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Thursday, October 22, 2026

Olivia Rodrigo au Centre Bell: un concert en deux temps et quatre saisons

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Attendue par des milliers de jeunes filles aussi en voix mercredi soir qu’elle, Olivia Rodrigo nous a fait visiter son jardin de chansons — au propre comme au figuré. La scène principale était recouverte de fleurs, desquelles la pop star américaine a émergé pour entonner l’air de Drop Dead, la même chanson qui ouvre son troisième album You Seem Pretty Sad For a Girl so in Love, paru l’été dernier et accueilli avec enthousiasme, tant pour les fans que par la critique.

La musique, comme la nature, a horreur du vide. En l’absence de Taylor Swift sur les scènes du monde, Olivia Rodrigo est non seulement heureuse de le combler, mais elle le fait avec maestria : forte performance de la jeune musicienne de 23 ans, professionnelle jusqu’au bout des ongles, au risque même de sacrifier la spontanéité du moment. Si réglée au quart de tour, cette performance, si précisément chorégraphiée (comme le sont la plupart de ces mégaproductions scéniques) qu’on avait un brin l’impression d’assister à une comédie musicale mettant en vedette son propre sujet.

Appuyée par un impressionnant système d’éclairages, la scénographie se déployait sur cette scène en croissant avec parterre debout au fond duquel un écran géant en forme de demi-lune, sobre et chic comme le fond de scène du Radio City Music-Hall, sur lequel étaient projetées les images de la musicienne qui a passé la dynamique première moitié de son concert à faire la séduction à la lentille du caméraman la suivant de près. Chaque clin d’œil, chaque pirouette, demandait un timing impeccable pour faire son effet juste au bon moment de la chanson.

La première moitié de ce concert fut la plus divertissante, reprenant là où elle nous avait laissés à l’été 2025, en tête d’affiche d’Osheaga : avec des refrains rock qui visent dans le mille. Après Drop Dead, U + Me = <3 qui fait augmenter l’intensité de ce début de soirée, So American de son deuxième album Guts, Good 4 U, l’une des plus rock du premier, Sour, pop, rock, même punk dans le jeu appuyé de l’excellente batteuse Jordan Radnoti (son orchestre de dix musiciens, en comptant choristes et cordes, est quasi exclusivement féminin), et encore, comme au parc Jean-Drapeau, la fameuse Arianna Powell à la guitare électrique, qu’on aurait donc aimé entendre davantage en seconde moitié du concert.

Car si le rock et les refrains déchaînés caractérisant le son de l’album Guts nous ont étourdis dans le premier droit du concert, les ballades ont pris le dessus pour le reste, jusqu’à ce sursaut d’énergie retrouvée en toute fin de concert avec Deja vu, All-American Bitch et Expectations. C’est là, constate-t-on, la différence entre la tournée de festivals, plus explosive, et celle d’arénas, qui regorge de ces ballades pop dont raffolent les fans les chantant par cœur.

Ainsi, le concert était divisé en quatre actes, chacun d’eux incarnant les saisons. Certes, ce n’est pas la plus originale des trames narratives, mais chaque tableau était superbement illustré par les jeux de lumières, les changements de costumes de Rodrigo et quelques effets de scènes, comme les feuilles qui tombent à l’automne alors que le programme passait aux ballades (Stupid Song, Maggots for Brains, Traitor chantée à tue-tête par plus de 15 000 spectateurs, Begged, Cigarette Smoke) où la neige s’accumulant sur le piano à queue pendant Honeybee, tirée du récent album. Entre les tableaux, une vingtaine de techniciens-jardiniers réaménageaient les bosquets, arrachant des fleurs pour dégager des sentiers qu’arpentait la star. Simple, mais ingénieux, et tout ça s’enchaînant grâce à une machine très bien huilée.

Le clou, à la fin de l’hiver, est survenu lorsqu’Olivia Rodrigo s’est dirigée vers la petite scène centrale, s’asseyant d’abord pour chanter Less, puis la très belle The Cure, toutes deux du dernier album. Pendant The Cure, elle s’est plantée au milieu de la scène circulaire, l’eau tombant sur ses épaules. La douche, ça tombait des hauteurs du Centre Bell ! Il y a plus d’une douzaine d’année, les Jonas Brothers avaient aussi un artifice de pluie tombant sur une petite scène, l’eau illuminée affichant des symboles ; mercredi soir, la douche faisait se dissoudre la robe bleutée de Rodrigo, la révélant dans un corset bourgogne. Ça fait son effet.

Olivia Rodrigo offrira ce jeudi soir une seconde représentation au Centre Bell, dans le cadre de sa tournée The Unraveling.

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