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Friday, October 30, 2026

Midterms 2026: au Texas, les démocrates se prennent à rêver d'une victoire historique

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Dans un État particulièrement conservateur, la candidature de James Talarico, un séminariste presbytérien de 37 ans, au poste de sénateur, laisse de nouveau entrevoir aux démocrates l’espoir maintes et maintes fois déçu de remporter une élection à l’échelle nationale. 

De notre envoyé spécial au Texas, 

« Wow, je crois que ce serait vraiment monumental », lâche Billy presque rêveur, lorsqu’on lui demande ce qu’il ressentirait si les démocrates réussissaient enfin à remporter une élection d’envergure nationale au Texas. « Depuis que je suis né, j’ai toujours connu les républicains au pouvoir au Texas, alors oui, on peut dire que j’attends ça depuis longtemps », sourit-il.

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Avec ses deux petites filles, ce jeune père de famille est venu assister à un meeting de Gina Hinojosa, la candidate démocrate au poste de gouverneure du « Lone Star State », à la Texas Women’s University de Denton, au nord de Fort Worth. Contre toute attente, cette membre de la Chambre des représentants du Texas est au coude-à-coude dans les sondages avec le gouverneur sortant Greg Abbott qui se présente pour un quatrième mandat. Une autre élection, celle au poste de sénateur, est suivie de près dans tous les États-Unis. Elle oppose James Talarico, un ancien enseignant et jeune séminariste de 37 ans élu à la Chambre des représentants du Texas, au procureur général républicain ultraconservateur de l'État, Ken Paxton.

La dernière grande victoire démocrate date de 1990

À 32 ans, Billy n’a jamais vu un démocrate élu à un poste aussi important au Texas. Mais cette fois, il en est sûr, « c’est le moment ou jamais ». « On avait déjà eu énormément d’espoir lorsque Beto O’Rourke s’était présenté, il avait été très proche de l’emporter, donc là, je suis vraiment excitée à l’idée de voir Talarico gagner », confie de son côté Angela, 52 ans, qui a voté démocrate toute sa vie.

Et de l’espoir, quand on est démocrate au Texas, mieux en avoir à revendre. Cela fait 32 ans que le « Lone Star State » n’a plus envoyé de sénateur de ce bord politique à Washington. La dernière grande victoire du parti dans l’État remonte à 1990, avec l'élection d’Ann Richards au poste de gouverneure. Depuis, les démocrates vivent un long chemin de croix dans un État acquis depuis des décennies au Parti républicain.

À chaque élection, c’est le même refrain, les analystes l’affirment : tôt ou tard le Texas passera dans le giron démocrate, la faute notamment à la dynamique démographique de l’État et au poids des électeurs latinos qui représentent désormais près de 40 % de ses habitants. Mais la grande bascule tant espérée se fait attendre, et ce, malgré l’espoir déçu suscité par Beto O’Rourke en 2018, battu de peu face au républicain Ted Cruz avec le score le plus élevé jamais obtenu par un candidat démocrate au Sénat depuis 1988 (50,89 % contre 48,33 %).

Les démocrates ont le « momentum » pour eux

Cette fois-ci, les démocrates veulent croire que la donne a changé, répétant à l’envi que le « momentum » est avec eux. Entre un Donald Trump à la côte de popularité la plus basse jamais observée, le prix de la vie et de l’essence qui s’envole et une guerre avec l’Iran particulièrement impopulaire, l’espoir suscité par la candidature de James Talarico semble de plus en plus mettre la victoire finale à portée de main.

James Talarico lors d'un meeting de campagne à San Marcos, au Texas, le 15 octobre 2026.
James Talarico lors d'un meeting de campagne à San Marcos, au Texas, le 15 octobre 2026. AP Photo/Eric Gay - Eric Gay

« La tendance actuelle au Texas est quand même extrêmement porteuse pour le parti démocrate, analyse Ludivine Gilli, directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la fondation Jean Jaurès. On a, à la fois l’impopularité record de Donald Trump, l’impopularité de ses politiques en général, et il y a le facteur candidat. Il y a du côté démocrate un bon candidat et du côté républicain, un très mauvais candidat. Avec les scandales qui le poursuivent, Ken Paxton est sur le papier un candidat catastrophique ».

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Avec son allure juvénile et ses airs de premier de la classe, James Talarico a jusqu’ici mené une campagne sans aucune fausse note, quand en face de lui Ken Paxton, soutenu par Trump à la primaire républicaine, reste englué dans un divorce tumultueux, des affaires d'adultères répétées et des accusations de corruption qui lui ont valu une procédure d’impeachment en tant que procureur général du Texas à la chambre des représentants de l’État pourtant à majorité républicaine.  

Éviter l'affrontement binaire entre démocrates et républicains

Dans un environnement politique ultra-polarisé, Talarico, lui, détonne. Très à l’aise pour s’exprimer en public, cet ancien enseignant en anglais n’hésite pas à utiliser sa foi comme argument de campagne sans pour autant faire de prosélytisme. Surtout, il se focalise sur des sujets concrets comme l’économie, l’éducation ou la santé. Assez habilement, il refuse aussi de se laisser enfermer dans un affrontement binaire entre les démocrates et les républicains, préférant plutôt s’inscrire dans la lutte du peuple contre les millionnaires, notamment ceux de la Tech, qui dépensent des millions pour installer des data centers un peu partout au Texas. Un sujet hypersensible dans l’État qui suscite chez beaucoup de Texans une colère sur laquelle les démocrates espèrent bien capitaliser. Talarico qui se dit Texan depuis huit générations et qui ne quitte jamais ses santiags, est aussi très fort pour éviter les sujets trop clivants comme le port d’armes, les questions identitaires ou le sujet de l’avortement, bien qu’il y soit personnellement favorable. Il se dit en revanche intransigeant sur la question de l’immigration et n’hésite pas à accuser l’administration Biden d'avoir échoué à sécuriser la frontière sud du Texas.

Une publicité de campagne du candidat démocrate au Sénat James Talarico sur le bord d'une route de Granbury dans le nord du Texas.
Une publicité de campagne du candidat démocrate au Sénat James Talarico sur le bord d'une route de Granbury dans le nord du Texas. © Pierre Fesnien/RFI

Force est de constater qu’en face, les républicains, peu aidés par l’indigence de leur propre candidat, ont assez peu de prise pour s’attaquer à leur adversaire. Quand Trump s’est amusé à le surnommer « Talafreako » (un jeu de mots avec « freak » pour « monstre » en anglais), les soutiens du candidat démocrate ont décidé d’en faire un slogan de ralliement. Talarico a aussi été moqué sur son supposé manque de virilité, d’autres l’ont accusé, à tort, d’être végétarien – un crime de lèse-majesté au Texas -, mais sur le fond les républicains n’ont pas trouvé de véritable angle d’attaque. Lors de ses rassemblements de campagne qui semblent souvent peiner à faire salle comble, le seul véritable argument que Ken Paxton donne à ses électeurs afin de les inciter à voter pour lui, c’est qu’il s’agit de la seule solution pour éviter la victoire de Talarico, rien de plus.

Forte mobilisation des démocrates

« On est face à une mobilisation importante des démocrates et on a une sous-mobilisation potentielle des républicains. Si on cumule à cela une mobilisation d’une partie des indépendants en faveur des démocrates et un certain nombre d'indépendants plutôt conservateurs qui n'iront sans doute pas voter, on a une conjonction d'éléments qui fait qu’un État comme le Texas, qui a été gagné de plus de quatorze points par Donald Trump en 2024, peut basculer », détaille Ludivine Gilli.

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Les images de longues files d’attente pour assister à ses meetings et les salles remplies à ras bord à chacune de ses apparitions montrent bien que la dynamique et l’enthousiasme sont du côté des supporters de Talarico. Mais après l’espoir, puis la déception suscités par Beto O’Rourke plane aussi la crainte d’un brutal retour à la réalité. Les électeurs démocrates veulent toutefois croire que les choses sont différentes cette année. « Talarico apparaît plus comme un démocrate modéré, Beto donnait l’impression d’être nettement plus à gauche. Puis voir Talarico souvent mettre en avant sa foi, ça peut séduire plus d’indépendants ou même des républicains modérés qui ne sont pas contents de la façon dont est géré le Texas », explique Angela.

Sondages favorables

« Beto a suscité beaucoup d’enthousiasme, il a fait une bonne campagne et il était tout proche de réussir. Il a fait bien mieux que ce que les sondages prédisaient (O'Rourke était donné perdant avec huit points de retard par les sondeurs, avant de finalement s'incliner pour deux points d'écart, Ndlr), se souvient de son côté Billy. La dynamique est avec nous et je pense que cette année, les démocrates vont faire encore mieux que ce qu’annoncent les sondages ».

Les sondages justement, ils donnent depuis des semaines James Talarico presque chaque fois en tête d’un ou deux points sur Ken Paxton, parfois même de cinq pour les plus optimistes. Jamais un candidat démocrate n’avait fait une telle course en tête depuis la réélection au Sénat de Lloyd Bentsen en 1988 avec 59 % des voix. Preuve que les chances de James Talarico de faire basculer un siège de sénateur du Texas côté démocrates sont réelles : les marchés prédictifs comme Polymarket ou Kalshi qui permettent de parier sur l’issue d’un événement à venir, donnent près de 65 % de chances à l'ex-enseignant de l’emporter. Il reste encore désormais aux démocrates à transformer ces statistiques en réalité palpable à travers les urnes.

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