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Thursday, October 15, 2026

Stratégie hivernale | Du sel égyptien sur les trottoirs de Montréal

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Le sel servant à déglacer les rues de Montréal proviendra désormais d’Égypte. C’est l’un des nombreux chambardements dans le plan de la métropole pour l’hiver prochain, a appris La Presse.

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L’entreprise Selto, de Victoriaville, a récemment remporté un contrat de 23 millions de dollars pour fournir près de 200 000 tonnes de sel de déglaçage à la municipalité. La mine Seleine, située aux Îles-de-la-Madeleine, demandait un prix plus élevé.

« C’est la première fois à Montréal. Notre entreprise existe seulement depuis 2023 », explique Alain Tourigny, PDG de Selto. Son sel arrive d’Afrique par vraquier.

Dans les dernières années, Montréal s’approvisionnait surtout auprès de la mine Seleine, mais aussi auprès des entreprises Compass Minerals et Cargill Sel. Celles-ci exploitent des mines au Canada et aux États-Unis.

« Montréal a octroyé ce contrat à la suite d’un processus d’appel d’offres public conforme aux règles applicables, a assuré un porte-parole de la Ville, Guillaume Rivest. La provenance du sel ne constituait pas un critère d’évaluation ou d’adjudication. Le fournisseur retenu s’est engagé à fournir un produit conforme aux exigences contractuelles. » Il a ajouté que les volumes offerts par les concurrents de Selto n’auraient de toutes façons pas été suffisants à eux seuls.

Le sel égyptien de Selto risque d’être au cœur de la stratégie de déglaçage de Montréal. En janvier dernier, la mairesse Soraya Martinez Ferrada avait d’ailleurs déjà laissé présager un changement de pratique en la matière.

« Je vais tout faire pour qu’on puisse utiliser du sel. Vous savez qu’on n’utilise quasiment plus de sel, on fait juste ce qu’on appelle de la garnotte, mais ça n’aide pas, ce n’est pas ça qui fait fondre la neige sur les trottoirs », avait-elle noté.

D’autres bouleversements

Ce n’est pas le seul chambardement dans le dispositif hivernal de la Ville. Plusieurs déneigeurs qui se voyaient confier des secteurs année après année ont été écartés dans le cadre d’un récent appel d’offres pour une quinzaine de secteurs de la Ville, totalisant 110 millions.

C’est notamment le cas de l’est de Lachine, que l’entreprise Pépinière & Paysagiste Marina déneigeait « depuis 24 ans », explique son copropriétaire Franco Menitti. Des citoyens du secteur étaient tellement habitués à sa présence qu’ils venaient directement dans les bureaux de l’entreprise pour commenter le travail ou demander un ajustement, raconte l’entrepreneur.

Avec la perte du contrat, « on a décidé qu’on ne ferait plus de déneigement municipal, dit M. Menitti. Ce chapitre-là est fini. »

C’est l’entreprise Écovrac 2024, un nouveau venu parmi les déneigeurs employés de la Ville, qui a gagné les deux contrats pour Lachine. Son propriétaire, Kevin Mainville, a toutefois autre chose que la neige à l’esprit ces jours-ci : la Cour d’appel du Québec vient de confirmer l’inscription de son entreprise d’excavation au Registre des entreprises non admissibles aux contrats publics.

Excavation National avait été la cible d’une enquête de l’Autorité des marchés publics (AMP) en raison de la présence dans son giron de Louis-Pierre Lafortune, un homme d’affaires condamné en 2017 pour un complot qui visait à recycler l’argent des Hells Angels dans l’industrie de la construction.

Joint par La Presse, Kevin Mainville certifie qu’il n’y avait aucun lien entre Excavation National et son entreprise de déneigement. Cette dernière a obtenu en bonne et due forme son autorisation de contracter avec l’État il y a quelques années et celle-ci n’a jamais été révoquée, souligne-t-il.

« Ce n’est pas la même entreprise », dit M. Mainville. Rien ne permettrait de remettre en question le contrat de déneigement obtenu par Écovrac 2024, avance-t-il. « J’ai eu ma rencontre de démarrage jeudi passé avec les gens de la Ville dans leur bureau à Lachine. »

Système à revoir

Parmi les autres petits séismes dans le monde du déneigement : l’entreprise Michaudville, historiquement chargée du déneigement du Plateau-Mont-Royal, n’a pas réussi à faire renouveler ses contrats. « Je fais du déneigement depuis 2012 et ça a toujours été Michaudville sur le Plateau », explique l’entrepreneur John Tooke, de l’entreprise Proquip. Un document de la Ville évoque le monopole de Michaudville sur le Plateau « depuis au moins 1996 ».

En réponse à nos questions, Guillaume Rivest, lui, affirme que la Ville de Montréal « a mis en place une stratégie de sollicitation agile ». Les changements de déneigeur constituent « une bonne nouvelle pour la Ville et démontrent que la stratégie fonctionne très bien », selon lui.

Cette année, c’est Proquip qui avait offert les meilleurs prix à la Ville de Montréal pour obtenir le déneigement dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. La Ville a toutefois jugé que l’offre demeurait trop élevée et a choisi de gérer un secteur à l’interne, avec de la machinerie louée à des entrepreneurs. Michaudville n’a pas voulu commenter cette décision.

L’administration Martinez Ferrada présentera ce jeudi une « stratégie hivernale » censée répondre aux attentes des Montréalais en matière de déneigement. Selon nos informations, elle devrait comprendre des changements en profondeur. Le responsable du déneigement, Luis Miranda, qui sera sur place, veut par exemple donner plus d’autonomie aux arrondissements pour qu’ils puissent charger la neige sans attendre l’aval de la ville-centre.

M. Tooke appréhende les effets négatifs d’une décentralisation à long terme. « Si le [pouvoir de décréter] des chargements est donné aux arrondissements, par exemple, ça peut causer des problèmes parce qu’on aurait une opération à une place, mais pas à l’autre. Ça créerait de la disparité. Il faut que les décisions restent au niveau central », estime-t-il.

Selon l’entrepreneur - qui a lancé une poursuite contre la Ville à ce sujet - c’est tout le système qu’il faut revoir. « Il faut que l’administration nous traite comme de réels partenaires, et pas comme des adversaires. Ce qu’on veut, c’est travailler avec la Ville ! Il faut plus de flexibilité, plus d’agilité de sa part », dit-il.

Les attentes sont grandes puisque l’an dernier, le déneigement avait suscité beaucoup de critiques envers la Ville en raison de retards dans le déblaiement et le salage des rues. À la suite de la bordée du 16 janvier, des autobus ont été coincés dans des côtes et plusieurs sorties de route sont survenues.

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