Guerre en Ukraine: vers un «nouveau Yalta» entre Moscou, Pékin et Washington?

La Russie se dit prête à la reprise des négociations trilatérales avec les États-Unis et l’Ukraine après les élections de mi-mandat aux États-Unis. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion, ce mercredi, entre le président russe et l’émissaire états-unien Steve Witkoff. Autre sujet abordé par les deux hommes : une rencontre trilatérale entre les présidents russe Vladimir Poutine, états-unien Donald Trump et chinois Xi Jinping. Le Kremlin dit avancer dans les préparatifs de cette réunion dont peu d’annonces sont à attendre mais qui aurait une portée symbolique importante.
Il s’agit d’une initiative de Vladimir Poutine. Selon le Wall Street Journal, le président russe aurait proposé cette rencontre à son homologue états-unien le 9 octobre, lors d’un échange téléphonique. Les trois dirigeants doivent participer au sommet de l’APEC, l’organisation de coopération économique pour l’Asie-Pacifique. Il se tiendra les 18 et 19 novembre en Chine. L’idée est donc d’organiser, en marge de cet événement, une rencontre trilatérale.
Donald Trump assure que l’Ukraine ne sera pas évoquée dans ces discussions. Le président états-unien assure qu’il sera question de désarmement nucléaire. Mais le Kremlin, de son côté, a clairement signifié que le but de cette rencontre trilatérale était d’évoquer la guerre qu’il a lancée contre son voisin.
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Zones d’influence
C’est un sujet d’inquiétude pour l’Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky a demandé à être invité aux discussions, et pour les Européens, qui ne sont pas conviés non plus. En août 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine s’étaient déjà rencontrés à Anchorage, en Alaska, pour évoquer la guerre en Ukraine sans autre interlocuteur autour de la table. Et cette possible rencontre trilatérale, comme le sommet Trump-Poutine de 2025, fait l’objet d’un parallèle historique.
En 1945, alors que la défaite de l’Allemagne nazie semblait inévitable, le président états-unien Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant de l’URSS Joseph Staline se sont retrouvés pour évoquer l’avenir de l’Europe. C’est la conférence de Yalta, du nom d’une station balnéaire sur les bords de la mer Noire, en Crimée aujourd’hui occupée par la Russie. Les dirigeants des trois grandes puissances alliées ont alors divisé l’Europe en zones d’influence : l’Est, libéré par l’armée rouge, pour les Soviétiques et l’Ouest pour les Occidentaux. Mais les pays concernés n’ont pas été consultés.
Avec cette rencontre trilatérale annoncée le mois prochain, la crainte est que, comme à Yalta, les trois dirigeants se mettent d’accord sur des zones d’influence de chaque pays. Le continent américain, jusqu’au Groenland, reviendrait aux États-Unis. Son « étranger proche » à la Russie – c’est-à-dire les pays anciennement dans la sphère soviétique, ce qui inclurait l’Ukraine, mais aussi les pays baltes, aujourd’hui membres de l’Union européenne et de l’Otan, l’alliance atlantique. Et pour la Chine, l’Asie du Sud-Est et Taïwan.
Récit de puissance
La photo de cette rencontre trilatérale en Chine aurait des ressemblances avec celle de Roosevelt, Churchill et Staline à Yalta. Trois dirigeants de grandes puissances tentant de mettre fin à un conflit. Mais le parallèle avec Yalta a ses limites. En 1945, ce sont trois pays alliés qui partageaient un même objectif, défaire l’Allemagne nazie, qui se sont réunis sur les bords de la mer Noire. Malgré le rapprochement entre les deux capitales, les États-Unis et la Russie ne sont pas alliés. Et Washington et Pékin sont des rivaux dans le Pacifique. La méfiance est forte : cette rencontre, si elle doit avoir lieu, n’aurait pas les mêmes effets que Yalta.
Cette réunion servirait principalement à nourrir le récit de puissance de ces trois dirigeants, en signifiant au reste du monde qu’ils peuvent discuter de leur avenir sans l’impliquer. En cela, elle serait un coup porté à l’ordre international construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour tenter de régler les conflits. Cet ordre international est aujourd’hui, certes, contesté par d’autres. Les pays du Sud lui reprochent de ne pas prendre en compte les réalités du monde contemporain. Mais ils ne veulent pas son abrogation, plutôt son adaptation. Que le système international intègre d’autres voix. Or, le message de cette rencontre serait l’inverse : celui que l’avenir du reste du monde peut se décider à trois.
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