des Communautés flamande et germanophone, par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE. À l’inverse, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la France et l’Allemagne, connaissent une situation moins favorable.

"On fait partie de ces systèmes éducatifs où la population d’élèves de 15 ans est davantage défavorisée socioculturellement. C’est important d’en tenir compte parce que nos performances ne sont peut-être pas à la hauteur de ce qu’on pourrait envisager, mais c’est lié au public défavorisé avec lequel travaillent parfois les enseignants." Ariane Baye fait d’ailleurs remarquer qu’aucun des pays ou entités qui se retrouvent ici en dessous de la moyenne OCDE, ne se trouve dans le haut des classements PISA (si ce n’est la Pologne qui s’en sort bien).

Rappelons que les élèves les moins favorisés sur le plan socioéconomique obtiennent, en moyenne, de moins bons résultats, redoublent plus fréquemment et, lorsque le système éducatif dans lequel ils sont scolarisés propose une structure différenciée, sont davantage susceptibles d’être orientés vers les filières les moins prestigieuses.

Le système éducatif de la FW-B est par ailleurs très hétérogène, avec d’un côté des écoles élitistes qui s’adressent à un public privilégié et, de l’autre, des écoles, parfois qualifiées "d’écoles poubelles", où se retrouve un public plus précaire. "Cette hétérogénéité entre écoles explique aussi la difficulté particulière, dans certains contextes éducatifs, à obtenir des résultats."

Cette hétérogénéité se retrouve d’ailleurs dans les résultats, avec un écart qui reste important entre le quart d’élèves les plus favorisés et le quart d’élèves les plus défavorisés, même si les résultats PISA 2025 montrent une amélioration sur ce plan.

Des problèmes de discipline

Valérie Quittre, professeure au Service d’analyse des Systèmes et des Pratiques d’enseignement de la faculté des sciences de l’éducation de l’Uliège, attire l’attention sur un autre indicateur important pour qualifier le contexte de travail des enseignants en Belgique francophone : la discipline. "Les déclarations des enseignants et celles des élèves soulignent un climat d’apprentissage difficile et des problèmes de discipline qui réduisent fortement le temps consacré à l’apprentissage." Ce climat s’est détérioré ces dernières années, au point que la FW-B se retrouve parmi les pays/entités les moins bien lotis à ce niveau.

Voilà pour les mises en perspectives, bien nécessaires. Quant à savoir si notre enseignement est surfinancé au regard de ses résultats ? Dans son rapport, le FMI (Fonds monétaire international) dit oui, pour la Belgique. Il estime qu’il y a de la marge soit pour réduire les dépenses publiques sans diminuer les performances, soit pour améliorer les performances, si l’on ne touche pas aux dépenses. Sans doute faudrait-il faire l’exercice complet spécifiquement pour la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les experts mandatés par le gouvernement de la FW-B ont en tout cas mis l’accent sur la nécessité de faire des économies. La question est de savoir où les faire. Pour Magali Verdonck, docteure en économie, chercheuse spécialisée en finances publiques et en évaluation des politiques publiques à l’ULB (Dulbea), le manque de chiffres, d’études solides sur toutes ces questions en FW-B est flagrant. "Si on ne mesure pas tout ça, on ne sait pas d’où viennent les problèmes, alors tout le monde peut dire n’importe quoi." "Meten is weten", conclut-elle. "Mesurer, c’est savoir".

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