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Friday, September 18, 2026

À quoi servent les élections organisées ce week-end en Russie?

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Pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine, des élections législatives se tiennent en Russie. Le vote, organisé de vendredi à dimanche, permettra d’élire les 450 députés de la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Ces élections se tiennent également dans les quatre régions ukrainiennes que la Russie occupe illégalement (en totalité ou en partie) et qu’elle a annexées en violation du droit international en 2022. Le Devoir fait le point.

À quoi servent ces élections, dont on connaît déjà l’issue ?

Dans un régime autoritaire comme celui de Vladimir Poutine en Russie, l’objectif des élections n’est pas de choisir démocratiquement les élus. « Les élections sont une sorte de test, qui mobilise les élites locales qui doivent prouver, par la falsification des élections, leur loyauté envers le centre », explique Vera Grantseva, professeure à Sciences Po Paris.

Les élections permettent de confirmer la solidité du régime. On sait déjà que le parti Russie unie remportera ce vote avec une majorité écrasante, bien qu’il soit possible que l’appui populaire à la formation de Poutine décline légèrement. « Les élites essaient de ne pas être trop en décalage et de capter quand même les humeurs de la population », poursuit la professeure, qui était auparavant affiliée à l’École supérieure d’économie de Saint-Pétersbourg.

Même les partis d’opposition, autorisés à présenter des candidats, font partie du système et sont approuvés par le Kremlin. Ces élections sont donc avant tout un exercice performatif, ajoute Maria Popova, experte de la Russie à l’Université McGill. « Elles n’influenceront pas l’avenir du développement politique de la Russie. Elles s’inscrivent plutôt dans la tradition des élections soviétiques : une occasion pour le régime de mettre en avant sa force et son pouvoir omniprésent. »

Pourquoi ces élections se tiennent-elles aussi dans les territoires occupés ?

À l’automne 2022, la Russie a annexé les régions ukrainiennes de Donetsk, de Louhansk, de Zaporijjia et de Kherson. Seule la région de Louhansk est presque entièrement contrôlée par les forces russes. Les trois autres régions n’ont pas été totalement conquises militairement par la Russie. Ces annexions contreviennent au droit international et ont été fortement condamnées par la communauté internationale.

Le vote se tiendra aussi en Crimée, une péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014. « L’idée du Kremlin, c’est de montrer sa souveraineté totale et complète sur ces territoires », souligne Vera Grantseva. Pour Maria Popova, c’est aussi « sa façon de dire : “C’est la Russie désormais.” Partout où un soldat russe pose le pied, ça devient la Russie. C’est le principe de conquête impérialiste ».

Le Kremlin cherche du même coup à démontrer qu’il y a un soi-disant processus démocratique en marche dans ces territoires, croit Mme Grantseva. « Pour la rhétorique et pour l’image qu’il essaie de créer, c’est important aussi de montrer que, dans les territoires occupés, il y a des élections, par comparaison à l’Ukraine, où il n’y a pas d’élections. » En raison de la loi martiale, les élections présidentielles et législatives en Ukraine ont été suspendues depuis le début de la guerre.

Mais il s’agit bien là d’une mascarade, insiste Maria Popova, puisque le vote pour les élections russes ne sera pas libre dans ces régions. « Ces personnes vont littéralement voter sous la menace des armes. La répression dans ces territoires est sévère. Et les élections seront une nouvelle occasion de harceler la population et de la forcer à participer à cet exercice totalement dénué de sens. »

Est-ce que la guerre en Ukraine est au cœur de la campagne ?

Pour Vera Grantseva, c’est à la fois « la toile de fond de cette élection et l’éléphant dans la pièce », puisque le sujet est partout et nulle part à la fois. « Le régime ne veut pas de discussion ouverte sur cette question », souligne Maria Popova. Avant tout, parce que la guerre ne se déroule pas comme prévu. « Ils n’ont aucun succès majeur à présenter à la population. »

La victoire rapide sur le champ de bataille promise par Poutine ne s’est pas concrétisée. Pas plus que celle qu’il croyait obtenir par la médiation de Donald Trump. Plus de quatre ans après le début de l’invasion de l’Ukraine, la guerre s’est immiscée dans le quotidien des Russes. Les attaques ukrainiennes sont de plus en plus profondes en territoire russe, des centaines de milliers de soldats sont morts au front, le prix de l’essence augmente, etc.

« Dans la société russe, la guerre est devenue un enjeu très préoccupant. Néanmoins, si vous allez voir les programmes électoraux des partis, les débats à la télé, vous verrez que le sujet de la guerre est absent », souligne la professeure Vera Grantseva. La Cour suprême russe a d’ailleurs interdit au parti d’opposition Iabloko, ouvertement antiguerre, de participer aux élections législatives.

« Il n’existe aucun mécanisme permettant d’introduire cette question dans la campagne électorale, parce que toutes les forces politiques qui se présentent et participent à cette campagne sont loyales, filtrées, et font partie de la coalition au pouvoir », relève Maria Popova.

Quels sont les autres enjeux de cette campagne ?

Quelques sujets connexes à la guerre en Ukraine retiennent l’attention. C’est notamment le cas des coupures d’Internet, orchestrées par le gouvernement pour court-circuiter les attaques de drones ukrainiens. « Il y a des discussions autour des moyens pour réduire ces perturbations », note Maria Popova. Des discussions touchant au soutien offert aux vétérans et à la vitalité de l’économie ont aussi lieu, mais on y évite de parler directement de la guerre.

Le filet social pour les familles et les personnes âgées reçoit aussi de l’attention. Mais, au bout du compte, ces débats sont complètement vidés de leur sens, pointe Vera Grantseva. « Il y a beaucoup de Russes qui, depuis plusieurs années, voire des décennies, ne suivent plus la politique. Ils ne regardent pas les débats, ils ne lisent pas les programmes politiques. La politique en Russie, elle est morte, elle n’existe pas », résume-t-elle.

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