Chants Libres lance un festival
Ce lundi soir, la compagnie Chants Libres donne le coup d’envoi d’Oper’Actuel, une semaine entièrement consacrée à la création contemporaine. Sa directrice artistique, la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau, transforme ainsi un concert thématique récurrent en festival biennal.
L’événement, qui se tient du 21 au 26 septembre, se veut un « lieu de réflexion, d’expérimentation et de développement pour les artistes comme pour le public », nous dit le communiqué de Chants Libres. Fondée en 1990 par Pauline Vaillancourt et reprise en 2022 par Mme Béliveau, la compagnie montréalaise est reconnue pour son exploration de nouvelles formes d’expression lyrique. L’une des quêtes premières de sa directrice est d’ailleurs de faire dialoguer les disciplines et d’y intégrer les nouvelles technologies.
Creuset
« L’idée d’Oper’Actuel m’est venue lorsque je fréquentais des festivals comme le festival Prototype, à New York, le festival O., à Rotterdam, ou les Musiktheatertage, à Vienne, explique Marie-Annick Béliveau. La formule festivalière permet de regrouper, de façon très concentrée, des créateurs d’horizons différents, une communauté d’artistes et de concepteurs aux profils très variés. »
L’autre avantage est de réunir des créateurs des scènes locale et internationale devant public, comme ce sera le cas lors du spectacle de clôture, Carte blanche à Sarah Albu avec l’Ensemble Paramirabo, sous la direction musicale de Stephen Mulligan, trois représentations chères au cœur de la directrice artistique : « Le public fait partie de l’équation ; il fait partie presque de l’équipe de création. On a vraiment besoin d’avoir l’œil du public pour être capable de prendre la mesure du travail qu’on fait. »
La directrice se réjouit aussi d’accueillir un chef invité : « Stephen Mulligan est un chef et compositeur qui dirige beaucoup d’opéra traditionnel, Puccini et tout ça. Ce qui est passionnant dans le fait de travailler avec une figure de l’extérieur, c’est que ce chef arrive ici et ne connaît personne : ni les compositeurs, ni les musiciens, ni les chanteurs. Vous savez, c’est bien de faire de la musique contemporaine à Montréal, parce qu’on est une belle grande famille où tout le monde se connaît. Mais avoir un œil et une oreille extérieurs, quelqu’un qui arrive et nous découvre, ça va être très intéressant. »
Diffusion
À imaginer ce bouillonnement — qui comprendra ce lundi une prestation de la soprano Kripa Nageshwar et d’Hamsa Créations Lyriques (Akasha. Le souffle de l’univers, création mondiale d’un opéra-danse interculturel) et se poursuivra mardi avec Come Closer, de Ryan Trew, sur un livret de Rachel Krehm, proposé par le collectif torontois Opera 5 —, on se dit que la compagnie Chants Libres pourrait devenir le carrefour incontournable de la discipline au Québec. Pourquoi, dès lors, des événements comme la création des opéras de la tétralogie de Tim Brady ne s’inscrivent-ils pas dans ses activités ?
« Nous avons un criant besoin d’un diffuseur qui serait capable justement de prendre en charge la présentation, le développement du public ; de tout ce qui se fait en création lyrique, que ce soit Tim Brady, Opéra de Montréal, Chants Libres, Ballet-Opéra-Pantomime et plusieurs autres. Ce qui se fait ici, et qui pourrait aussi présenter évidemment ce qui se fait ailleurs », explique Marie-Annick Béliveau.
« Mais ça ne peut pas être le mandat de Chants Libres, poursuit-elle, parce que Chants Libres n’est pas un diffuseur. Chants Libres est un producteur. D’ailleurs, je vous dirais qu’il faut qu’on fasse des acrobaties en regard de notre mission et de notre financement pour pouvoir présenter un festival, parce qu’en fait, normalement, un festival, c’est une structure de diffusion et non pas de production. »
« Est-ce qu’un lieu et un organisme comme l’Agora de la danse pourraient exister pour la création lyrique ? » se demande Mme Béliveau. « Ça serait le rêve, parce qu’en ce moment, les compagnies comme Chants Libres ou comme Ballet-Opéra-Pantomime et tout ça, nous sommes voués, condamnés, à l’autodiffusion. Ce qui veut dire que sur nos petits budgets et avec nos petites équipes réduites, nous devons faire à la fois de la création, de la production et de la diffusion. Non seulement tout cela consomme énormément de ressources, mais en plus, cela demande des compétences. Si je me reconnais bien modestement quelques compétences en création, et qu’en production le métier commence à rentrer, la diffusion, c’est un métier, et ce métier-là n’est pas le mien. Ça nous prendrait vraiment un diffuseur, comme ils en ont au théâtre, comme ils en ont en danse contemporaine. Ce diffuseur-là pourrait avoir pour mission de présenter de la création lyrique. Ce serait vraiment la structure idéale. »
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