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Friday, September 18, 2026

Le public n’est pas le privé, et vice versa

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Trop souvent, on voit passer dans les commentaires des journaux, ou sur les médias sociaux, que nous devrions faire appel aux administrateurs de nos grandes entreprises pour gérer nos gouvernements. Même que certains partis politiques laissent entendre que ce serait une bonne solution à envisager, ou font appel à cet imaginaire pour susciter l’intérêt.

Malheureusement, il n’y a aucune preuve qui démontre qu’un administrateur du privé aurait de meilleures compétences pour prendre les rênes d’un ministère, ou du gouvernement. L’Histoire démontrerait souvent plutôt le contraire.

D’abord, brisons le mythe que le privé est mieux administré que le public : les entreprises privées ne sont pas mieux gérées que le gouvernement. Les conséquences d’une mauvaise gestion sont toutefois très différentes : l’entreprise privée fera faillite ou fermera ses portes. C’est le cas de la très large majorité des entreprises. En général, nous n’entendons jamais parler de celles-ci qui naissent et meurent dans le silence. Au public, une mauvaise décision peut rapidement faire la une des journaux ; après tout, ce sont les fonds publics qui sont mal utilisés.

À la base, il faut comprendre que le privé et le public ne gèrent pas la même chose, et surtout, ils ne le font pas dans le même contexte.

Le privé gère la production d’un bien, ou d’un service, en fait la promotion, s’assure d’une bonne visibilité, et génère des revenus. Si l’administration publique peut aussi gérer un service, ce n’est pas en échange d’un revenu. Il n’y a pas de vente au public, comme on l’entend dans le domaine privé, sauf dans les quelques cas de nos sociétés d’État, qui ne font pas directement partie du gouvernement. D’ailleurs, celles-ci génèrent des profits considérables qui nous permettent de faire fonctionner plusieurs ministères.

La prestation d’un service dans le domaine public est généralement fournie sans rétribution directe. Ce sont les différentes taxes que nous payons qui forment les revenus que l’État utilisera pour assurer ces services. Le citoyen étant captif, à la différence du client de l’entreprise, la compréhension de la visibilité du produit est très différente. Ces différents administrateurs ne gèrent pas la même chose ni de la même manière.

Ensuite, si des gens d’affaires décident de s’entendre et de signer un contrat, celui-ci aura force de loi, c’est-à-dire que le juge le considérera lors de son jugement, pourvu que le contrat respecte la loi. De son côté, l’administration publique travaille dans un cadre qu’elle n’a pas décidé, et qui est souvent le résultat d’une négociation politique. À terme, la loi qui est votée ne fait pas exactement ce qu’elle avait pour but de faire à l’origine. La fonction publique doit respecter un cadre qui ne prévoit pas exactement ce dont elle a besoin.

Ni mieux ni pire

En contrepartie, ça ne veut pas dire que l’administration publique est parfaite, loin de là. Il y a de mauvais administrateurs au public… comme il y en a au privé. Il y a aussi d’excellents administrateurs au public, mais ceux-là, nous n’en entendons jamais parler. La discrétion est d’ailleurs l’une des principales qualités que l’on recherche d’un administrateur public.

De plus, il y a les intérêts que différents groupes défendent. L’entreprise privée fait plus rarement face aux pressions des groupes d’intérêts. Couramment, elle se cachera derrière le gouvernement pour la défendre dans ces situations. Elle dira qu’elle respecte les normes du gouvernement, et regardera ailleurs. Le gouvernement doit définir et défendre sa norme qui ne plaira jamais à tout le monde.

En somme, le point commun entre l’administrateur privé et l’administrateur public est la capacité qu’ils ont de recueillir l’information nécessaire pour prendre de bonnes décisions, mais l’expérience du privé ne garantira pas la capacité d’en faire de même au public. Souvent, les lois sont rédigées de telle sorte que l’information ne peut pas être recueillie. Souvent, ce n’est pas que l’administrateur public n’est pas bon, mais simplement qu’il doit prendre une décision même s’il n’a pas accès à l’ensemble de l’information.

Il est donc faux de dire que l’un est mieux que l’autre. Il faut surtout se rappeler qu’ils ne gèrent pas la même chose, et une expérience du privé ne garantit en rien une bonne gestion au public, et vice versa.

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