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Tuesday, September 29, 2026

L’opposition veut exploiter les failles d’Ottawa en environnement et en droit du travail

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Le projet de loi C-39, intitulé « Loi visant à bâtir un Canada fort », propose de doter le gouvernement de nouveaux pouvoirs pour accélérer la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure et mettre fin aux conflits de travail, ce qui le met en porte-à-faux avec les écologistes et de nombreux syndicalistes.

Ce texte de loi consacrerait le pouvoir du ministre du Travail de mettre fin aux arrêts de travail dans les secteurs relevant de la compétence fédérale.

La ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, maintient que ce texte imposerait des garde-fous à ce pouvoir en exigeant que le ministre examine au préalable le rapport d’un médiateur spécial et détermine si un arrêt de travail a un effet négatif sur l’intérêt national.

Mais le mouvement syndical fait valoir que le critère de l’intérêt national confère à Ottawa trop de pouvoir pour réprimer les grèves.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) entretient des liens étroits avec le mouvement syndical canadien, tandis que les conservateurs mènent depuis des années une offensive politique auprès de membres syndiqués. Les députés des deux partis affirment qu’ils comptent défendre les intérêts des travailleurs syndiqués alors que le projet de loi C-39 suit son parcours à la Chambre des communes.

Lutte pour l'appui des syndicats

Matthew Green écoute les travaux d'un comité parlementaire.

Selon Matthew Green, ancien député néo-démocrate de l'Ontario, Mark Carney ne devrait pas penser que sa grande popularité – due en grande partie à l'inquiétude liée à la guerre commerciale – lui donne « carte blanche » pour réécrire les règles des relations de travail. (Photo d'archives)

Photo : Image tirée des enregistrements de la Chambre des communes

C’est notre plus grande opportunité, déclare Matthew Green, ancien député néo-démocrate de l’Ontario, qui vient de terminer son mandat de directeur national par intérim du parti.

Et je pense que certains syndicats, qui ont traditionnellement dû gérer leurs relations avec le gouvernement libéral, se retrouvent désormais directement dans sa ligne de mire et seront contraints de riposter.

Le gouvernement de M. Carney jouit d’une grande popularité, en grande partie à cause de l'inquiétude des Canadiens face à la guerre commerciale avec les États-Unis. Mais le premier ministre ne devrait pas interpréter cela comme une carte blanche et un mandat pour réécrire les règles des relations de travail, soutient M. Green.

L'ancien député assure que le NPD sera aux côtés des travailleurs en grève dans le cadre du projet de loi C-39. Le SCFP a annoncé la semaine dernière qu’il défiera la loi si elle est adoptée sans amendement.

Un examen approfondi attendu

Kyle Seeback s'adresse à des collègues lors d'une audience d'un comité de la Chambre des communes.

Le député conservateur Kyle Seeback critique vivement le recours sans précédent des libéraux à l’article 107 du Code du travail. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le député conservateur Kyle Seeback, porte-parole responsable des questions syndicales, souhaite que le projet de loi C-39 fasse l’objet d’un examen approfondi par la Chambre des communes. Bien qu’il ne se soit pas prononcé en faveur ou contre le projet de loi, il a vivement critiqué le recours sans précédent des libéraux à l’article 107 du Code du travail.

Ils ont mis un tel désordre dans les relations de travail dans ce pays, c'est pourquoi ils ont dû recourir à des mesures telles que l'application de l'article 107, affirme-t-il. En réalité, cela a aggravé les relations de travail.

Si vous discutez avec n’importe quel acteur du mouvement syndical, vous constaterez que le recours répété à l’article 107 a détérioré les relations de travail dans tout le pays. Ce sont là autant de points qui devraient être débattus en comité, surtout lorsqu’il s’agit de modifier la législation.

Retour de l'environnement au premier plan?

Shachi Kurl, présidente de l’Institut Angus Reid, soutient qu’elle s’attendait à voir des campagnes de communication concurrentes de la part du NPD et des conservateurs, alors qu’ils tentent de séduire les électeurs syndiqués.

Shachi Kurl.

Shachi Kurl, présidente de l’Institut Angus Reid (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Selon elle, les aspects environnementaux du projet de loi C-39 offrent davantage de possibilités de gains aux néo-démocrates qu’aux conservateurs.

Le projet de loi propose la création de zones d’intérêt national où un large éventail de projets pourrait être préapprouvé. Il transférerait le pouvoir d’évaluation des pipelines, des lignes de transport d’électricité et des projets nucléaires de l’Agence canadienne d’évaluation d’impact à des organismes de réglementation spécialisés.

Mme Kurl souligne qu’un électeur libéral sur six s’était senti offensé par l’accord conclu entre le gouvernement fédéral et l’Alberta visant à construire un oléoduc de bitume vers la côte Pacifique.

Cela a été comme une gifle. Et ils font savoir leur mécontentement, indique Mme Kurl, ajoutant que ces libéraux déçus ne se retrouvent pas nécessairement dans la colonne du NPD, selon les récents sondages.

Cela pourrait changer, mais c’est aussi à Avi Lewis [le chef du NPD] et au NPD de souligner et de faire valoir que, si les gens sont mécontents, ils trouveront un meilleur refuge auprès des néo-démocrates fédéraux, déclare-t-elle.

Pour Jordan Leichnitz, ancienne stratège du NPD, le parti doit trouver un moyen de critiquer les changements proposés sans se contenter de défendre le statu quo en matière d’évaluation des projets.

Il est sans aucun doute possible de réaliser des gains d’efficacité sans pour autant compromettre les évaluations, les études et les mesures nécessaires pour, par exemple, protéger notre eau potable ou veiller à ne pas causer de dommages irréparables à certains de ces écosystèmes particulièrement fragiles, affirme Mme Leichnitz.

Puisque l'environnement a dégringolé parmi les préoccupations politiques dans les sondages, Mme Leichnitz estime que le NPD doit probablement concentrer son message sur des enjeux locaux et régionaux, tels que l’impact de l’augmentation du trafic de pétroliers en Colombie-Britannique sur les orques, une espèce menacée.

Elle souligne également que le parti devra choisir avec soin ses cibles en matière de politique sociale, car le projet de loi comprend des dispositions soutenues par les syndiqués, telles que les mesures visant à prévenir le vol salarial.

Perspectives de gains pour l'opposition

De son côté, M. Green indique que des libéraux de longue date ont approché les néo-démocrates lors de la campagne électorale d’été dans la circonscription torontoise de Beaches-East York, se disant dégoûtés par l’approche du gouvernement Carney en matière de politique environnementale et énergétique.

Si les libéraux ont remporté cette circonscription avec plus de 50 % des voix, la part des voix du NPD a augmenté de près de 20 points par rapport aux élections de 2025.

Le néo-démocrate souligne qu’il voit désormais une marge de progression pour le NPD dans la circonscription montréalaise de Laurier-Sainte-Marie, où la démission de l’ancien ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, déclenchera une élection partielle prochainement.

Il s’agit d’un ancien ministre qui a adopté une position de principe et démissionné parce qu’il ne soutenait plus la direction dans laquelle Mark Carney menait ce gouvernement libéral, déclare M. Green.

Nous serons donc très bien placés pour capter les libéraux mécontents qui, par le passé, ont voté libéral en se bouchant le nez pour toute une série de raisons, mais qui avaient, sous la houlette de M. Guilbeault, la promesse d’une justice climatique et une prise en compte des enjeux climatiques.

Nous savons désormais que le masque est tombé, a-t-il ajouté.

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