Et si l’avenir de l’aviation légère passait par cet ULM électrique ?

Ils ambitionnent de construire l'aviation de demain avec un projet né dans les locaux de l’IPSA voilà un peu plus d'un an. Chloé Rosé, Alix Thévenot, Hugo Peyrot ont choisi de mettre leur savoir-faire et leur apprentissage au service d'une aviation plus sobre en créant Révolt'Air.
Un ULM thermique transformé en 100 % électrique
Parce qu'ils ont voulu allier leur passion pour l'aéronautique à un projet qui a du sens, Chloé, Alix et Hugo ont souhaité montrer que la nécessité de construire du neuf n'était pas toujours pertinente. Alors, ils ont choisi le retrofit électrique. Le principe ? Concevoir un aéronef à propulsion 100 % électrique à partir d'un modèle à motorisation thermique. Cette rénovation octroie une seconde vie à un appareil qui, grâce à sa transformation, n'émet plus directement de CO2.
Pour les trois associés de Révolt’Air, les enjeux de leur projet diffèrent, même s'ils se rejoignent. Chloé y voit la possibilité de décarboner l'environnement des aérodromes en proposant un parc d'ULM moins polluant et moins nuisible pour la biodiversité. De son côté, Hugo a envie de prouver que l'aviation de loisir propre est une réalité accessible et ne se cantonne plus à un simple prototype. Alix mise sur l'optimisation des paramètres techniques pour réduire la pollution sonore et la pollution atmosphérique des ULM, sans compromis sur leurs performances.
Concrètement, chaque membre joue un rôle bien défini dans l'équipe et met ses compétences au service du projet : Chloé s'occupe de la modélisation CAO et de l'intégration mécanique du moteur, Alix travaille avec elle sur la résistance des matériaux et la structure de la cellule, tandis que Hugo pilote la conception électrique, l'intégration des batteries et la gestion de la propulsion. Un quatrième membre, Amaël, issu d'une autre école, travaille sur la communication et les partenariats.
Si le premier vol de leur ULM Cormorano désormais 100 % électrique est prévu pour la fin de l'année, il leur reste quelques petites étapes à finaliser.
Et si l’avenir de l’aviation légère passait par cet ULM électrique ? © Revolt'Air
L’IPSA, une école où l’expérimentation n’est pas une option
Les trois jeunes ingénieurs s'accordent sur ce point : sans l'IPSA, son cadre scolaire et ses enseignements spécifiques, Revolt'Air n'aurait pas pu voir le jour. S'ajoute à cela la possibilité d'expérimenter concrètement ce qu'offre l'école à ses étudiants et qui leur donne confiance pour « transformer une idée étudiante en projet réel », confie Chloé. Alix ajoute que sa formation l'a amenée à passer rapidement d'une idée à une action, un atout qui a permis la réalisation de ce projet ambitieux. Hugo, lui, souligne la place laissée à l'expérimentation qu'il a pu « goûter » sans avoir à attendre la fin de ses études. Cette approche mise en avant par les membres de Revolt'Air se retrouve dans le projet PMI lancé chaque année par l'école auprès de ses élèves de cinquième année en fin de cursus. L'objectif est de présenter les idées devenues des réponses concrètes à des besoins identifiés et d'en élire trois parmi les plus réalisables. Revolt'Air a remporté la première place de cette compétition en mars 2026, un premier pas qui est venu accentuer la confiance de l'équipe pour faire aboutir leur projet.
Leur conseil aux étudiants tentés par un parcours similaire tient en une idée commune : se lancer vite, s'entourer d'une équipe solide pour persévérer et ne jamais cesser d'être curieux. Alors, leur projet d'ingénierie pourra s'avérer ambitieux !
Une future aviation sans bruit ni émission
Interrogés sur l'avenir de Revolt'Air, les trois associés imaginent un avenir profondément transformé pour l'aviation de loisir. Leur constat est sans appel : le plein d'un ULM possédant un moteur thermique coûte environ 30 € pour une heure de vol là où un appareil électrique coûterait dix fois moins cher. Et sur le territoire français, l'aviation légère représente plus de 18 000 engins qui émettent beaucoup de CO2 et sont onéreux à l'entretien, mais aussi pour les formations de jeunes pilotes.
À terme, Chloé imagine un « écosystème de solutions » destiné à réduire l'impact environnemental de l'aviation légère, donc des petits aérodromes. Dans 50 ans, l'aviation sera, pour elle, un modèle inspirant pour les autres secteurs des transports. Hugo espère voir la propulsion électrique se généraliser dans les formations françaises au pilotage avec, plus tard, la suppression du terme « aviation propre » au profil d' « aviation » tout simplement. Dans un demi-siècle, Alix, elle, projette une aviation davantage pensée autour de la sobriété et du recyclage des composants, et pourquoi pas grâce à Revol'Air qui aura banalisé l'aviation électrique ?
Certes, le projet Revol'Air est, pour l'heure, prototypique et le secteur se heurte encore à plusieurs défis techniques, notamment aux batteries encore trop lourdes ou à l'autonomie insuffisante des appareils pour le moment. Et si son intérêt était ailleurs ? Là où des étudiants peuvent mettre à profit et confronter leurs connaissances face à un défi industriel et environnemental bien réel par exemple. Chloé, Alix et Hugo, eux, l'ont compris : ils travaillent ardemment pour faire évoluer leur idée du papier vers les airs, et pour promouvoir, à leur échelle, une autre façon de voler...
Trois questions à Chloé Rosé, présidente de Revolt’Air
1- Qu’est-ce que cette formation t'a apporté (compétences, soft skills...) ?
Ma formation à l'IPSA m'a permis d'acquérir de solides bases en ingénierie aéronautique, en plus d'apprendre une véritable rigueur méthodologique. Au-delà des cours théoriques, l'école m'a offert un cadre propice à l'initiative, c'est dans ce cadre-là que j'ai pu m'investir dans Revolt'air et concrétiser la théorie avec la réalisation d'un projet pratique d'ingénierie.
Mener cette aventure en parallèle de mes études m'a également beaucoup appris sur la gestion de projet, le travail dans une équipe multidisciplinaire et la résolution de problèmes complexes sur des équipements réels. Mais l'IPSA m'a surtout appris à m'adapter et à continuer d'apprendre, un point essentiel dans un secteur comme l'aéronautique, en perpétuelle évolution.
2- Comment voyez-vous évoluer votre projet dans les prochains mois ? Quelles sont les prochaines étapes ?
Aujourd'hui, notre priorité est de réunir les financements nécessaires, une étape cruciale pour poursuivre le projet. Une fois qu'elle sera franchie, nous pourrons procéder à l'intégration de la nouvelle chaîne de propulsion électrique de l'appareil, pour ensuite mener une série d'essais au sol avant d'envisager les premiers tests en vol. Ces différentes phases nous permettront notamment de valider la sécurité, les batteries et de vérifier le fonctionnement de l'ULM dans sa globalité. Notre objectif est d'aboutir à ces étapes le plus tôt possible pour démontrer concrètement la faisabilité et la fiabilité du réseau électrique sur un petit aéronef.
Nous souhaitons également retirer de cette expérience une preuve concrète du potentiel de l'électrique sur des ULM pour promouvoir, à plus grande échelle, la décarbonation de l'aviation légère.
3- Quels conseils donnerais-tu à un étudiant qui envisagerait le même parcours d'études que toi ?
Je lui conseillerais avant tout de suivre sa passion, c'est elle qui nous octroie l'énergie nécessaire de mener jusqu'au bout des projets porteurs. Ensuite, il est important de ne pas attendre la fin de ses études pour concrétiser ses idées, ces années sont justement une excellente occasion de les tester, de participer à des projets et de mettre ses connaissances au service d'enjeux réels comme la transition écologique.
J'ai également envie de dire qu'il faut rester curieux, persévérant et confiant, des valeurs indispensables pour continuer d'apprendre dans un domaine qui évolue rapidement.
Je conseille également aux futurs étudiants de s'investir et de savoir bien s'entourer. Participer à des projets associatifs ou techniques dès que possible permet d'apprendre énormément sur le terrain. C'est aussi en travaillant avec les bonnes personnes que l'on développe son réseau.
Enfin, il ne faut pas craindre l'échec. Qu'il s'agisse des études ou d'un projet innovant, les obstacles et les erreurs font partie du processus. L'essentiel est d'en tirer des enseignements et de savoir rebondir pour continuer d'avancer !
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