« Ce que j’ai vu dépasse l’entendement » : la visite de Georges-Louis Bouchez dans le quartier Nord provoque des tensions

Le 14 septembre, Emir Kir a reçu la visite de Georges-Louis Bouchez à l’occasion d’une rencontre citoyenne organisée par les jeunes MR dans le quartier Nord, à Saint-Josse. Les deux hommes ont parcouru ensemble les rues du quarter, en compagnie du ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) et de la secrétaire d’Etat bruxelloise Audrey Henry (MR). Une visite qui n’a pas manqué de faire réagir, certains y voyant une opération de récupération politique du président libéral.
« Ce que j’ai vu dépasse l’entendement. Des gens qui se droguent au crack en rue, qui défèquent, du trafic d’êtres humains dans le cadre de la prostitution, des habitants qui ont peur et n’osent plus sortir de chez eux », a rapporté Georges-Louis Bouchez sur ses réseaux sociaux.
Le président du MR pointe notamment du doigt un « laxisme » face à l’immigration illégale, qu’il présente comme l’une des causes de cette criminalité.


La migration illégale au cœur des tensions
Des propos également tenus par Martin de Brabant dans une interview accordée à La Libre ce lundi. Le bourgmestre y désigne la gestion de la migration illégale comme l’une des principales sources d’insécurité dans le quartier Nord. « Le problème dans le quartier Nord, c’est la migration illégale », déclarait-il dans cette interview.
Ces déclarations ont provoqué des tensions au sein de la majorité schaerbeekoise, composée du MR, PS, Ecolo-Groen, Engagés et de DéFI.
« C’est un raccourci très particulier »
Du côté d’Ecolo, l’échevin Vincent Vanhalewyn se montre critique. « La tonalité du message du bourgmestre est un peu choquante, non pas sur le constat : on partage complètement la situation d’un point de vue sécurité, propreté et santé publique, qui est inacceptable. Mais sur ce qui est proposé pour résoudre les problèmes dans le quartier Nord, c’est un raccourci très particulier », souligne-t-il.
Le député Hasan Koyuncu (PS), futur bourgmestre de Schaerbeek, partage également cette analyse : « Dire que c’est à cause des migrants, c’est passer à côté des vrais problèmes », assure-t-il.
Tous deux mettent en avant une autre cause aux difficultés rencontrées dans le quartier : l’échec de la politique migratoire menée au niveau fédéral. « Les ministres qui se sont succédé ces 15 dernières années sont responsables de l’insécurité. Ils n’ont jamais renforcé la police et la justice », estime Hasan Koyuncu.


Une norme KUL jugée obsolète
Selon le député, l’un des principaux problèmes réside dans le sous-effectif policier. Il estime notamment que la norme KUL, utilisée pour déterminer la capacité policière théorique de chaque commune et répartir une partie du financement fédéral des zones de police, doit être revue. Élaborée au début des années 1990, celle-ci « ne correspond plus à la réalité démographique et sécuritaire de notre Région », défend-il.
Pour répondre à ce manque d’effectifs, Hasan Koyuncu réclame aujourd’hui 80 millions d’euros supplémentaires, ce qui permettrait, selon lui, de financer 800 équivalents temps plein. « Mettez 100 policiers en plus dans le quartier Nord, vous verrez qu’il n’y aura plus rien », assure-t-il.


Davantage de moyens réclamés
Il évoque également les 1.000 places d’hébergement supprimées depuis le 1er septembre. « Ce sont des personnes laissées dans la rue qui vont tomber dans la délinquance ou dans des réseaux criminels », estime-t-il.
Pour Hasan Koyuncu, la réponse passe par un renforcement des moyens, notamment en misant sur davantage de policiers de proximité, mais aussi sur l’installation de caméras de surveillance « pour traquer ces personnes qui sont dans la criminalité dans nos quartiers ».
Le couvre-feu finalement pas prolongé
Cette visite intervient alors que le dispositif de sécurité instauré dans le quartier Nord arrive à son terme. Un rapport de police présenté ce lundi dresse un bilan mitigé du plan mis en place depuis le 1er avril. Celui-ci imposait notamment la fermeture obligatoire des établissements entre 1 heure et 6 heures du matin.
Le dispositif concerne les abords de la gare du Nord, un secteur notamment connu pour ses établissements liés au travail du sexe, mais aussi pour des faits de criminalité ainsi que pour le trafic et la consommation de drogue.
Ce mardi, le bourgmestre de Schaerbeek Martin de Brabant a indiqué à Belga que la criminalité se concentre désormais principalement en journée. Le couvre-feu ne sera donc pas prolongé au-delà du 30 septembre.

Un changement de cap
Jusqu’à présent, les autorités évoquaient une baisse des violences et une amélioration du cadre de vie depuis la mise en place du dispositif. Un constat qui semble toutefois avoir évolué.
Les bourgmestres de Schaerbeek et de Saint-Josse s’étaient pourtant réunis, il y a un mois, afin de discuter « de leurs actions conjointes sur le hotspot Nord en matière de sécurité et de propreté publique ». À l’issue de cette rencontre, l’idée d’un règlement plus durable au-delà du 30 septembre avait notamment été avancée.
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