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Thursday, October 1, 2026

Plein gaz (de schiste) en Pennsylvanie

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« Nous vivions en plein milieu d'un enfer de charbon, avec cinq centrales à vol d'oiseau, mais cela a changé, car la plupart de ces centrales ont fermé et la qualité de l'air s'est grandement améliorée », souligne Kurt Limbach, dans son véhicule, alors qu'il sillonne une route rurale de l'ouest de la Pennsylvanie.

Il fait partie de Concerned Residents of Western PA, un groupe de résidents qui s’inquiètent du regain d’enthousiasme des autorités politiques pour le gaz de schiste.

Sur ces routes sinueuses, on voit comment l'énergie a façonné le paysage. Ici, une forêt coupée à plusieurs reprises. Là, des collines portent les traces d'une ancienne mine de charbon.

L'herbe a repoussé sur les flancs d'une colline découpée en paliers.

Les vestiges d'une ancienne mine de charbon en périphérie d'Homer City.

Photo : Radio-Canada

C'est un paysage incroyablement beau, mais qui a un passé très industriel, observe M. Limbach, en pointant au loin la municipalité d'Homer City, qui abritait, il y a à peine quelques années, l'une des centrales au charbon les plus polluantes de l'est des États-Unis.

L'extraction d'énergie fossile dure depuis longtemps en Pennsylvanie. Ce qui est unique en Pennsylvanie, c'est que nous avons touché à toutes les couches d'énergie, explique Brian Black, professeur d'histoire de l'énergie à l'Université d’État de Pennsylvanie (Penn State).

Après le bois de coupe et le charbon de bois, la découverte d'anthracite – le charbon dur –, au XIXe siècle, a permis à l'État de vivre un essor industriel massif.

Une cabane de bois avec une grande cheminée.

Le Drake Well Museum and Park, sur les lieux de l'ancien puits, en montre une réplique.

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

Puis, en 1859, le premier forage d'un puits de pétrole à Titusville, dans l'ouest, a marqué un tournant. C'était le Klondike, on prend, et on part quand c'est fini, poursuit M. Black.

L'ouest de l'État a donc vu naître l'industrie pétrolière moderne. Les entreprises Pennzoil et Quaker State, par exemple, ont été fondées à Oil City. Le richissime John D. Rockefeller a aussi fait sa grande fortune en commercialisant le pétrole de la Pennsylvanie sans faire le dur travail de forage, raconte Brian Black.

L'ère de la fracturation hydraulique

Au début des années 2000, un nouveau Klondike s'est ouvert en Pennsylvanie.

Son sous-sol abrite une immense formation de schiste, le Marcellus. Le forage horizontal et la fracturation hydraulique permettent d'en exploiter le gaz à grande échelle. L'essor a été fulgurant : spéculation, achats de droits et débats environnementaux se sont multipliés.

Un peu plus loin, Kurt Limbach nous conduit vers le site d'un puits de gaz naturel foré il y a plus de 10 ans. Derrière une barrière, il y a une grande étendue de gravier, où il ne reste qu'un compresseur et deux réservoirs.

C'était une zone industrielle ici, et il y avait beaucoup de bruit et des produits chimiques. Mon ami vivait tout juste à côté, et il a dû partir tellement c'était invivable, relate M. Limbach. Là, il n'est pas en service, mais ils peuvent le réactiver à tout moment, s'inquiète-t-il.

La Pennsylvanie compte environ 12 000 puits de gaz de schiste comme celui-ci.

Un réservoir de gaz et un compresseur.

Un puits de gaz naturel aménagé il y a une dizaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

Vous vous souvenez peut-être de ces vidéos devenues virales autour de 2010 : une personne approche une flamme de son robinet résidentiel et le gaz mêlé à l’eau s’enflamme. Ces images ont marqué les esprits et alimenté les inquiétudes entourant le gaz de schiste.

Dans l’État voisin de New York, dont le sous-sol abrite aussi une partie du bassin de Marcellus, la fracturation hydraulique à grand volume a finalement été interdite en 2015. Au Québec aussi, l’exploration du gaz de schiste a suscité une vive contestation, menant à des audiences publiques et à une évaluation environnementale stratégique.

En Pennsylvanie, l’énergie est aussi une affaire politique. Dans cet État pivot, où démocrates et républicains se disputent chaque voix, les emplois et les factures d’électricité pèsent dans le débat.

Avec le slogan Drill, baby, drill (fore, chéri, fore), martelé durant la campagne présidentielle de 2024, Donald Trump a appelé à multiplier les forages pétroliers et gaziers. Mais l’appui au gaz dépasse les lignes partisanes.

Le gouverneur démocrate Josh Shapiro, qui brigue un nouveau mandat cette année, soutient lui aussi son développement, tout en faisant de la maîtrise des coûts de l’électricité une priorité. Il veut accélérer la production, mais aussi faire payer aux centres de données les nouvelles capacités nécessaires à leur alimentation, pour éviter que les ménages n’en assument la facture.

À lire et à regarder :

Une demande d'électricité sans cesse à la hausse

Comme ailleurs aux États-Unis, les centres de données se multiplient en Pennsylvanie, ce qui va accentuer la pression sur les réseaux électriques. Dans l'est de l'État, selon les estimations d'un fournisseur en électricité, la demande aux heures de pointe pourrait quintupler d'ici 2032.

Pour répondre à ces besoins, on prévoit notamment de relancer un réacteur de la centrale nucléaire de Three Mile Island, rendue célèbre en 1979 à cause d'un accident. Fermé en 2019 pour des raisons financières, le réacteur que l'on souhaite redémarrer avait été épargné par l'accident. Sa remise en service est prévue dans le cadre d'une entente avec Microsoft pour répondre aux besoins en électricité de ses centres de données.

Cette demande d’énergie favorise aussi l’industrie du gaz de schiste. À Homer City, à une heure à l’est de Pittsburgh, une centrale au gaz naturel est en construction sur le site de l’ancienne centrale au charbon. Avec un investissement de plus de 10 milliards de dollars, elle devrait devenir la plus grande du genre aux États-Unis. L’électricité qui y sera produite est destinée à alimenter un futur centre de données.

Les retombées économiques suscitent l'enthousiasme des responsables locaux.

C'est une excellente occasion, tant pour les recettes fiscales que pour les emplois locaux, estime Byron Stauffer, directeur général du Centre de développement économique du comté d’Indiana, qui promet une installation à la fine pointe de la technologie.

Portrait de Kurt Limbach.

Kurt Limbach est membre du groupe militant Concerned Residents of Western PA (Résidents préoccupés de l'ouest de la Pennsylvanie).

Photo : Radio-Canada / Benoît Livernoche

Kurt Limbach s'inquiète, lui, des conséquences du projet sur les paysages de sa région. La centrale au gaz d'Homer City est tellement grande qu'elle aura besoin d'énormes quantités de gaz naturel. Il y aura donc encore de la fracturation et des sites industriels dans nos beaux paysages, redoute-t-il.

Depuis longtemps, la production d'énergie façonne le paysage en Pennsylvanie. Cette dépendance aux énergies fossiles ne disparaîtra pas de sitôt.

Selon une estimation de 2019 de l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), il y aurait environ 214 billions de pieds cubes de ressources continues de gaz naturel non découvertes et techniquement récupérables.

Nous avons une culture extractive en Pennsylvanie. Donc, ces entreprises ne lâcheront pas, elles vont poursuivre leurs activités jusqu'à la toute fin de l'ère des combustibles fossiles, signale Brian Black.

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