Consternation face au budget fédéral qui ne fait aucune mention d’aide internationale
Le secteur canadien de l’aide humanitaire exprime sa consternation face au premier budget fédéral en plus de 15 ans à ne faire aucune mention d’aide internationale, et appelle Ottawa à exposer sa vision dans le cadre de la révision prochaine de la politique étrangère.
« Le budget reste largement muet sur les questions de coopération internationale au développement et d’action humanitaire », a déploré Kate Higgins, directrice de Coopération Canada, dont la coalition regroupe la plupart des organisations d’aide canadiennes opérant à l’étranger.
Elle a fait valoir qu’il s’agissait là d’une mauvaise approche « à un moment où les enjeux, tant au niveau national qu’international, sont très importants ».
Le budget présenté jeudi par le gouvernement du premier ministre Mark Carney ne fait aucune mention de l’aide internationale, de l’aide à l’étranger ou du développement international.
La Presse canadienne a passé en revue tous les budgets déposés depuis 2010 et a trouvé des références à ces termes dans chacun de ces documents.
Le budget de jeudi ne mentionne l’Ukraine qu’en référence à la production de drones. Il ne fait allusion aux travailleurs humanitaires qu’en passant, dans une section consacrée à un programme de permis existant destiné aux organisations humanitaires opérant dans des zones contrôlées par des groupes qu’Ottawa classe comme des entités terroristes.
Mme Higgins a déclaré que le secteur partait du principe qu’Ottawa s’en tiendrait à son plan annoncé l’année dernière, visant à réduire de 2,7 milliards de dollars l’aide étrangère sur quatre ans.
Elle et d’autres défenseurs de la cause se sont dits soulagés que le gouvernement n’ait pas annoncé de nouvelles coupes. Elle a également déclaré qu’Ottawa devrait reconnaître le rôle important que joue le financement du développement dans la gestion des crises à l’étranger, telles que la situation humanitaire des Palestiniens à Gaza et la propagation du virus Ebola en République démocratique du Congo.
« La coopération internationale au développement répond précisément aux défis que le gouvernement cherche à traiter en priorité : la défense, la stabilité, la diplomatie, les partenariats économiques, la diversification commerciale, ainsi qu’un ordre fondé sur des règles qui défend la démocratie et les droits de la personne », a déclaré Mme Higgins.
Elle a ajouté qu’elle espérait qu’Ottawa fournirait davantage de détails sur ses projets en matière d’« aide au développement international et d’action humanitaire » dans le cadre d’une révision de la politique étrangère attendue dans le courant du mois.
Lors d’une conférence de presse vendredi, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré que la mise à jour de la politique étrangère serait publiée « d’ici quelques semaines » et inclurait « notre approche en matière de développement ».
« Soyez assurés que l’aide au développement est une priorité pour Affaires mondiales Canada. C’est la raison pour laquelle nous avons apporté une aide humanitaire à Cuba, au Liban, à Gaza et au Soudan, entre autres, rien que cette année », a-t-elle déclaré sur la Colline du Parlement.
L’absence de toute mention de l’aide internationale dans le budget fédéral est survenue quelques jours seulement après que Tom Fletcher, responsable mondial des questions humanitaires aux Nations unies, eut salué le Canada comme une « superpuissance humanitaire » pour les plus vulnérables de la planète.
« J’espère sincèrement que le Canada continuera sur cette voie », avait-il déclaré quatre jours avant la présentation du budget à Ottawa.
Résultats Canada, une association de lutte contre la pauvreté, a publié jeudi sur les réseaux sociaux la photo d’un ballon dégonflé, peu après la publication du budget. La directrice des politiques de l’association, Lindsay Sheridan, a expliqué que son équipe avait cherché en vain dans le document des termes relatifs à son secteur.
« Aide internationale, aide étrangère, vaccins, tuberculose… Nous avons simplement cherché ce qui y figurait. Et rien n’est apparu, à aucun moment. Il n’y avait rien non plus sur les famines. Nous avons donc été très surpris », a-t-elle déclaré jeudi lors d’une vidéoconférence avec ses sympathisants.
« Nous pensions que ce serait peut-être l’occasion d’obtenir un peu plus de contexte, de mieux comprendre la direction que nous allions peut-être prendre. »
UNICEF Canada a également fait part de sa déception face à ce budget. Dans un communiqué de presse, l’organisation a déclaré qu’Ottawa devrait au moins mentionner le développement international lorsqu’il évoque sa réponse aux menaces mondiales et à l’instabilité.
« L’aide internationale aide les enfants à survivre et à s’épanouir tout en renforçant les systèmes de santé, d’éducation et de protection dont dépendent les sociétés pacifiques et stables », a écrit l’organisation.
L’organisation One, qui milite en faveur de partenariats avec l’Afrique, estime qu’Ottawa devrait s’engager à consacrer 5,5 milliards de dollars par an au développement afin de « préserver la santé mondiale et les investissements humanitaires qui sous-tendent la stabilité économique à long terme ».
L’organisation a également indiqué dans un communiqué de presse qu’Ottawa devrait harmoniser ses « institutions chargées du développement, du commerce et de l’investissement afin de soutenir des partenariats coordonnés et mutuellement bénéfiques avec les pays africains ».
Le Comité permanent des finances de la Chambre des communes avait exhorté Ottawa à profiter du budget pour faire preuve de plus de transparence sur la destination des fonds d’aide canadiens et à concentrer le financement sur les populations les plus vulnérables du monde.
Les détracteurs ont fait valoir que le gouvernement Carney devrait définir des priorités plus claires en matière de dépenses d’aide et mener des initiatives en collaboration avec des pays homologues.
Mme Sheridan a cité l’accent mis par le gouvernement Harper sur la santé maternelle et le travail du gouvernement Trudeau en faveur de l’éducation des enfants dans les zones de conflit. Le Canada a mené ces deux initiatives avec le soutien de ses homologues du G7 et des institutions financières internationales.
« On dirait une occasion manquée d’élaborer une stratégie vraiment complète et solide », a-t-elle déclaré.
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