Ottawa suspend l’achat de 16 hélicoptères Black Hawk fabriqués aux États-Unis

Ottawa a interrompu le processus d’achat de 16 appareils Black Hawk américains qui devaient servir à moderniser la flotte d’hélicoptères utilisés par ses troupes d’élite, selon des informations obtenues par Radio-Canada et CBC.
Ces appareils sont fabriqués par Sikorsky, une filiale du géant militaire américain Lockheed Martin. C’est cette même compagnie qui fabrique les avions de chasse F-35 dont l’acquisition avait déjà été mise en veilleuse par le gouvernement fédéral.
La décision de suspendre ces projets d’achats militaires est liée aux tensions commerciales et diplomatiques avec l’administration républicaine à Washington, indiquent plusieurs sources au sein du gouvernement.
Depuis son retour au pouvoir en 2025, le président américain Donald Trump a remis en question la souveraineté du Canada et imposé des tarifs dans des secteurs clés comme l’acier, l’aluminium et l’automobile.
Alors que le Canada veut réduire sa dépendance militaire envers les États-Unis, le gouvernement a décidé que le moment n’était pas propice à l’achat sans appel d’offres d’hélicoptères américains pour ses forces d’opérations spéciales, affirment plusieurs sources.
La suspension du processus d’acquisition des Black Hawk a eu lieu cet été, avant que les négociations entourant un nouvel accord commercial entre le Canada et les États-Unis n’achoppent le 22 août, affirment deux sources.

Trois Black Hawk UH-60M sur une base militaire aux États-Unis, le même type d'appareil choisi pour les forces d’opérations spéciales au Canada.
Photo : Associated Press / Mark Schiefelbein
La pause dans le processus a été décrétée afin que le gouvernement puisse faire le point sur l’ensemble de ses activités d’acquisitions militaires à l’étranger, tant aux États-Unis que dans d'autres pays, indique-t-on à Ottawa.
Le coût des appareils Black Hawk posait aussi problème, alors que l’inflation, la valeur du dollar canadien et le coût des pièces de rechange auraient augmenté la facture totale pour le Canada.
Le gouvernement Carney a affirmé que sa priorité est d’augmenter la production industrielle dans le domaine de la défense au Canada, d'établir des partenariats avec des firmes étrangères installées au pays et, en dernier recours, d'acheter directement à l’étranger.
Selon l’analyste en questions de défense Justin Massie, le gouvernement doit gérer la perception liée à des achats militaires qui ont été mis en branle avant le début des tensions commerciales avec les États-Unis.
Ce qui change, ce n'est pas tant la stratégie que l'inconfort politique d'annoncer publiquement des achats d'équipements militaires américains.
Un choix pour 20 ou 30 ans
L’achat des Black Hawk aurait servi à remplacer la flotte de CH-146 Griffon, un type d’appareil moins puissant qui a été acheté dans les années 1990.
Les Forces armées doivent maintenant étudier d’autres options, même si les Black Hawk étaient perçus comme offrant la solution de rechange la plus rapide et à la fine pointe de la technologie. L’objectif est de fournir de nouveaux hélicoptères aux forces d’opérations spéciales, l’unité d’élite de combat des Forces armées canadiennes.

Un hélicoptère CH-146 Griffon de l'Aviation royale canadienne appartenant au 430e Escadron d'hélicoptères tactiques.
Photo : La Presse canadienne / Nick Iwanyshyn
Avec ses capacités de ravitaillement en vol, le Black Hawk est vu comme un appareil plus robuste que le Griffon et doté de meilleures capacités pour des opérations militaires dans de vastes territoires comme l’Arctique.
Denis Thompson, un major-général à la retraite et ancien commandant de forces d'opérations spéciales, croit que le gouvernement doit penser à long terme en procédant à des achats militaires.
M. Trump est là pour encore deux ans, mais après lui, on aura cet équipement pour 20 ou 30 ans, c’est ça qui est important.
La transaction pour les Black Hawk devait être conclue entre les gouvernements du Canada et des États-Unis sous le régime américain de ventes militaires à l’étranger.
Toutefois, le processus a été mis sur pause avant que le gouvernement américain n’envoie une notification officielle aux deux chambres du Congrès américain, confirme le gouvernement fédéral.
Le gouvernement du Canada continue d’évaluer les options permettant de répondre aux besoins des forces d’opérations spéciales
, explique Sofiya Sapeha, porte-parole du secrétaire d’État responsable de l’approvisionnement militaire, Stephen Fuhr.
Le Canada maintient ses contacts avec les partenaires concernés et continue d’examiner tous les renseignements nécessaires à la prise de décision
, ajoute-t-elle.
Une porte-parole de la firme Lockheed Martin a souligné la volonté de la firme de continuer à travailler avec les Forces armées canadiennes, sans pour autant commenter l’état du processus d’acquisition.
Nous sommes prêts à accompagner nos clients internationaux qui souhaitent acquérir, dans le cadre du programme de ventes militaires à l’étranger, l’hélicoptère UH-60M Black Hawk de dernière génération
, affirme Amanda Hauck.
D’autres dossiers au ralenti
Selon des sources gouvernementales et au sein de l’industrie de la défense, le gouvernement hésite à entériner d’autres achats militaires aux États-Unis, ou même à annoncer des contrats déjà signés avec des firmes américaines.
Par exemple, un récent contrat du ministère de la Défense pour des services spécialisés d’infonuagique avec la firme Google, basée en Californie, n’a pas encore fait l’objet d’une annonce. Ce contrat vise à entreposer et à protéger des informations classifiées en lien avec la sécurité nationale.
Un autre contrat pour un système d’entraînement des équipages de véhicules terrestres serait destiné à la firme américaine Raytheon, affirment des sources. Le gouvernement soutient que dans ce cas précis, le contrat n’a pas encore été attribué et qu’une annonce est prévue plus tard cet automne.

Une roquette de système M142 HIMARS est tirée lors d'une démonstration pour le président américain Donald Trump à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le mardi 10 juin 2025.
Photo : Associated Press / Alex Brandon
Plus tôt cette année, le gouvernement a attendu des mois avant de confirmer un contrat pour l’achat de systèmes de roquettes d'artillerie à haute mobilité M142 (HIMARS) auprès de la firme Lockheed Martin.
Des sources au sein du gouvernement canadien mentionnent avoir reçu une directive de refaire leurs devoirs avant de proposer des projets d’acquisition d’équipement américain, notamment en analysant l’offre de manufacturiers militaires en Europe ou en Asie.
Lors d’une entrevue récente avec le New York Times, le premier ministre Mark Carney a confirmé qu’il évalue encore l’idée d’acheter des avions de chasse Gripen, fabriqués par la firme suédoise Saab. Cette acquisition pourrait mener à une réduction dans la commande de 88 chasseurs F-35.

La députée libérale Sima Acan est assise dans le cockpit d'une réplique de l'avion de combat Gripen de Saab, lors du salon annuel de l'industrie de la défense CANSEC, à Ottawa, le jeudi 28 mai 2026.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Le responsable des acquisitions militaires au sein du gouvernement Carney, le secrétaire d’État Stephen Fuhr, a affirmé cet été que la population canadienne était réfractaire à l’idée d’accorder des contrats sans appel d’offres à des firmes américaines.
Il a ajouté que le Canada ne doit pas agir comme si la situation pouvait tout simplement revenir à la normale après le départ prévu du président actuel des États-Unis, Donald Trump, en janvier 2029.

Le secrétaire d'État Stephen Fuhr lors d'une annonce concernant une nouvelle loi visant à soutenir la production, l'approvisionnement et l'investissement dans le secteur de la défense, à Ottawa.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Nous sommes dans une situation que nous n'avons pas provoquée, a dit Stephen Fuhr au mois d'août. C'est à nous de chercher de nouvelles occasions et de pivoter aussi vite que possible pour être à la hauteur de ce défi et ne plus jamais nous trouver de nouveau dans cette même position.
Aux yeux de l’analyste Justin Massie, le gouvernement doit préparer l’opinion publique à ce que la transition vers de nouveaux fournisseurs prenne du temps.
La difficulté, c'est qu'on n'a pas préparé le changement qu'on opère aujourd'hui. On n'a pas investi dans le développement de capacités alternatives faites chez nous ou on n'a pas développé non plus de collaborations durables avec beaucoup d'entreprises non américaines
, dit l’expert en questions de défense.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.