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Tuesday, October 27, 2026

Pas assez, c’est comme trop

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Il est dans l’ordre des choses que l’élection d’un gouvernement minoritaire se traduise par une diminution du nombre de ministres. À plus forte raison quand l’état des finances publiques impose de donner l’exemple d’une certaine frugalité.

Quand Jean Charest a perdu sa majorité, en 2007, son cabinet est passé de 25 à 18 membres. La baisse a été moins marquée en 2012, Pauline Marois ayant nommé trois ministres de moins que les 26 qui étaient en fonction au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Un cabinet plus restreint se traduit inévitablement par un cumul de responsabilités ou l’élimination de certains postes, ce qui suscite des inquiétudes ou des interrogations. L’industrie touristique ne pouvait que mal réagir à l’absence d’un ministre qui lui soit spécifiquement attitré, une première depuis 1963.

Certains appariements imaginés par Paul St-Pierre Plamondon ont de quoi étonner. Si le jumelage des Affaires municipales et des Transports s’est révélé heureux dans le passé, il est plus difficile de voir le lien entre l’Enseignement supérieur et l’Habitation, ou encore la Santé mentale et les Institutions démocratiques.

C’est toutefois la surcharge de travail imposée à deux de ses nouvelles ministres qui en a fait sursauter plusieurs. Ce n’est pas le nombre de ses ministres qu’on reprochait à la Coalition avenir Québec, mais plutôt ce qu’ils faisaient ou ne faisaient pas. Il y en avait 29 dans le gouvernement de Christine Fréchette. Personne n’en aurait voulu à son successeur d’en ajouter deux ou trois aux 22 qu’il a nommés. Si trop, c’est comme pas assez, l’inverse est aussi vrai.

Il n’y a pas d’incongruité dans les diverses fonctions qu’il a confiées à la vice-première ministre, Catherine Gentilcore, qui ajoutera le dossier de l’immigration et la préparation du référendum à son poste de leader parlementaire, mais il y a seulement 24 heures dans une journée.

Le leader parlementaire du gouvernement assume toujours des responsabilités additionnelles, plus ou moins importantes selon les cas, mais cette fonction est nettement plus exigeante quand ce gouvernement est minoritaire et qu’il faut négocier continuellement avec les partis d’opposition.

En 2007, Jean Charest avait jugé bon d’alléger les autres tâches de Jean-Marc Fournier, qui se consacrait presque à temps plein à son travail de leader, tandis que Stéphane Bédard avait aussi hérité de la présidence du Conseil du trésor dans le gouvernement Marois. En rétrospective, on aurait peut-être dû le laisser passer plus de temps avec l’opposition.

La feuille de route de la nouvelle ministre de la Justice, Marie-Claude Sarrazin, est assurément impressionnante, et personne ne doute de sa capacité de travail. C’est d’ailleurs moins la somme de ses responsabilités que la compatibilité de certaines d’entre elles qui peut soulever des interrogations, notamment son double rôle de ministre de la Justice et de la Laïcité.

La question s’était déjà posée lorsque Simon Jolin-Barrette avait aussi cumulé ces deux fonctions. Comment le ministre de la Justice et procureur général, qui doit agir comme conseiller juridique de l’État de façon impartiale, pouvait-il apprécier objectivement la constitutionnalité d’une loi contestée devant les tribunaux, en l’occurrence la loi 21, alors qu’il en était lui-même le promoteur ? Autrement dit, il était à la fois juge et partie.

En mars 2024, l’Association des juristes de l’État s’était plainte des pressions politiques dont ses membres faisaient l’objet pour modifier des avis juridiques qui déplaisaient, provoquant l’indignation unanime des partis d’opposition à l’Assemblée nationale. Bien entendu, M. Jolin-Barrette avait assuré que rien de tel n’avait été porté à sa connaissance.

En juin dernier, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, a déclaré que la décision sur la Loi sur la laïcité de l’État du Québec pouvait être rendue à tout moment. On peut comprendre que le plus haut tribunal du Canada n’ait pas jugé opportun de la publier avant les élections québécoises, mais cela ne saurait tarder encore longtemps.

Si la Cour suprême décide de limiter l’utilisation de la disposition de dérogation, comme plusieurs le prévoient, les répercussions politiques sur l’opinion publique québécoise, de même que sur les relations entre le Québec et le reste du Canada, pourraient être considérables.

Il se trouve que la ministre de la Justice est ministre non seulement de la Laïcité, mais aussi des Affaires intergouvernementales canadiennes. À ce titre, elle aura à expliquer à ses homologues des autres provinces ce que cela signifie pour le Québec et comment il compte réagir. Elle pourrait d’ailleurs leur rappeler que c’est à leur demande expresse que cette disposition a été incluse dans la Charte canadienne des droits et libertés en 1982.

Mme Sarrazin devra en outre faire part des intentions du gouvernement à la communauté anglophone, puisqu’elle est également la ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise. En plus de la Lutte contre le racisme, de la Lutte contre la discrimination contre les personnes LGBTQ+, de même que de l’Accès à l’information et la Protection des renseignements personnels. Il ne faudrait surtout pas qu’elle tombe malade.

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