La CAQ peut-elle sortir du Noui?
L’ancien ministre Benoit Charette a sans doute raison de penser que la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait eu avantage à se ranger clairement dans le camp du Non, plutôt que de se réfugier dans une ambiguïté qui n’a convaincu personne.
La préférence de la grande majorité de ses partisans était pourtant très claire. Un mois avant l’élection, alors que tout semblait encore possible, 87 % de ceux qui disaient avoir l’intention de voter pour la CAQ auraient aussi voté « non » à un référendum sur la souveraineté, selon un sondage Léger.
Ceux qui, à l’instar de l’ex-ministre de la Culture Mathieu Lacombe, auraient voté « oui », étaient nettement minoritaires et envisageaient peut-être déjà de passer au Parti québécois (PQ), même s’ils n’ont pas nécessairement fait la fête le soir du 5 octobre.
Malgré les multiples invitations à préciser sa position, Christine Fréchette s’y est refusée, répétant simplement que son parti était opposé à la tenue d’un référendum et que sa position personnelle n’avait pas d’importance. Cela ne suffit évidemment pas à expliquer la déconfiture caquiste, mais ce « noui » n’en a pas moins coïncidé avec le début de la fin.
Qu’elle le veuille ou non, la CAQ ne pourra pas demeurer dans les limbes au cours des prochaines années. N’ayant plus un seul député à l’Assemblée nationale, elle ne peut plus prétendre empêcher un référendum. S’il y en a un, le bulletin de vote ne proposera pas l’option d’une « troisième voie ».
La fin de semaine dernière, le conseil exécutif national de la CAQ a désigné l’ex-ministre délégué aux Régions Mathieu Lévesque comme chef intérimaire, lequel s’est empressé de réitérer que la CAQ représente toujours la « véritable troisième voie », ce qui laisse entendre que le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, qui s’en réclame également, serait un imposteur.
M. Lévesque a assurément les qualités requises pour assurer l’intérim, mais il faudra attendre l’élection d’un chef permanent pour savoir si la « troisième voie » est toujours une façon de se défiler ou une condition essentielle de l’adhésion du Québec à la fédération canadienne.
Son rôle se limitera à assurer une « saine transition », a dit la première ministre sortante. Cela ne devrait pas être trop difficile, dans la mesure où il n’aura pas à prendre à l’Assemblée nationale des positions qui pourraient embarrasser ou contredire le futur chef.
Si Ian Lafrenière et Simon Jolin-Barrette sont sur les rangs, comme cela semble probable, la course ne manquera pas de piquant, même si elle risque d’être occultée par les tribulations du gouvernement minoritaire de Paul St-Pierre Plamondon, qui s’annoncent palpitantes.
En réalité, la question n’est plus de savoir où peut mener la « troisième voie », mais plutôt quelle conclusion il faut tirer de son échec. La réponse de M. Lafrenière, qui avait installé un drapeau du Canada dans son bureau de l’Assemblée nationale, ne fait guère de doute. Avec lui, la CAQ ne se rangerait sous aucune considération dans le camp du Oui.
Inversement, on a du mal à imaginer M. Jolin-Barrette dans celui du Non. Ni l’un ni l’autre ne seront cependant pris au sérieux s’ils prétendent à leur tour que leur position personnelle n’a pas d’importance.
La situation actuelle de la CAQ rappelle le parcours de la défunte Union nationale (UN) au cours de la décennie qui a suivi sa défaite en 1970. Moins d’un an plus tôt, Jean-Jacques Bertrand était devenu premier ministre à la suite du décès soudain de Daniel Johnson, mais avait démissionné après que son parti eut été balayé par les libéraux de Robert Bourassa.
La course à sa succession avait opposé principalement deux candidats : Gabriel Loubier, perçu comme le défenseur des valeurs traditionnelles du parti, et Marcel Masse, qui incarnait un nationalisme plus pugnace et se réclamait du manifeste Égalité ou indépendance, publié par M. Johnson en 1965.
Le premier l’a emporté de justesse (19 voix) au 3e tour, provoquant le départ du second, qui renouera avec la politique quinze ans plus tard et sera titulaire de différents ministères dans le gouvernement de Brian Mulroney. En 1995, il a milité activement pour le Oui.
Pendant trois ans, M. Loubier a vainement tenté d’incarner une « troisième voie » entre le fédéralisme du Parti libéral du Québec et l’indépendantisme du PQ. Le résultat : aux élections de 1973, aucun des 17 survivants de 1970 n’a été réélu.
Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Le 15 novembre 1976, l’UN a semblé ressusciter sous la direction de Rodrigue Biron. À la surprise générale, elle a réussi à échapper à la polarisation pour faire élire 11 députés.
M. Biron, à qui il a pourtant fallu choisir, en a encore surpris plusieurs en quittant son poste en mars 1980, deux mois avant le premier référendum, où il a voté « oui », et en rejoignant les rangs du PQ. Aux élections du 13 avril 1981, l’UN a disparu pour de bon et son ex-chef est devenu ministre dans le deuxième gouvernement Lévesque. Qui sait ce qu’il adviendra du prochain chef de la CAQ ou de son malheureux adversaire ?
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