Pétrole : trois débouchés majeurs bloqués en même temps, les prix sous une pression maximale

Au sud de la péninsule arabique, enserré entre le Yémen, Djibouti et l'Érythrée, se trouve un étroit couloir maritime de 19 kilomètres à peine : le détroit de Bab-el-Mandeb. Ce passage relie la mer Rouge à l'océan Indien et constitue, depuis l'ouverture du canal de Suez en 1869, le principal raccourci maritime entre l'Europe et l'Asie. En temps normal, près de 20 000 navires y transitent chaque année, représentant presque 10 % du commerce mondial.
Mais depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023, les Houthis — des rebelles chiites yéménites armés, entraînés et financés par l'Iran — attaquent régulièrement les navires marchands occidentaux à coups de drones et de missiles. Face à la menace, les grandes compagnies maritimes ont fait un choix simple : éviter la zone. Elles font désormais le grand tour de l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Résultat : le trafic à Bab-el-Mandeb a chuté de moitié, les voyages s'allongent de 10 à 15 jours, et les coûts de fret ont bondi de 30 %.
L'Arabie saoudite prise en étau : Ormuz, Bab-el-Mandeb et l'oléoduc sabordé
L'Arabie saoudite est la cible la plus durement touchée. Premier exportateur mondial de brut, le royaume était déjà bloqué au nord par la fermeture du détroit d'Ormuz dans le golfe Persique. Pour contourner ce premier verrou, Riyad avait mis en place une solution de secours : l'oléoduc Est-Ouest, 1 200 kilomètres de tuyaux à travers le désert reliant les champs pétroliers de l'est du pays au port de Yanbu sur la mer Rouge. De là, les tankers pouvaient descendre vers le sud, franchir Bab-el-Mandeb et rejoindre l'Asie. Entre 4 et 7 millions de barils par jour empruntaient cette route.
Cette porte de sortie vient d'être fermée à son tour après une attaque de drones. Les autorités n'ont pas communiqué sur la nature des dommages, mais selon les experts, les réparations pourraient prendre plusieurs semaines — alors que les stocks à Yanbu ne tiennent que cinq à sept jours. La seule alternative qui reste à Riyad est absurde sur le plan logistique : remonter vers le canal de Suez, traverser la Méditerranée, longer toute la côte africaine, doubler le cap de Bonne-Espérance et remonter vers l'Asie. Soit 4 à 7 semaines de trajet supplémentaires, et autant de coûts en plus.
Un déficit de 15 à 17 millions de barils par jour : du jamais-vu
Le calcul est vertigineux. Le verrouillage d'Ormuz retire déjà près de 10 millions de barils par jour du marché mondial. La fermeture de Bab-el-Mandeb pour le pétrole saoudien en retire 5 à 7 millions supplémentaires. On arrive à un déficit quotidien de 15 à 17 millions de barils. La conjonction de ces trois blocages simultanés — Ormuz, Bab-el-Mandeb et l'oléoduc saoudien Est-Ouest — crée une situation sans précédent dans l'histoire de l'approvisionnement pétrolier mondial.
Les marchés ont réagi immédiatement. Le baril de Brent, qui se négociait autour de 70 dollars avant le début du conflit, dépasse désormais les 107 dollars. Certains analystes estiment que ce seuil n'est plus un plafond, mais un plancher. Derrière le pétrole, c'est le gaz, l'électricité et les anticipations d'inflation qui suivent. Européens, Asiatiques, Américains : tout le monde est touché au portefeuille, alors même que ces derniers ne dépendent plus du Moyen-Orient pour leur brut. Selon les experts, l'objectif serait de faire monter la pression jusqu'à 120, 130, voire 150 dollars le baril d'ici deux mois.
Le calcul iranien : un bras de fer pétrolier à deux mois des élections américaines
Derrière cette escalade, une stratégie se dessine clairement. Étranglée économiquement par les sanctions américaines, l'Iran a choisi de riposter — et le timing n'est pas anodin : on est à moins de deux mois des élections de mi-mandat aux États-Unis. En actionnant les Houthis comme levier de pression, Téhéran cherche à faire monter la douleur économique, progressivement et méthodiquement, pour contraindre Washington à venir négocier et à céder sur certaines de ses exigences.
Ce qui se joue dans ces détroits n'est donc pas seulement une crise d'approvisionnement énergétique. C'est aussi une bataille géopolitique dont les consommateurs européens, belges compris, risquent de payer la facture à la pompe et sur leurs factures d'énergie dans les semaines à venir.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.