Débat sur Churchill Falls : dernière chance pour T.-N.-L. ou « politique de la peur »?

Le négociateur en chef de Terre-Neuve-et-Labrador prévient que, si l’entente-cadre avec Hydro-Québec concernant Churchill Falls tombe à l’eau, la société d’État québécoise sera peu encline à revenir à la case départ, selon lui.
Il est donc maintenant ou jamais, si Terre-Neuve-et-Labrador souhaite remplacer le contrat existant de 1969 de Churchill Falls avant son expiration en 2041, estime Barry Perry.
Une déclaration qualifiée de politique de la peur
par le député indépendant Keith Russell, qui représente la circonscription labradorienne de Lac Melville.
S’il souhaite que sa région profite des projets énergétiques promis en vertu du nouveau partenariat avec le Québec, l’élu, qui a quitté le caucus progressiste-conservateur lundi, est parmi les députés de l’opposition qui se posent encore des questions sur la vaste entente sur 50 ans.
Barry Perry lance cet avertissement alors que le protocole d’entente, dévoilé le 17 août dernier, fait l’objet d’un débat spécial sur quatre jours à la Chambre d’assemblée.
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Il s’agit d’une version renégociée du protocole d’accord annoncé par l’ex-gouvernement libéral en 2024, mais que l’actuel gouvernement progressiste-conservateur a promis de bonifier lorsqu’il a pris le pouvoir un an plus tard.
Je ne suis pas certain qu’il soit bien réfléchi de demander à l’autre partie [Hydro-Québec] de revenir à la case départ après deux tentatives avortées et de lui demander de faire encore plus de concessions
, affirme Barry Perry, ex-PDG de la société énergétique Fortis.
Ils ne vont plus nous faire confiance.
Le premier ministre, Tony Wakeham, fait le même constat.
Il fait part d'une inquiétude réelle et légitime, oui,
affirme-t-il en mêlée de presse.
Je veux souligner à quel point il a été difficile d’obtenir ce que nous avons obtenu
, ajoute Barry Perry. C’est maintenant qu’il faut négocier et conclure une entente. Le Québec s’est montré un négociateur raisonnable, mais exigeant, et nous avons réussi à obtenir une bonne entente.
Le gouvernement Wakeham sous pression
Le contrat de 1969 de Churchill Falls permet à Hydro-Québec d’acheter presque toute la production du complexe de 5428 mégawatts au prix fixe de 0,2 cent le kilowattheure. Un prix dérisoire, selon Terre-Neuve-et-Labrador, que des gouvernements successifs à Saint-Jean n’ont jamais réussi à modifier. Depuis des décennies, Hydro-Québec encaisse donc des profits mirobolants en revendant l’énergie du Labrador à fort prix.
La pression est donc extrêmement importante pour le gouvernement Wakeham, alors que la population veut éviter à tout prix de répéter les erreurs du contrat de 1969.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham (à droite), et le député progressiste-conservateur dans Labrador-Ouest, Joe Power, le 14 septembre 2026, devant la Chambre d'assemblée.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Lundi, une centaine de manifestants se sont rassemblés devant le parlement, dénonçant la promesse rompue du premier ministre, qui a annoncé le mois dernier qu’il n’allait pas organiser de référendum sur l’entente-cadre. Il en avait promis un pendant les dernières élections.
Plusieurs manifestants se demandent notamment pourquoi l’entente dure 50 ans, sans aucune possibilité de renégociation. Nous essayons de nous en sortir d’un contrat de longue haleine. Pourquoi on n’apprend pas notre leçon?
affirme Brenda Chaytor, pancarte à la main.

Une centaine de manifestants se sont rassemblés, le 14 septembre 2026, devant l'édifice de la Confédération, à Saint-Jean, où se déroulait un débat spécial de la Chambre d'assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador sur l'entente-cadre avec Hydro-Québec concernant Churchill Falls et Gull Island.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Hydro Terre-Neuve-et-Labrador rappelle toutefois qu’en rouvrant le contrat existant 15 ans avant son expiration, Hydro-Québec renonce à une décennie et demie d’électricité essentiellement gratuite.
La société d’État explique aussi que, selon la nouvelle entente-cadre, le prix de l’électricité du complexe de Churchill Falls augmentera considérablement, soit près de 14 % par année jusqu’en 2041. Par la suite, il augmentera de 2,6 % par an jusqu’en 2077. Les augmentations seront aussi indexées selon une formule basée sur l’inflation.
Selon les calculs d'Hydro T.-N.-L., le prix moyen de l’énergie de la centrale existante de Churchill Falls, entre 2027 et 2027, sera de 7,4 cents le kilowattheure.
Le chef libéral, John Hogan, critique la formule utilisée pour indexer le prix, en soulignant qu’elle devrait surtout tenir compte du prix de l’énergie sur le marché, selon lui. Pour le moment, il n’écarte toutefois pas la possibilité de voter en faveur de l’entente-cadre.
Perry lance un avertissement
Barry Perry soutient que, lorsque l’entente-cadre sera transformée en accords définitifs, Terre-Neuve-et-Labrador sera enfin le principal bénéficiaire de l’hydroélectricité produite sur son territoire.
Si la centrale existante est remise à nouveau et que le barrage de Gull Island, un projet de 29 milliards $, est construit, Terre-Neuve-et-Labrador touchera jusqu'à 2350 mégawatts d’électricité. De l’énergie qu’il pourra utiliser pour le développement de l’économie labradorienne ou revendre à un prix majoré.
Au total, le Trésor provincial pourrait toucher environ 49 milliards $ d’ici 2077, selon les calculs du gouvernement.

Les lignes de Churchill Falls, traversant le fleuve Churchill, en 2023. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Danny Arsenault
Barry Perry soutient que le développement du secteur minier du Labrador, assoiffé d'énergie, ainsi que la construction d’une nouvelle ligne de transport entre Churchill Falls et Wabush, va dépendre de l'installation de nouvelles infrastructures énergétiques.
Il souligne aussi que l’actuelle mouture de l’entente-cadre, facilitée par Ottawa, promet une garantie de prêt pour Gull Island et offre 10 milliards $ à Hydro T.-N.-L. et à Hydro-Québec pour les projets de construction.
Ce que je vous dis, c’est que si cette entente n’est pas conclue, toutes ces choses ne vont pas se réaliser
, affirme Barry Perry.
Le débat se poursuit jusqu’à jeudi soir. Mercredi, l’équipe de négociation doit témoigner pour une deuxième journée consécutive. Des fonctionnaires de Ressources naturelles et Dan Levert, le président d’un comité indépendant chargé de superviser les pourparlers au nom du conseil des ministres, vont aussi répondre aux questions des élus.
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