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Sunday, October 4, 2026

Rencontre avec Abby Maxman, présidente-directrice générale d’Oxfam America | À l’ère du Robin des bois inversé

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« Ce dont nous sommes les témoins en ce moment, c’est un Robin des bois inversé. »

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Grande patronne d’Oxfam aux États-Unis, Abby Maxman ne mâche pas ses mots pour parler de multiples décisions de l’administration Trump qui ont comme résultat de piller les plus pauvres pour mettre plus d’argent dans les poches des ultrariches.

Au cours de l’heure qu’a duré notre rencontre lors de la récente visite de Mme Maxman à Montréal, elle a multiplié les exemples.

Elle revient notamment sur son voyage en République démocratique du Congo (RDC) l’été dernier. Dans ce pays ravagé par la guerre, mais où le président américain prétend avoir négocié la paix, les coupes sauvages de l’administration américaine dans l’aide internationale – menées par le multimilliardaire Elon Musk – ont eu pour effet de fragiliser l’infrastructure de santé au moment où le pays en avait le plus besoin.

Dans l’est de la RDC, 70 % de l’action humanitaire était soutenue par le gouvernement américain, et ça a été enlevé du jour au lendemain de manière chaotique. J’ai pu voir de mes yeux l’impact immoral et nocif, et c’était avant l’épidémie d’Ebola.

Abby Maxman, présidente-directrice générale d’Oxfam America

Elle a notamment vu des partenaires d’Oxfam sur le terrain être pris à partie par des populations en colère parce qu’ils ne pouvaient plus maintenir des services ou payer leurs collaborateurs.

Les systèmes mis en place pour détecter rapidement des épidémies ont été largement fragilisés dans la foulée, rappelle-t-elle, sapant la capacité à répondre rapidement pour contenir la propagation du virus Ebola, explique celle qui a consacré toute sa carrière à l’aide internationale.

PHOTO SEBASTIEN KITSA MUSAYI, ASSOCIATED PRESS

Travailleurs de la santé dans un camp de traitement pour les patients atteints d’Ebola, à Butembo, en République démocratique du Congo

Résultat : la RDC est aujourd’hui aux prises avec une des plus grandes épidémies d’Ebola de son histoire. On dénombre 4000 morts sur 8000 cas confirmés de la maladie. « Les gens meurent, les gens souffrent, les gens [qui donnent des soins] sont débordés, et je ne vois pas comment le président Trump peut dire que ça a amélioré les choses et que ça a rendu le monde plus sûr pour les Américains », dit-elle, dénonçant aussi les « guerres de choix » du président qui ont pour objectif de mettre la main sur des ressources bien plus que d’assurer la paix dans le monde. On pense notamment à la mainmise sur le pétrole vénézuélien après la capture du président Nicolás Maduro en janvier dernier.

Abby Maxman n’a pas les yeux plantés qu’outre-mer. Elle voit le même phénomène de Robin des bois inversé dans sa cour.

« On le voit en RDC, mais aussi dans des communautés locales des États-Unis où les services sociaux et les services de santé des plus démunis ont été coupés pour donner des réductions d’impôt obscènes aux grandes entreprises et aux plus fortunés », dissèque celle qui a pris la direction de la grande organisation non gouvernementale en 2017, soit quelques mois à peine après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump la première fois.

À l’époque, Abby Maxman et Oxfam s’étaient lancés dans une bataille juridique pour mettre un frein aux tentatives du nouveau président d’interdire de territoire bon nombre de ressortissants issus de pays musulmans. Une politique qui a été surnommée le Muslim ban. Sous l’impulsion des tribunaux, l’administration républicaine a dû revoir ses pratiques.

Était-elle préparée pour autant à l’arrivée de l’administration Trump 2.0 ? Non, dit-elle. Comme beaucoup, Oxfam a été pris de court par la célérité de l’entreprise de destruction massive. « Notamment, on n’a pas vu venir le démantèlement de la USAID [l’agence gérant l’aide internationale américaine], qui a été envoyée dans le broyeur par l’homme le plus riche de la planète », dit-elle.

PHOTO LUIS TATO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Des travailleurs de la pharmacie de l’hôpital de comté de Lodwar, au Kenya, font l’inventaire des dernières boîtes de médicaments livrées par la USAID, après l’annonce de sa dissolution, en avril 2025.

Il n’était pas question de rester les bras croisés pour autant. Profitant de l’indépendance de son organisation qui ne reçoit aucun financement du gouvernement, Oxfam America a décidé en février 2025 de se joindre à une poursuite contre le gouvernement américain, l’accusant d’avoir abusé de son pouvoir en détruisant la USAID sans approbation du Congrès. L’affaire est toujours devant les tribunaux.

« Nous sommes ce que nous mangeons, alors le genre de financement que nous recevons nous permet de décider les sujets que nous allons aborder et la manière dont nous allons le faire, en privé comme en public, pour avoir un impact sur les politiques, afin de faire face aux causes et aux conséquences de la pauvreté et de l’inégalité. C’est notre mission », rappelle Mme Maxman, qui promet de continuer à se battre, même sans arc et sans flèche, pour remettre le Robin des bois inversé à sa place.

Et le temps presse. Une étude espagnole publiée en mai dernier dans la revue médicale The Lancet estime que 9,4 millions de personnes – dont 2,5 millions d’enfants – mourront d’ici 2030 si le définancement de l’aide internationale se poursuit au rythme actuel. Près de 25 millions pourraient périr si le phénomène s’aggrave. La population du Québec dans le premier cas. Celle de l’Australie dans le second.

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