La réplique de Clinton à Trump

(New York) Une heure avant que Donald Trump prenne la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies, un autre président venait proposer une vision différente de son pays et du monde.
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Comme chaque année depuis 21 ans, pendant que les leaders du monde sont en ville, Bill Clinton tient la Clinton Global Initiative, conférence annuelle de sa fondation à New York, à 2 km du siège de l’ONU.
L’ancien président a eu 80 ans au mois d’août, deux mois après Donald Trump. Sa voix est plus voilée, sa démarche, moins rebondissante, mais il demeure un redoutable orateur.
Sans nommer Donald Trump, il lui a opposé dans ce discours d’ouverture une sorte de contre-discours sur le climat, sur le rôle du gouvernement et, en particulier, sur l’intelligence artificielle, que Trump essaie de renommer « super intelligence ».
Nous vivrons des moments difficiles quand l’IA va dérailler si nous agissons primitivement politiquement comme il y a un siècle.
« J’ai de la difficulté à croire qu’il y a un débat à savoir s’il est plus important de gagner chaque jour contre la Chine que de risquer que le monde explose, a-t-il lancé. Il faut admettre que l’IA refusera de se soumettre aux limites que nous voudrons lui imposer, et que le problème sera récurrent. »
L’humanité est à un carrefour, et le débat devrait ressembler à celui qui a entouré les armes nucléaires, plaide-t-il. « Qui contrôle le bouton ? »
Puisque c’est sa signature, l’homme de Hope, en Arkansas, insiste : il a bon espoir qu’on y parviendra. Mais encore faut-il s’y attaquer.
Une heure plus tard devant l’ONU, Donald Trump rejetait les dangers de l’IA comme il rejette les changements climatiques.
« Les mêmes qui nous disaient que nous serions morts il y a 12 ans à cause du réchauffement climatique nous disent d’arrêter l’IA. Il a fait plus froid », a-t-il dit faussement.
« Je ne vais pas limiter ce qui sera plus gros que la Révolution industrielle ou l’internet », d’ajouter Trump, qui rejette la demande des leaders de l’IA. « On a un département de la Justice, on va surveiller, mais encourager. »
Simple comme ça !
De nombreux dérapages de l’IA sont survenus, y compris en matière militaire, où une fausse menace a failli mener à l’attaque d’un navire par l’armée américaine. Mais apparemment, le département de la Justice va tout surveiller…
Trump a passé l’essentiel de son discours à vanter la puissance américaine, et donc la sienne. Il a répété sa menace d’annihiler la civilisation iranienne si le pays qu’il a fait attaquer avec Israël ne signe pas une entente.
Au-delà du fait qu’il s’agit d’un crime de guerre, tout le monde a entendu la menace proférée il y a déjà plus de six mois. Sans impact, autre que la perte de réputation des États-Unis.
Trump a vanté le travail de la marine américaine, grâce à qui « des milliards » de barils de pétrole ont réussi à passer dans le détroit d’Ormuz. Il a oublié de dire que le trafic a énormément diminué, que les Iraniens contrôlent encore le débit et qu’avant l’attaque américano-israélienne en février, on n’avait pas besoin d’escorter les pétroliers.
Le monde entier sait qu’il est affaibli, les Iraniens en particulier. Sa stratégie tarifaire a ébranlé l’économie américaine et tout le commerce international. Les bons du Trésor américain sont malmenés, les taux d’intérêt ont augmenté, le prix de l’essence a explosé. Malgré tout, Donald Trump affirme que « toute l’économie mondiale est tirée vers le haut » par ce supposé « âge d’or » américain, auquel il était un des seuls à croire dans la salle de l’Assemblée générale.
C’est l’idée même du gouvernement promue par cette administration que Clinton a attaquée. La force brute, la domination ne sont pas une solution à long terme.
« Les gens au pouvoir croient que la coopération n’est pas importante et que gagner à court terme est la chose la plus importante. Stephen Miller [proche conseiller de Trump] défend les politiques de la force brutale, en disant qu’à travers l’Histoire, il en a toujours été ainsi, que jamais la coopération n’a été plus importante que la domination. Je diffère respectueusement d’opinion.
PHOTO JEENAH MOON, REUTERS
Bill Clinton
On ne peut pas avoir une politique où, pour gagner, je dois vous faire perdre.
« Je ne peux pas croire ce qui arrive dans ce pays que j’adore. Des gens au pouvoir établissent des règles pour eux-mêmes et d’autres pour le reste des gens. Ils utilisent la force du gouvernement pour régler leurs comptes, et utilisent le gouvernement pour leur avantage et celui de leurs alliés. »
Comme toujours, l’homme de Hope, en Arkansas, a parlé d’espoir. De la résistance des citoyens de Minneapolis. De ces petites usines d’acier dans son État natal fonctionnant à 100 % à l’énergie solaire, une énergie réputée impopulaire aux États-Unis, et en particulier dans les États républicains, si l’on croit Donald Trump.
On a beaucoup critiqué la fondation des Clinton (Hillary et leur fille Chelsea y travaillent maintenant), en particulier quand Hillary était secrétaire d’État et que son mari allait chercher de l’argent de pays du Golfe ou de milliardaires. On a dénoncé l’espèce de conflit d’intérêts et le mélange des genres diplomatico-philanthropique sur fond de politique démocrate.
Il n’en reste pas moins que cette fondation obtient maintenant des cotes excellentes des analystes pour sa transparence et son efficacité. Avec un budget de 50 millions, elle a eu un impact mesurable dans plusieurs domaines. Elle a contribué à obtenir des médicaments à faible coût, notamment contre le sida en Afrique. Elle est active en éducation, en particulier pour les filles.
Quand on pense que la fondation Trump n’a jamais versé un sou à quiconque et était essentiellement une fraude fiscale, il y a de quoi relativiser les défauts de la fondation Clinton.
Et quand on voit comment la famille Trump utilise à fond le pouvoir pour s’enrichir, on repense en riant à l’enquête Starr sur les Clinton, dans les années 1990, pour un faux scandale de terrains, enquête qui n’a trouvé à la fin… qu’une relation sexuelle dans le bureau Ovale avec une stagiaire.
Ne parlons même pas du fils du président Trump qui se fait payer son mariage par un oligarque russe près de Poutine.
Oui, Bill, la définition de la corruption et de ce que gouverner veut dire a vaguement changé…
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